Syrie-Paris et Londres prônent des sanctions contre la Russie

le , mis à jour à 16:00
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 (Actualisé avec position de l'Espagne et déclaration 
autrichienne) 
    par Robin Emmott 
    LUXEMBOURG, 17 octobre (Reuters) - La France et la 
Grande-Bretagne tentent de convaincre leurs partenaires 
européens de condamner les frappes russes en Syrie et de prendre 
de nouvelles sanctions contre le régime syrien, lors d'un 
conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UE à 
Luxembourg, lundi.  
    Après un week-end marqué par des réunions diplomatiques sans 
succès à Lausanne et à Londres, cette réunion pourrait déboucher 
sur la plus ferme condamnation européenne à ce jour à l'égard de 
la Russie, montre un projet de déclaration commune consulté par 
Reuters. 
    "La pression (sur la Russie) doit être forte", a commenté le 
chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault. "Plus l'Union 
européenne montre unité et détermination, plus nous pouvons 
progresser vers ce qui est une obligation morale: arrêter le 
massacre de la population d'Alep", a-t-il dit devant la presse. 
    "Il est vital de maintenir la pression et nous proposons 
beaucoup de mesures, de nouvelles sanctions contre le régime 
syrien et ses partisans", a déclaré dimanche le secrétaire au 
Foreign Office, Boris Johnson, après une réunion à Londres avec 
son homologue américain John Kerry. 
    Mais les pays de l'UE sont divisés sur la stratégie à 
employer à l'égard de la Russie dans le conflit syrien et sur 
l'opportunité de sanctions à l'égard du principal fournisseur 
d'énergie du bloc communautaire.  
    Paris et Londres sont favorables à une interdiction de  
territoire et à un gel des avoirs à l'encontre de 20 
personnalités syriennes soupçonnées de diriger les attaques 
contre les civils assiégés dans les quartiers est d'Alep. Ces 
mesures s'ajouteraient aux sanctions existantes et à l'embargo 
sur le pétrole et les armes décidé par l'UE. 
    Britanniques et Français ont également évoqué la possibilité 
de sanctions contre 12 Russes impliqués dans le conflit, qui 
viendraient s'ajouter à une liste européenne d'environ 200 
personnes, dont trois Iraniens, précisent des diplomates. 
    John Kerry a confirmé dimanche après sa rencontre avec Boris 
Johnson que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne réfléchissaient 
à l'instauration de nouvelles sanctions contre la Syrie. 
  
    Federica Mogherini, porte-parole de la diplomatie européenne 
qui préside la réunion à Luxembourg, a estimé qu'il pourrait y 
avoir une modification des sanctions contre le régime d'Assad 
"dans le sens d'un renforcement". 
    L'Espagne, qui avait parrainé avec la France un projet de 
résolution de l'Onu en faveur d'une trêve, à laquelle le Kremlin 
a opposé son veto ce mois-ci, soutiendrait des sanctions contre 
Moscou si elles "contribuaient à rapprocher la position de la 
Russie des nôtres", a dit le ministre espagnol des Affaires 
étrangères par intérim, José Manuel Garcia-Margallo. 
     
    L'AUTRICHE CONTRE, L'ALLEMAGNE HÉSITANTE 
    La question des sanctions contre la Russie devrait être 
évoquée lors du sommet européen jeudi et vendredi à Bruxelles 
mais les plus proches alliés européens de Moscou -- la Grèce, 
Chypre ou la Hongrie -- pourraient refuser de s'engager dans 
cette voie, de crainte d'irriter le Kremlin. 
    L'Autriche, point de transit pour l'acheminement du gaz 
russe vers l'Europe de l'Ouest, a également fait part lundi de 
son opposition au projet de sanctions. 
    "L'idée de mettre en place des sanctions supplémentaires 
contre la Russie serait une mauvaise chose", a dit à la presse 
le chef de la diplomatie autrichienne, Sebastian Kurz. "Nous 
n'avons pas besoin d'une nouvelle escalade", a-t-il ajouté. 
    L'Allemagne se montre hésitante, ne souhaitant pas dégrader 
des relations déjà tendues par les sanctions prises après 
l'annexion de la Crimée en mars 2014. 
    Autre signe de division parmi les Européens, le contenu du 
communiqué commun qui doit être publié lundi fait l'objet 
d'intenses négociations, notamment sur l'opportunité de 
mentionner ou non explicitement la Russie. 
    "Certains gouvernements sont prudents à l'idée de durcir le 
ton face à la Russie", rapporte un diplomate européen. "Mais 
dans le même temps, ils savent que l'UE risque d'être vue comme 
inactive", poursuit-il. 
    Selon un projet de communiqué, les ministres devraient 
condamner "l'escalade catastrophique" de l'offensive menée par 
le gouvernement syrien à Alep où 275.000 habitants sont 
retranchés. 
    Les bombardements aériens contre des hôpitaux et les civils 
devraient être assimilés "des crimes de guerre" et un appel 
devrait être lancé pour que la Syrie et ses alliés soient 
renvoyés devant la Cour pénale internationale (CPI). 
    Selon des diplomates, l'Union européenne va demander le 
retour d'un cessez-le-feu doublé d'une mission d'observation, 
ainsi que des négociations impliquant la chef de la diplomatie 
européenne, Federica Mogherini, et une livraison de l'aide 
humanitaire européenne annoncée le 2 octobre. 
 
 (Robin Emmott; Julie Carriat, Pierre Sérisier et Eric Faye pour 
le service français) 
 
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