Taubira invitée surprise des "frondeurs" PS à La Rochelle

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* La ministre de la Justice s'affiche aux côtés des "frondeurs" * Les membres du gouvernement minimisent cette visite * L'aile gauche du PS lance le mouvement "Vive la gauche" (Actualisé avec réactions) par Elizabeth Pineau LA ROCHELLE, Charente-Maritime, 30 août (Reuters) - "Vive, vive, vive la gauche" : l'aile gauche du Parti socialiste a fait entendre sa voix samedi à La Rochelle, où elle a reçu le soutien surprise de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, qui a dit "assumer les conséquences" de sa présence. Arrivée sous les vivas au bout d'une heure de réunion animée par les parlementaires "frondeurs", la garde des Sceaux est repartie avant la fin sans prendre la parole devant les quelque 450 militants réunis dans le cadre de l'université d'été de La Rochelle. A sa sortie, Christiane Taubira a expliqué à la presse vouloir lutter contre la "démoralisation" qui gagne le pays. "La politique c'est le courage de s'interroger sur les espaces que nous créons pour nous entendre, pour nous comprendre, pour nous disputer et pour nous rassembler, et je veux y prendre ma part et ce matin, j'y ai pris ma part et j'en assume les conséquences", a dit celle qui est aujourd'hui l'une des dernières à incarner l'aile gauche du gouvernement. L'élue guyanaise, qui n'est pas membre du PS, a déploré que la gauche au pouvoir depuis plus de deux ans ait "laissé les Français perdre le moral, c'est-à-dire ne plus penser qu'il y a un espoir dans ce pays, ne plus croire en leur avenir". "On a laissé les Français se démoraliser, oublier cette morale républicaine et perdre le moral eux-mêmes", a encore souligné la ministre, qui a précisé avoir été invitée à cette réunion "il y a plusieurs semaines". La plupart des élus socialistes ont minimisé cette visite, qui ne remet "absolument pas" en cause la participation au gouvernement de Christiane Taubira selon le secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen. "Elle a un droit de visite et un droit d'écoute", a renchéri le secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat, Thierry Mandon. Carlos da Silva, proche de Manuel Valls, pense lui aussi que "chacun est libre de débattre". Confirmée cette semaine au poste de ministre de la Justice, "Christiane Taubira a été reçue par le Premier ministre et lui a confirmé son soutien plein et entier à la ligne politique du gouvernement", a-t-il dit. Pour Bruno Le Roux, président du groupe PS à l'Assemblée, "une visite dans une réunion ne suffit pas à caractériser une action". Un cadre socialiste met toutefois en garde : "Il faut se méfier des bras d'honneur, ça peut se retourner contre soi..." Alors que Manuel Valls était attendu dans l'après-midi sur le port charentais, les parlementaires "frondeurs" ont lancé "Vive la gauche", un collectif sans chef qui se veut "fidèle aux valeurs de la gauche" en combattant une politique économique jugée trop austère et trop favorable au patronat. LA CONFIANCE "PAS AUTOMATIQUE" Les "frondeurs", qui se sont parfois abstenus au Parlement ces derniers mois sans empêcher l'adoption d'aucun texte, devront se concerter au moment d'accorder ou non leur confiance au gouvernement Valls II nommé cette semaine, puis de voter le budget 2015, à l'automne. Iront-ils jusqu'à voter contre l'équipe au pouvoir ? "Chaque chose en son temps, à chaque jour suffit sa peine", répond Jérôme Guedj. "Ce qui est certain, c'est que le débat existe et dans cette course de vitesse qui est engagée, tous les outils et tous les moyens devront et pourront être utilisés." Un autre élu a prévenu à la tribune que "la confiance n'(était) pas automatique", un troisième a rappelé que la ligne soutenue par Manuel Valls n'avait recueilli que 5% à la primaire PS de 2011. A l'image d'Henri Emmanuelli, l'aile gauche du PS se veut constructive et contribuer à la réussite du gouvernement dont la politique n'a pour l'heure pas donné de résultat en terme de croissance et d'emploi. "On n'est pas dans un état d'esprit de rupture ou d'agression, on veut faire connaître notre point de vue, ce n'est pas la même chose", dit l'ancien ministre. A l'adresse de Manuel Valls, le député des Landes ajoute que "ce n'est pas parce que le pays est en difficulté qu'il faut imposer au Parti socialiste une ligne qui n'est pas la sienne, cela s'appelle un abus de situation". Pour Jean-Marc Germain, député proche de la maire de Lille Martine Aubry, absente de La Rochelle mais influente, "quand on est fidèle au monde ouvrier, on ne renonce pas aux 35 heures". Le débat sur le temps de travail a été relancé après la publication de propos favorables à un réaménagement tenus par Emmanuel Macron avant sa nomination, mardi, au ministère de l'Economie. La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann a, elle, pris pour cible le nouveau locataire de Bercy, "qui vous explique que pour aider les pauvres, il faut enlever aux salariés leurs droits et leur statut!" Bien que présents à La Rochelle, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti, qui ont quitté le gouvernement en début de semaine après en avoir désapprouvé la ligne, ne sont pas venus en personne soutenir "Vive la gauche". (Edité par Gregory Blachier)

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