Syrie-Poutine et Obama d'accord sur les principes, pas les moyens

le , mis à jour à 16:30
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(Actualisé avec Kerry et porte-parole de la Maison blanche) par Denis Dyomkin et Jeff Mason NATIONS UNIES, 29 septembre (Reuters) - Vladimir Poutine et Barack Obama se sont entendus lundi soir sur des "principes fondamentaux" pour la Syrie, a déclaré mardi John Kerry, même si le Kremlin voit dans les divergences persistantes sur l'avenir de Bachar al Assad le signe que les relations entre les deux superpuissances ne sont pas encore au beau fixe. A l'issue d'un entretien bilatéral de 90 minutes entre les deux présidents, le premier en plus de deux ans, Washington a voulu retenir que Vladimir Poutine n'excluait plus totalement l'idée d'une transition à Damas, tandis que Moscou préférait se concentrer sur les avancées en matière de lutte contre le groupe Etat islamique (EI). Cet échange, qui s'est tenu en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, a été qualifié de "franc et fructueux" par le président russe et a surtout porté, selon lui, sur l'engagement russe contre l'EI. D'après le secrétaire d'Etat américain John Kerry, les deux présidents se sont entendus sur des "principes fondamentaux" pour la Syrie, dont celui d'une transition politique à la tête du pays. "Ils sont tombés d'accord pour dire que la Syrie doit être un pays uni, qu'il doit être laïque, qu'il faut lutter contre l'EIIL (Etat islamique) et qu'il doit y avoir une transition ordonnée", a déclaré John Kerry à la chaîne MSNBC. Le secrétaire d'Etat américain, qui pourrait s'entretenir mercredi avec son homologue russe Sergueï Lavrov, a reconnu qu'il restait des divergences entre Washington et Moscou sur l'issue de cette "transition", et notamment sur le sort qui doit être réservé à Bachar al Assad. Mais pour le porte-parole de la Maison blanche, le fait même que la Russie en ait admis la nécessité constitue un bon "point de départ". "Bachar al Assad est très clairement la principale cause de ce conflit" a insisté Josh Earnest sur MSNBC, mardi. Barack Obama a répété à Vladimir Poutine que la Syrie ne retrouverait jamais sa stabilité si Bachar al Assad, qu'il venait de qualifier de "tyran" à la tribune de l'Onu, devait conserver sa place de président, avait dit auparavant un responsable américain au fait des discussions. COORDINATION CONTRE L'EI Dans l'immédiat, les deux pays ont avancé sur la question de la coordination de la lutte contre le groupe Etat islamique, a poursuivi ce responsable, précisant que le Pentagone serait chargé d'organiser des échanges entre officiers. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué pour sa part que Vladimir Poutine et Barack Obama avaient abordé lors de leur tête à tête la question du partage des renseignements sur le conflit syrien. Un centre est en cours de création à Bagdad pour partager les renseignements entre la Russie, l'Iran, l'Irak et la Syrie, a précisé mardi le porte-parole russe, ajoutant que les Américains ont été invités à y participer mais ont décliné l'offre. Il est évident que les relations entre Washington et Moscou "ne sont pas encore au beau fixe", a conclu Dmitri Peskov. Vladimir Poutine a prôné à la tribune de la 70e Assemblée générale de l'Onu la création d'une coalition élargie en Syrie pour lutter contre les "terroristes" et réaffirmé son soutien au régime de Damas, jugeant que le refus de coopérer avec ce dernier constituait une "énorme erreur". ID:nL5N11Y3TP "Nous avons beaucoup de choses à faire. (...) Il existe une opportunité d'oeuvrer ensemble au règlement des problèmes", a dit le président russe au sortir de son entretien avec Obama. Vladimir Poutine a indiqué que Moscou n'excluait pas de participer avec les Occidentaux à des opérations militaires contre l'EI mandatées par les Nations unies. Il a en revanche exclu toute participation de la Russie à une opération terrestre contre le groupe djihadiste. John Kerry a déclaré de son côté que Washington avait demandé à la Russie et à l'Iran d'exercer leur influence en Syrie pour que l'aviation de Bachar al Assad cesse de déverser des barils d'explosifs sur la population civile. "Ils sont tous deux en position - peut-être en échange de quelque chose que nous pourrions faire - d'empêcher Assad de larguer des barils d'explosifs", a-t-il dit. Ces bombardements particulièrement destructeurs et meurtriers, menés notamment dans la région d'Alep et dans la banlieue de Damas, ont fait fuir de nombreux Syriens vers des régions du pays jugées plus sûres et vers les pays voisins, d'où nombre d'entre eux cherchent aujourd'hui à gagner l'Europe. (Avec Susan Heavey; Jean-Stéphane Brosse, Eric Faye et Tangi Salaün pour le service français, édité par Henri-Pierre André)

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