Tabac : Philip Morris veut vendre des cigarettes moins nocives

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Se dirige-t-on progressivement vers la fin des cigarettes classiques ? Le géant du tabac Philip Morris (Malboro, L&M, Chesterfield...) a annoncé mercredi la fin programmée de sa production de cigarettes "traditionnelles" au profit d'un autre produit technologique moins nocif, qui chauffe le tabac plutôt que de le brûler.

Un buraliste à Lille, en octobre 2010 (photo d'illustration). ( AFP / PHILIPPE HUGUEN )
Un buraliste à Lille, en octobre 2010 (photo d'illustration). ( AFP / PHILIPPE HUGUEN )

"Nous finirons par le faire et c'est clairement l'objectif du groupe", a assuré le directeur général du groupe, André Calantzopoulos, mercredi sur la radio BBC 4. Philip Morris lance cette semaine un nouveau produit au Royaume-Uni présenté comme moins nocif qu'une cigarette traditionnelle. Il s'agit d'un appareil qui contient toujours de la nicotine et du tabac mais qui le chauffe au lieu de le brûler. Le mécanisme est également différent des cigarettes électroniques qui utilisent un liquide chargé en nicotine et transformé en vapeur.

L'alternative est jugée de plus en plus crédible par les industriels : "C'est le produit qui réplique le plus l'acte et le plaisir de fumer, ce qui devrait encourager les consommateurs à essayer et pousser, in fine, à la conversion", estiment des analystes de la banque d'investissement Jefferies. Selon eux, les principaux acteurs du marché américain (Altria et Reynolds) dégageront, d'ici à 2020, près d'un milliard de dollars de revenus avec ces produits contre une perte de 300 millions de dollars attendue cette année.

DES EFFETS SUR LA SANTÉ ENCORE INCERTAINS

"Nous fabriquons un produit qui cause des maladies et je pense que la première responsabilité que nous avons dès que la technologie est disponible, et aujourd'hui la technologie est disponible, est de développer des produits comme celui-là et de les commercialiser dès que possible", a ajouté André Calantzopoulos. Le nouveau produit "comporte de grandes promesses évidemment pour les consommateurs mais aussi pour la santé publique et finalement pour notre groupe".

L'association ASH (Action on smoking and health), qui lutte contre les effets néfastes du tabagisme, a tenu à relativiser le discours optimiste de Philip Morris sur la santé. "Si les fumeurs passent aux cigarettes électroniques ou à d'autres produits qui peuvent être considérés comme limitant les risques pour leur santé, cela pourrait conduire à un grand changement dans la santé publique", relève sa directrice générale Deborah Arnott. "Mais nous avons besoin d'une preuve indépendante pour aller dans le sens de l'industrie du tabac", prévient-elle, rappelant que Philip Morris, comme les autres groupes, "continuent de faire activement la promotion du tabac à travers le monde". Des doutes quant à l'impact réel de ces nouvelles cigarettes sur la santé existent. Le sujet est source d'études aux résultats divergents et controversés.

Philip Morris International, dont le siège est en Suisse et qui est l'un des poids lourds mondiaux du secteur, est né de la scission des activités internationales du groupe américain Altria en mars 2008. Même si leur consommation diminue globalement, les cigarettes traditionnelles représentent encore la très grande majorité du marché du tabac et pèse par exemple 85% des ventes aux États-Unis, où elle a connu une surprenante renaissance ces dernières années. Selon André Calantzopoulos, le monde comptera encore plus d'un milliard de fumeurs d'ici à 2025.

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