Tarifs SNCF : «Nous souhaitons plus de transparence»

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Jean Sivardière, président de la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (FNAUT) est favorable à la liberté accordée à la SNCF de fixer ses prix. Mais il souhaite une meilleure lisibilité tarifaire.

Un nouveau décret, publié le 31 juillet, doit permettre à la SNCF de ne plus fixer chaque année un calendrier des périodes de pointe ou normales de circulation de ses trains. La Fédération nationale des associations d'usagers des transports (FNAUT) va être consultée comme l'ensemble des associations de consommateurs avant l'entrée en application des nouvelles mesures. Son président, Jean Sivardière explique les conséquences de leur entrée en vigueur.

Lefigaro.fr - Le décret supprimant la notion de période de pointe ou normale a été réclamé par la SNCF. Quel bénéfice l'opérateur veut-il en tirer?

Jean Sivardière - La SNCF souhaite davantage de liberté dans la fixation de ses tarifs pour remplir davantage ses trains à réservation, c'est-à-dire principalement les TGV, mais aussi les trains Lunéa (train de nuit, NDLR) et les trains Téoz (lignes Paris-Clermont-Ferrand, Paris-Toulouse, et Bordeaux-Nice, NDLR). Les TER, intercités, Corail, ne sont pas concernés. L'absence de calendrier prédéterminé comme c'est le cas aujourd'hui va lui permettre d'ajuster ses prix plus librement en fonction de la demande et des événements. C'est la généralisation du «yield management», la tarification en fonction de l'offre et de la demande. L'avantage pour la SNCF est d'être mieux armée contre la concurrence des avions, de la voiture et à terme, des autres exploitants ferroviaires qui viendront avec l'ouverture du réseau prévue par la réglementation européenne.

La SNCF va donc pouvoir librement augmenter ses tarifs...

Oui, quand la demande sera forte. Mais elle pourra aussi les baisser sur les trains peu remplis pour attirer les voyageurs. Nous ne rejetons pas le principe du décret. Contrairement à d'autres associations, nous essayons d'évaluer les effets à moyen terme. Bien sûr, ils seront positifs pour la SNCF, mais nous estimons que si la SNCF est en meilleure santé financière, le voyageur s'y retrouve aussi. Si l'exploitant remplit mieux ses trains, les usagers français devraient bénéficier d'une tarification acceptable. En Allemagne où les règles de tarification sont beaucoup plus rigides, les prix sont aussi plus élevés.

N'y a-t-il pas un risque d'envolée des prix?

Le décret prévoit que la SNCF devra rendre public le montant du tarif le plus haut et celui du tarif le plus bas pratiqués. Mais nous savons aussi que l'opérateur est un État dans l'État et qu'il est difficile de lui imposer de telles mesures. Nous n'avons pas de preuve que le tarif moyen ne va pas augmenter, mais nous pensons néanmoins qu'une forte augmentation aurait pour conséquence une perte de clientèle, et serait donc contre-productive. Ce que nous regrettons, c'est la nouvelle perte de repère qu'entraîne la suppression du calendrier des périodes de pointe pour des usagers déjà perdus devant la multitude des tarifs pratiqués. Lorsque nous serons reçus par le comité consultatif de la SNCF, nous allons par exemple demander la publication du contingent de places à tarif réduit. Actuellement, nous n'avons pas connaissance de ce nombre. Il faut davantage de transparence pour que les voyageurs sachent pour quoi ils paient. Depuis plusieurs années, nous demandons également la maintient de lignes Corail parallèlement aux lignes TGV. Cela créerait une sorte de low-cost ferroviaire. Ce type de lignes existe dans la vallée du Rhône. Elles fonctionnent très bien et ne parasitent pas la clientèle de la ligne TGV.

Nouvelles critiques des utilisateurs

Une enquête menée par l'association de consommateurs CLCV au printemps dernier et publié ce lundi dans Le Parisien-Aujourd'hui en France témoigne de l'agacement des clients de la SNCF. En tête des récriminations: la politique tarifaire. Près de 90% des 570 personnes interrogées estiment que les prix sont chers ou trop chers. D'après une étude de Boston Consulting Group, le prix moyen par kilomètre a en effet augmenté de 26,4% entre 2002 et 2009, soit deux fois plus que l'inflation. Les voyageurs dénoncent également la complexité de la grille tarifaire. Une autre étude réalisée par l'association CLCV soulignait d'ailleurs qu'entre les cartes de réduction, et les offres Prem's et autres iDTGV, il était possible de trouver vingt tarifs différents pour un même siège. Enfin, le sondage soulève le problème de ponctualité, car près de la moitié des personnes interrogées affirment subir des retards réguliers... et mal indemnisés. 63,9% des voyageurs réclament ainsi d'être systématiquement dédommagés pour tous les retards supérieurs à 30 minutes.

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