Syrie-Les Kurdes s'emparent d'Hassaka, veillée d'armes en Turquie

le , mis à jour à 23:37
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 (Actualisé avec déclarations) 
    par Tom Perry et Rodi Said 
    BEYROUTH, 23 août (Reuters) - Les Kurdes des Unités de 
protection du peuple (YPG) se sont emparés ces dernières heures 
de la quasi totalité d'Hassaka, dans le nord-est de la Syrie, où 
ils ont infligé une sévère défaite aux forces 
progouvernementales, malgré les mises en garde d'une Turquie 
préoccupée par leur progression. 
    Avant cette bataille, les miliciens kurdes tenaient déjà la 
ville à 70%. Seuls quelques bâtiments du centre ville leur 
échappent encore, rapporte mardi l'Observatoire syrien des 
droits de l'homme (OSDH).  
    "Même s'il conserve une présence symbolique, le régime a 
subi une grande défaite à Hassaka", a souligné Rami 
Abdoulrahman, directeur de l'OSDH.  
    Un cessez-le-feu accepté par les deux parties devait y 
entrer en vigueur à 11h00 GMT, selon un responsable kurde et la 
télévision syrienne.   
    Les combats se sont intensifiés la semaine dernière quand 
des positions des YPG ont été bombardées par l'aviation 
syrienne, ce qui était sans précédent depuis le début du 
conflit.  
    La milice, pièce maîtresse de la campagne américaine de 
lutte contre les djihadistes de l'Etat islamique (EI), tient une 
bonne part du nord de la Syrie, région qui jouit d'une autonomie 
de fait depuis le début du conflit. Accaparées par les combats 
dans l'Ouest avec les rebelles sunnites, les forces 
gouvernementales s'en souciaient peu jusqu'ici. La bataille 
d'Hassaka est la première véritable confrontation entre les deux 
camps.  
    Les YPG, qui se sont en outre emparées de cinq villages 
voisins, militent pour l'instauration d'un régime fédéral afin 
de préserver leur autonomie. 
     
    OBJECTIF DJARABLOUS  
    Elles tiennent désormais une bande de 400 km le long de la 
frontière turque, qui va de la frontière irakienne à l'Euphrate, 
ainsi qu'une poche appelée Afrin dans le Nord-Ouest syrien. 
Avant la prise d'Hassaka, ils avaient déjà obtenu une grande 
victoire le 12 août en reprenant Manbij à l'EI.  
    A Ankara, on redoute que leurs succès n'attisent les 
ambitions de leurs frères turcs du Parti des travailleurs du 
Kurdistan (PKK), qui ont repris les armes en juillet 2015 
lorsque que le président Recep Tayyip Erdogan s'est lancé dans 
une "guerre synchronisée" contre l'EI et les séparatistes.  
    Le gouvernement turc a d'ailleurs apporté son soutien aux 
rebelles arabes qui s'apprêtent à lancer une offensive à 
Djarablous, ville frontalière tenue par les djihadistes, qui se 
trouve 40 km au nord de Manbij.  
    Le ministre des Affaires étrangère Mevlut Cavusoglu leur a 
promis mardi toute l'aide nécessaire. Le vice-Premier ministre 
Numan Kurtulmus a quant à lui estimé que le nord de la Syrie ne 
devait pas devenir la chasse gardée d'un seul mouvement. 
    "Nous apporterons toutes sortes de soutien à l'opération à 
Djarablous. C'est important pour notre propre sécurité." 
    L'artillerie turque a ouvert le feu lundi en direction de 
Manbij et a également visé Djarablous pour tenter d'ouvrir un 
corridor aux rebelles, selon un responsable turc.  
    Les insurgés qui préparent l'offensive ont déjà affronté les 
milices kurdes plus à l'ouest, dans le secteur d'Alep.  
    Selon l'un d'eux, ils attendent désormais le signal pour se 
lancer à l'assaut de la ville. "L'artillerie turque n'a pas 
cessé de tirer (...) de façon à préparer la bataille pour la 
libération de Djarablous", a-t-il expliqué.  
    D'après un autre rebelle impliqué dans les préparatifs, 
1.500 hommes sont sur le pied de guerre du côté turc de la 
frontière. "Le plan, c'est de prendre Djarablous et de 
poursuivre vers le sud (...) pour empêcher les Kurdes de faire 
mouvement vers le nord et de prendre d'autres villages", a-t-il 
ajouté.  
    La police turque a par ailleurs ordonné l'évacuation de 
Karkamis, ville proche de Djarablous, en raison des 
bombardements, rapporte CNN Türk.   
    Les YPG appartiennent aux Forces démocratiques de Syrie 
(FDS), une alliance soutenue par les puissances occidentales qui 
a formé récemment un "conseil militaire" pour lancer sa propre 
offensive à Djarablous. Le chef de ce conseil a été tué lundi et 
deux "agents turcs" ont été arrêtés pour son assassinat, selon 
l'OSDH et un responsable kurde. 
 
 (Avec Daren Butler et Umit Ozdal, Jean-Philippe Lefief pour le 
service français) 
 
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