Syrie: Russie et Chine veulent contrer l'influence occidentale

le
0
MOSCOU ET PÉKIN VEULENT ÉVITER UNE INTERVENTION OCCIDENTALE EN SYRIE SUR LE MODÈLE LIBYEN
MOSCOU ET PÉKIN VEULENT ÉVITER UNE INTERVENTION OCCIDENTALE EN SYRIE SUR LE MODÈLE LIBYEN

par Steve Gutterman et Chris Buckley

MOSCOU/PEKIN (Reuters) - La Russie et la Chine ont expliqué lundi leur veto à la résolution du Conseil de sécurité de l'Onu visant à écarter du pouvoir le président Bachar al Assad par leur souci de ne pas prendre parti dans la guerre civile en Syrie.

Mais le rejet du projet de résolution soutenu par la Ligue arabe traduit surtout la volonté de Moscou et Pékin d'empêcher une intervention occidentale sur le modèle libyen, estiment les analystes.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a expliqué lundi que le projet de résolution n'était pas équilibré car il formulait des demandes au gouvernement et aux forces de sécurité syriennes, mais très peu aux éléments violents de l'opposition.

Un argument repris par son homologue chinois, selon lequel le texte n'est pas de nature à apaiser les tensions qui durent depuis onze mois dans le pays.

Le veto de Moscou et Pékin a provoqué une vague d'indignation dans les capitales arabes et occidentales et les deux pays s'efforcent désormais de désamorcer les critiques.

LE PRÉCÉDENT LIBYEN

Sergueï Lavrov est attendu dans la journée à Damas en compagnie du directeur des services de renseignement, Mikaïl Fradkov. Dans un communiqué publié dimanche, le ministère russe des Affaires étrangères a indiqué que les deux hommes tenteront de convaincre le président syrien d'accepter des compromis.

Interrogé lundi à l'issue d'un entretien avec son homologue bahreïni à Moscou, Sergueï Lavrov n'a pas voulu préciser quel message il avait été chargé de transmettre à Bachar al Assad par le président Dmitri Medvedev.

Il s'est contenté de répéter que la Russie incitait le régime syrien à adopter des réformes démocratiques, tout en accusant certains opposants d'utiliser le mouvement protestataire pour "renverser le régime" par la violence.

A Pékin, le Quotidien du Peuple, organe du parti communiste, écrit que les exemples récents en Libye, en Afghanistan et en Irak démontrent l'erreur que constituerait un changement forcé de régime à Damas.

Pour de nombreux analystes, le veto russe et chinois s'explique moins par un soutien indéfectible à Assad que par la volonté des deux pays de tenir tête aux Occidentaux, en particulier après le précédent libyen.

"Quoi que la résolution sur la Syrie ait pu dire sur le papier, je crois que la Chine et la Russie craignaient qu'elle ne conduise à légitimer une nouvelle intervention armée", juge Guo Xian'gang, chercheur à l'Institut chinois des études internationales, un cercle de réflexion lié au gouvernement.

"TRANSITION CONTRÔLÉE"

Pour la Russie, l'enjeu est également de défendre ses intérêts en Syrie, pays avec lequel elle est liée par des contrats d'armement estimés à plusieurs milliards de dollars qui alimentent le complexe militaro-industriel russe. La Syrie abrite en outre sur sa côte méditerranéenne la seule base navale russe hors des frontières de l'ex-Union soviétique.

"L'objectif de la Russie est double: sauver ce qui peut être sauvé d'un naufrage du régime Assad et contenir l'influence occidentale sur son allié le plus important du monde arabe", estime Shashank Joshi, chercheur au Royal United Services Institute, un cercle de réflexion militaire britannique.

Dans la situation actuelle, avec Assad soumis aux pressions conjuguées des capitales occidentales, de ses pairs arabes et de la contestation, la meilleure carte de la Russie pour préserver son influence pourrait être de rechercher "une transition contrôlée vers un nouveau régime, sans Assad mais édifié autour des loyalistes de la dynastie Assad", ajoute-t-il.

Le dissident syrien Ghassan Ibrahim, qui dirige à Londres le site d'informations Global Arab Network, partage cette analyse.

"Les Russes pensent que les jours d'Assad sont comptés et réfléchissent aux moyens de préserver leur position dans la région. La Syrie est leur seule porte sur la région, leur relais d'influence. Ils doivent la protéger, mais ont-ils suffisamment de pouvoir pour manipuler Assad ?", s'interroge-t-il.

La stratégie de Moscou est à double tranchant. En cas d'échec, la Russie prend le risque de perdre toute influence dans une Syrie dominée par les opposants au régime d'Assad.

"Si elle avait soutenu la résolution, elle aurait pu préserver sa base et même certains contrats", note l'analyste militaire Alexander Golts.

Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant