Syrie: Washington accuse des généraux d'exactions

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L'ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Samantha Power, le 13 octobre 2016 aux Nations unies à New York ( AFP / Jewel SAMAD )
L'ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Samantha Power, le 13 octobre 2016 aux Nations unies à New York ( AFP / Jewel SAMAD )

Les Etats-Unis ont mis en garde solennellement lundi 12 officiers supérieurs syriens qu'ils devront rendre des comptes pour avoir donné l'ordre d'attaquer des cibles civiles ou de torturer des opposants.

Dans un réquisitoire inhabituel, l'ambassadrice américaine Samantha Power a égrené devant le Conseil de sécurité de l'ONU les noms de ces généraux et colonels, qui commandent des unités de l'armée ou des prisons militaires.

"Ils doivent savoir que leurs exactions sont documentées et qu'un jour ils devront rendre des comptes", a-t-elle affirmé.

Elle s'exprimait lors d'une séance tendue du Conseil où le patron des opérations humanitaires de l'ONU a annoncé que "près d'un million de Syriens sont aujourd'hui assiégés" par les forces du régime ou de l'opposition, soit presque deux fois plus qu'il y a six mois.

"Ils sont isolés, affamés, bombardés et privés d'aide médicale et d'assistance humanitaire afin de les forcer à se soumettre ou à fuir", a dénoncé Stephen O'Brien, alors que les avions russes et syriens bombardaient sans répit les quartiers rebelles d'Alep, coupés du monde depuis juillet.

Les officiers pointés du doigt par Washington, dix généraux et deux colonels, commandent des unités qui ont bombardé des écoles, hôpitaux et habitations, ou des centres de détention où des opposants sont systématiquement torturés, a expliqué Mme Power.

"Ces atrocités sont bien documentées et les nations civilisées ont bonne mémoire", a-t-elle assuré en citant plusieurs unités militaire syriennes.

Un Syrien, blessé dans les bombardements sur les quartiers contrôlés par les rebelles de la ville d'
Un Syrien, blessé dans les bombardements sur les quartiers contrôlés par les rebelles de la ville d'Alep, à l'hôpital, le 18 novembre 2016 ( AFP / THAER MOHAMMED )

"Les Etats-Unis ne laisseront pas ceux qui ont commandé des unités impliquées dans ces actes rester anonymes, à l'abri de la façade du régime syrien".

"Sachez que la communauté internationale a l'oeil sur vous", a-t-elle lancé.

Ces officiers croient bénéficier de l'impunité "mais c'était aussi le cas de Slobodan Milosevic, Charles Taylor et d'innombrables autres criminels de guerre avant eux".

- 'abomination' -

Le dirigeant serbe et le chef de guerre du Liberia ont été rattrapés par la justice internationale. Charles Taylor a été condamné à 50 ans de prison en 2012 et Slobodan Milosevic est mort en détention en 2006 alors qu'il était jugé par un tribunal spécial pour l'ex-Yougoslavie.

Mme Power a reconnu que certains groupes armés d'opposition opérant en Syrie "commettaient aussi des exactions" mais sans donner de noms.

"Où sont les noms des terroristes ?", lui a lancé le représentant permanent adjoint russe Vladimir Safronkov. "Ne soyons pas hypocrites", a-t-il ajouté en appelant à Mme Power à "se montrer impartiale".

De telles accusations bafouent "la présomption d'innocence", a-t-il affirmé. "C'est quelque chose qui ne peut être décidé que par des procédures légales".

L'ambassadeur de Syrie auprès de l'ONU, Bachar Jaafari, le 22 janvier 2014 à Montreux
L'ambassadeur de Syrie auprès de l'ONU, Bachar Jaafari, le 22 janvier 2014 à Montreux ( AFP/Archives / PHILIPPE DESMAZES )

L'ambassadeur syrien Bachar Jaafari a une nouvelle fois tenté de justifier l'offensive sur Alep par la nécessité de combattre "un embryon d'Etat terroriste", allusion aux jihadistes comme ceux du groupe Etat islamique.

Les ambassadeurs américain, français et britannique ont quitté la salle en signe de protestation au moment où il commençait à parler.

Le réquisitoire spectaculaire de Mme Power est inhabituel dans le cadre d'une session du Conseil. Mais des enquêtes de l'ONU et d'organisations de défense des droits de l'homme ont déjà mis en cause nommément des unités militaires syriennes, notamment le dernier rapport d'enquête de l'ONU sur des attaques chimiques commises en Syrie en 2014 et 2015.

Le Conseil a la possibilité de saisir la Cour pénale internationale, compétente pour les crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Mais la Russie, alliée de Damas, s'y est toujours opposée en utilisant son droit de veto.

Parmi les noms cités par Mme Power figurent cinq généraux de division, Adib Salameh, Jawdat Salbi Mawas, Tahir Hamid Khalil, Jamil Hassan et Rafiq Shihadeh, ainsi que cinq généraux de brigade et deux colonels.

Par ailleurs à Washington, le département d'Etat, dont le chef John Kerry continue de croire à une solution diplomatique multilatérale pour la Syrie, a qualifié d'"abomination l'absence d'aide humanitaire à Alep depuis bien plus d'un mois pendant que les pilonnages et bombardements non seulement continuent mais semblent s'intensifier".

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  • charleco il y a une semaine

    Communauté internationale : USA, GB et France, c'est à dire ceux qui ont organisé le désastre en Syrie et qui empêchent sa résolution en cherchant à remplacer Assad par des terroristes à leurs ordres.

  • guerber3 il y a une semaine

    Et les cow boys ? blancs comme neige ???. que de foutaises et de propagande. C' est comme dans leurs western : le bon et le méchant..0.0et ils font subir cela à des gens plus intelligents qu' eux : la bêtise est infinie...!

  • aiki41 il y a une semaine

    Washington veut parler du Camp de Guantánamo ?

  • aiki41 il y a une semaine

    Il y avait combien d'hôpitaux à Alep Est car tous les jours ou presque les hôpitaux sont détruits. Il y avait combien de "dernier boulanger" car régulièrement le dernier boulanger se fait tuer dans les bombardements.

  • bugsan il y a une semaine

    Et toujours aucune condamnation des attaques au gaz moutarde (chlore) par les rebelles "modérés". Petit rappelle il se fabrique très facilement par simple électrolyse d'eau salée.

  • ZvR il y a une semaine

    Les petits crimes contre l'humanité entre amis des occidentaux sont en train de mal tourner. La machine à propagande tourne donc à plein régime pour occuper le terrain médiatique.

  • delapor4 il y a une semaine

    Les USA sont le mal incarné. Pourvu que ça ne nous mène pas à une 3e guerre mondiale !

  • delapor4 il y a une semaine

    Les USA voient la paille (éventuelle) dans l'œil des Syriens ou Russes mais pas la poutre qui est dans leur œil à eux !

  • Berg690 il y a une semaine

    Notre pauvre Samantha Power n'a pas l'air de se rendre compte que les aiguilles de sa montre ont tournées depuis la guerre des Balkans!

  • Berg690 il y a une semaine

    Les usa ne sont pas partie de la CPI (qui se trouve mal en point car pas impartiale) Aucune chance que le CS mandate cette juridiction, les vétos montent la garde.