Taksim reste mobilisée, l'AKP exclut un scrutin anticipé

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LA MOBILISATION PLACE TAKSIM SE POURSUIT
LA MOBILISATION PLACE TAKSIM SE POURSUIT

par Nick Tattersall

ISTANBUL (Reuters) - Le parti du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a exclu samedi la possibilité d'organiser des élections législatives anticipées pour sortir du mouvement de contestation qui ne montre aucun signe d'essoufflement.

"Les élections municipales auront lieu en mars 2014, la présidentielle en août 2014 et les prochaines élections législatives en juin 2015, il est hors de question de modifier le calendrier électoral", a déclaré Huseyin Celik à la presse à l'issue d'une réunion du comité exécutif du parti de la Justice et du Développement (AKP) à Istanbul.

L'hypothèse d'un retour anticipé aux urnes figurait parmi les pistes évoquées pour sortir de la contestation. Citant une source proche de l'AKP, le journal turc Radikal rapportait vendredi soir que la direction du parti pour la Justice et le Développement pourrait en débattre.

Il n'en a rien été. "Le gouvernement est réglé comme du papier à musique. Rien ne nécessite des élections anticipées", a poursuivi Huseyin Celik. "Le monde fait face à une crise économique et les choses se passent bien en Turquie: on n'organise pas des élections parce que des gens manifestent dans les rues", a-t-il ajouté.

A quelques kilomètres de là, des milliers de Turcs se sont de nouveau rassemblés sur la place Taksim, où plusieurs milliers de contestataires avaient de nouveau passé la nuit.

Rare démonstration d'unité, les clubs de supporters des trois grands clubs de football rivaux d'Istanbul - le Besiktas, Galatasaray et Fenerbahçe -, très impliqués dans le mouvement, ont convergé ensemble sur Taksim aux cris de "Tayyip démission" et "main dans la main contre le fascisme".

Dans la nuit de vendredi à samedi, la police stambouliote avait eu recours à des grenades lacrymogènes et des canons à eau dans des rues proches du parc Gezi, aux abords de la place, d'où est parti le mouvement.

A Ankara, la capitale, des centaines de manifestants se sont rassemblés dans le centre.

"QU'ILS ATTAQUENT"

La grogne des opposants, déclenchée par un projet de réaménagement urbain du parc Gezi, s'est transformée en un mouvement de contestation plus général de la politique d'Erdogan, accusé de dérive autoritaire et d'islamisation rampante de la société.

La brutalité de la répression policière, le 31 mai dernier, contre les opposants au projet Gezi a accentué la mobilisation.

Les affrontements entre policiers et manifestants survenus dans les premiers jours ont fait trois morts et près de 5.000 blessés à Istanbul, Ankara et une dizaine de grandes villes.

Accusée d'un usage excessif de la force - le commissaire européen à l'Elargissement, Stefan Füle, déclarait vendredi à Istanbul que les manifestations pacifiques étaient "le moyen légitime pour des groupes d'exprimer leurs points de vue dans une société démocratique" et qu'il ne devait pas y avoir de "recours excessif à la force par la police" - , la police se tient depuis le début de la semaine à distance de l'épicentre de la contestation.

Erdogan, qui a appelé à ce que les manifestations cessent "sur-le-champ" à son retour d'une tournée au Maghreb, n'a guère donné d'indication sur son degré de patience face aux occupants de la place Taksim, qui ont dressé des barricades à l'aide de pavés et de plaques de tôle ondulée pour se protéger d'un éventuel assaut policier.

"Qu'ils attaquent, on ne pourra pas nous arrêter", a lancé à la foule un militant du Parti communiste turc juché sur une camionnette blanche place Taksim. "L'AKP doit partir", a-t-il dit.

S'estimant légitimé par les urnes et les trois victoires successives remportées par l'AKP aux législatives de 2002, de 2007 (avec 47% des voix) puis de 2011 (avec un score de 50%), Recep Tayyip Erdogan s'est montré inflexible.

Vendredi, il a affirmé que le mouvement de colère contre le projet de réaménagement du secteur de la place Taksim, qui a tout déclenché, était le fruit d'une "terrible désinformation" et d'une "campagne de mensonges".

"Nous dialoguons avec toutes les couches de la société depuis notre arrivée au pouvoir. J'avais annoncé notre projet pour le parc Gezi avant les élections de 2011 avec une animation vidéo et nul n'avait réagi jusqu'à aujourd'hui", a-t-il ajouté.

A l'issue de la réunion du comité exécutif du parti islamo-conservateur, Huseyin Celik a déclaré que les participants avaient discuté "dans le détail" du mouvement de protestation.

"Un gouvernement qui n'a pas la confiance du peuple ne peut pas être permanent", a-t-il dit. "Nous avons reçu le message des manifestants et nous le respectons, mais il n'y a nul respect à avoir à l'égard de lanceurs de pierres", a-t-il poursuivi.

Avec Humeyra Pamuk et Ece Toksabay; Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service français

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