Syrie-Les pertes civiles, obstacles à une coopération russo-US

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    par Jonathan Landay, Phil Stewart et Warren Strobel 
    WASHINGTON, 25 novembre (Reuters) - Les informations faisant 
état de lourdes pertes civiles sous les bombes russes en Syrie 
sont l'une des raisons majeures pour lesquelles il est peu 
probable que Washington coordonne ses frappes aériennes avec 
Moscou contre les djihadistes de l'Etat islamique (EI), ont dit 
à Reuters des responsables américains, même si Barack Obama n'a 
pas fermé, mardi, la porte à une coopération militaire avec le 
Kremlin. 
    Lors d'une conférence de presse à la Maison blanche avec son 
homologue français François Hollande, le président américain a 
réaffirmé que la Russie était "la bienvenue dans la vaste 
coalition que nous avons mise sur pied". Mais avant cela, a-t-il 
dit, elle doit cesser de défendre le régime de Bachar al Assad 
et de bombarder les rebelles pro-occidentaux, pour s'en prendre 
seulement à l'EI. 
    Les responsables américains estiment cependant qu'il y a 
d'autres obstacles à une participation de Moscou à la coalition 
sous conduite américaine, laquelle rassemble déjà une 
soixantaine de pays contre l'EI en Syrie mais aussi en Irak. 
    De la Maison blanche au Pentagone, les dirigeants américains 
sont préoccupés par les bilans de plus en plus lourds des pertes 
civiles sous les bombes russes, même si cette question est bien 
moins médiatisée que le recours aux "barils d'explosifs" par 
l'armée de l'air de Bachar al Assad contre des civils sans 
armes. 
    En coopérant militairement avec Moscou en Syrie, les 
Etats-Unis pourraient passer pour complices de la mort de 
civils, disent certains responsables américains sous le couvert 
de l'anonymat. 
    Ils craignent aussi qu'une coopération militaire 
américano-russe ne tende les relations entre Washington et les 
groupes insurgés syriens soutenus par l'Occident, dont certains 
reçoivent un appui militaire des Américains. 
    Selon l'un de ces responsables américains, l'indifférence 
manifeste des Russes pour les pertes civiles est l'une des 
raisons pour lesquelles les Etats-Unis rechignent à une 
coopération avec Moscou. Un responsable pointe les précautions 
que prennent les Etats-Unis pour essayer d'éviter des pertes 
civiles, parlant même d'une composante essentielle de la 
stratégie de la coalition sous conduite américaine en Syrie. 
    Les autorités américaines ne contestent pas les accusations 
des militants syriens des droits de l'homme, d'après lesquels 
des bombes et des missiles russes ont touché des mosquées, des 
hôpitaux et autres infrastructures civiles, faisant des 
centaines de morts. 
     
    APPROCHE "IRRESPONSABLE" DES RUSSES 
    Pour le colonel Steve Warren, porte-parole, basé à Bagdad, 
de la coalition internationale sous conduite américaine, l'armée 
américaine juge "plutôt exacts" les bilans des pertes civiles 
avancés par différentes organisations non gouvernementales. 
    Dans un communiqué en date du 20 novembre, l'Observatoire 
syrien des droits de l'homme (OSDH, proche de l'opposition 
syrienne) indique qu'environ 400 civils, dont plus de 160 femmes 
et enfants, ont péri dans les bombardements russes.  
    "C'est un travail militaire bâclé", dit le colonel Warren à 
propos des bombardements aériens russes. "C'est l'approche des 
opérations irréfléchie, irresponsable, imprécise et franchement 
insensible qu'ont adoptée les Russes en Syrie", ajoute-t-il. 
    La Russie affirme que ses bombardements visent le groupe EI 
et nie avoir tué des civils. Elle s'est déclarée ce mois-ci 
"indignée" par un rapport de l'organisation américaine 
Physicians for Human Rights (Médecins pour les droits de 
l'homme) d'après lequel les Russes ont bombardé 10 installations 
médicales en octobre en Syrie. 
    Fadel Abdoul Ghany, directeur de l'ONG Réseau syrien des 
droits de l'homme, parle de 265 civils tués dans les 
bombardements russes, qui ont commencé le 30 septembre. La 
majeure partie des attaques aériennes russes ont visé des 
régions tenues par les rebelles dans la province d'Idleb, dans 
le nord-ouest de la Syrie, dans la province de Lattaquié, 
également dans le Nord-Ouest, ainsi que le secteur de la grande 
ville d'Alep (nord de la Syrie), a-t-il dit. 
    L'une des raisons pour lesquelles les Russes tuent des 
civils, selon les responsables américains, c'est que leurs 
avions ne sont pas équipés de bombes guidées avec grande 
précision. D'autre part, dit-on de source gouvernementale 
américaine, bon nombre de coordonnées visées par les Russes en 
Syrie ont été communiquées par le régime Assad. 
    Les Nations unies estiment que le conflit civil syrien a 
fait dans les 250.000 morts depuis 2011, qu'il a chassé de chez 
eux 11 millions de Syriens, soit un sur deux, et que parmi ces 
11 millions, quatre millions se sont réfugiés à l'étranger. 
     
     
 
 (Eric Faye pour le service français) 
 
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