Syrie: l'ONU redoute un "gigantesque cimetière" à Alep

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Des habitants fuient Alep-est, en Syrie, le 30 novembre 2016 ( AFP / George OURFALIAN )
Des habitants fuient Alep-est, en Syrie, le 30 novembre 2016 ( AFP / George OURFALIAN )

Un responsable de l'ONU a averti mercredi du risque de voir la ville syrienne d'Alep se transformer en un "gigantesque cimetière", après la fuite de 50.000 personnes de quartiers rebelles assiégés, terrifiées par les combats et les bombardements menés par le régime.

Dans le même temps, la principale coalition de l'opposition syrienne a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU, qui tenait une réunion d'urgence, de prendre des "mesures immédiates" pour protéger les civils assiégés de la métropole septentrionale.

Des réfugiés syriens ayant fui Alep à Jibrin, en Syrie, le 30 novembre 2016
Des réfugiés syriens ayant fui Alep à Jibrin, en Syrie, le 30 novembre 2016 ( AFP / Youssef KARWASHAN )

"Nous supplions (...) les parties au conflit (...) de faire tout leur possible pour protéger les civils et pour permettre l'accès à la partie assiégée d'Alep-Est avant qu'elle ne devienne un gigantesque cimetière", a déclaré le patron des opérations humanitaires de l'ONU Stephen O'Brien, s'adressant depuis Londres au Conseil de sécurité.

L'ONU a pré-positionné des stocks de médicaments et de nourriture pour ravitailler plusieurs dizaines de milliers de personnes et ses camions sont prêts à entrer à Alep-Est, a-t-il souligné, appelant le gouvernement syrien à autoriser un tel déploiement "en toute sécurité".

Des membres des forces pro-gouvernementales syriennes à Alep-est, le 30 novembre 2016
Des membres des forces pro-gouvernementales syriennes à Alep-est, le 30 novembre 2016 ( AFP / George OURFALIAN )

Soutenues par des bombardements intensifs, les forces du régime de Bachar al-Assad ont lancé le 15 novembre une offensive à Alep-Est en vue de reprendre cette partie de la ville aux mains des rebelles.

Elle ont depuis conquis près de 40% d'Alep-Est, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Elles poursuivent notamment leur avancée dans le vaste quartier de Cheikh Saïd, dans le sud-est, a indiqué l'agence officielle Sana.

- 'Pluie d'obus' -

"C'est une véritable pluie d'obus, on ne peut pas se risquer dehors", a témoigné un correspondant de l'AFP, cloîtré chez lui. Après une attaque au mortier, il a vu le corps sans vie d'une fillette au milieu d'une rue.

Dans un quartier proche, au moins 26 civils ont été tués par des tirs d'artillerie du régime, selon l'OSDH.

Localisation des quartiers d'Alep perdus par les rebelles depuis le 23 novembre, zones contrôlées par les f
Localisation des quartiers d'Alep perdus par les rebelles depuis le 23 novembre, zones contrôlées par les forces en présence ( AFP / Valentina BRESCHI, Simon MALFATTO, Frédéric BOURGEAIS )

Parmi ces morts figurent des habitants qui fuyaient les combats au sol, les tirs d'artillerie et les bombardements aériens qui ne cessent pas.

Alors qu'Alep-Est comptait récemment 250.000 civils, plus de 50.000 selon l'OSDH ont fui ces quatre derniers jours cette zone assiégée depuis quatre mois, sans nourriture, médicaments et électricité.

Parmi eux, Fawwaz al-Achaari, 56 ans, a quitté son quartier de Sakhour pour rejoindre un centre d'accueil à Jibrine, à une dizaine de km au nord d'Alep. "J'ai perdu mon fils aîné, mon travail, ma maison (...) Le reste de mes enfants ne demandent qu'à vivre en sécurité, ils ont vu la mort à plusieurs reprises, je veux qu'ils connaissent la vie", a-t-il dit.

Des habitants d'Alep-est, en Syrie, fuient meurs maisons, le 30 novembre 2016
Des habitants d'Alep-est, en Syrie, fuient meurs maisons, le 30 novembre 2016 ( AFP / George OURFALIAN )

"Ceux qui fuient sont dans une situation désespérée. Beaucoup d'entre eux ont tout perdu", a souligné Pawel Krysiek, responsable de la communication de la Croix-Rouge en Syrie.

Sous une pluie tenace, des familles entières ont convergé vers des points de rassemblement pour monter dans des pick-up ou des bus affrétés par les autorités pour se diriger vers l'ouest d'Alep contrôlé par le régime, selon un journaliste de l'AFP.

Selon l'OSDH, sur les 50.000 déplacés, plus de 20.000 ont trouvé refuge à Alep-Ouest et 30.000 dans l'enclave de Cheikh Maqsoud aux mains des forces kurdes.

- 'Protégez les civils' -

"Laissez les civils sortir, protégez les civils, mettez en place un couloir sûr pour qu'ils puissent partir", a réclamé le président du conseil local des quartiers rebelles, Brita Hagi Hassan, lors d'une visite à Paris.

"Dans les quartiers repris par les forces du régime et les milices iraniennes, il y a des exécutions sommaires, des règlements de compte, tous les jeunes hommes de moins de 40 ans sont arrêtés", a-t-il affirmé.

Des Syriens fuient Alep-est le 30 novembre 2016
Des Syriens fuient Alep-est le 30 novembre 2016 ( AFP / George OURFALIAN )

Depuis le 15 novembre, plus de 300 civils, dont 33 enfants, ont été tués à Alep-Est, selon l'OSDH qui comptabilise les morts identifiés. Les rebelles ont parallèlement tué au moins 48 civils en bombardant Alep-Ouest.

L'agence officielle Sana a indiqué que huit habitants de ces quartiers, dont deux enfants, avaient été tués mercredi par des tirs de roquette provenant d'Alep-Est.

A New York, les quinze ambassadeurs du Conseil de sécurité de l'ONU discutaient d'Alep au cours d'une réunion urgente demandée par la France. Le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson a dit espérer que cette réunion puisse conduire "à mettre fin au carnage".

Principal soutien de Damas, Moscou avait dénoncé mardi la "cécité" des Occidentaux sur le dossier syrien, en se félicitant que les dernières opérations avaient permis de "changer radicalement la situation" à Alep.

Parallèlement, des représentants de la Russie et de groupes rebelles syriens se sont rencontrés à "plusieurs reprises" à Ankara pour discuter de l'instauration d'une trêve à Alep, a indiqué à l'AFP une source proche des factions syriennes.

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  • M7097610 hier

    Le 10 décembre, Monsieur Zéro (ministre des affaires qui lui sont étrangères) réunit un groupe d'Etats terroristes. Pourquoi la CPI ne demande pas à la France de les extrader aux Pays Bas?

  • M7097610 hier

    et si l'onu commençait à dire aux turcs de rappeler leurs soldats qui interviennent directement en syrie et se rendent coupables de crimes de guerre ? + Hollande qui arment les islamiste en contournant le blocus européen...tu parles d'un européen convaincu ! Tous ces dirigeant à la CPI fissa..ils ont 300 000 morts sur la conscience.

  • delapor4 il y a 2 jours

    Pour Mossoul, les photos de cadavres tardent à nous parvenir. Comme c'est bizarre !

  • delapor4 il y a 2 jours

    bouchet n'est pas tant boucher que bouché.

  • ZvR il y a 2 jours

    @bouchet c'est incroyable que vous puissiez soutenir les crimes contre l'humanité à grande échelle commis par des bouchers sanguinaires contre la population d'un pays pas le seul but d'enrichir des gangs m@fieux internationaux, le tout aux nom de la "démocratie"

  • guerber3 il y a 2 jours

    L ' ONU est une association de pays qui fabriquent et vendent des armes à tous ceux qui souhaitent s ' entretuer, CQFD...!

  • Loless il y a 2 jours

    Non, les djihadistes qui le veulent ne fuient pas, ils se rendent à l'armée syrienne , Bachar a décrété une ...amnistie pour ceux qui se rendent (460 à ce jour). La sitation est la meme à Mossoul où la coalition n'arrive pas à progresser dans le ville (où les habitants ont prit les armes avec daesh - Mossoul est sunnite , et les habitants de Mossoul se sont fait les complices de daesh - ils sont tous complices.

  • bouchet1 il y a 2 jours

    c'est incroyable que vous puissiez soutenir une dictature sanguinaire.

  • ZvR il y a 2 jours

    Radio EI, pardon l'AFP maintient son programme favori. Ils recrutent leurs "journalistes" en corée du nord?

  • bsdm il y a 2 jours

    L'afp maintient la fiction d'une alep est "dèfendue" par de gentils rebelles,mais les djihadistes sont en train de fuir en se cachant derriere des otages