Syrie-L'alliance rebelle du Sud rejette tout lien avec Al Nosra

le
0

par Tom Perry BEYROUTH, 14 avril (Reuters) - Les rebelles soutenus par les Occidentaux dans le sud-ouest de la Syrie, la partie du pays où ils sont solidement implantés, rejettent ouvertement tout lien avec les djihadistes du Front al Nosra, signe de frictions qui pourraient déboucher sur de nouveaux combats au sein de l'opposition à Bachar al Assad. Après quatre années de guerre civile, le territoire syrien se partage essentiellement entre les forces gouvernementales et les deux principaux groupes djihadistes, Nosra, branche syrienne d'Al Qaïda, dans le Nord-Ouest, et l'Etat islamique dans l'Est. Comparativement, les rebelles qualifiés de "modérés" auxquels les Etats-Unis et les pays arabes apportent publiquement leur soutien ne contrôlent qu'une petite partie du pays. Mais l'alliance connue sous le nom de Front du Sud est puissante dans la région frontalière avec la Jordanie et Israël. Ces dernières semaines, ses combattants ont pris un poste-frontière et une localité aux mains du gouvernement après avoir repoussé une offensive des forces de Damas. Le Front al Nosra, qui a écrasé la rébellion "modérée" dans le nord du pays, est également actif dans le Sud et a parfois combattu aux côtés du Front du Sud contre les forces gouvernementales dans une relation qui est souvent apparue ambiguë aux yeux des observateurs. Mais le Front du Sud a diffusé ces derniers jours un long communiqué condamnant l'idéologie du Front al Nosra et rejetant toute coopération avec lui. "Nous devons exprimer clairement notre position: ni le Front al Nosra ni toute autre organisation se réclamant de cette idéologie ne nous représente", a déclaré Bachar al Zoubi, chef de l'armée de Yarmouk, l'une des principales brigades du Front du Sud. "Nous ne pouvons pas recevoir nos ordres de Zaouahri et Nosra", a-t-il dit, par allusion au chef d'Al Qaïda Ayman al Zaouahri. DÉFECTIONS Ce communiqué, a expliqué Bachar al Zoubi, vise à clarifier la position du Front du Sud, et nullement à obtenir davantage d'aide étrangère. A en croire Aboul Majd al Zoubi, qui dirige l'Organisation syrienne des médias, liée à l'alliance modérée, l'objectif est d'isoler le Front al Nosra. "Notre porte est ouverte aux combattants du Front al Nosra qui souhaiteraient faire défection et rejoindre les brigades du Front du Sud. Nous n'appelons pas à une confrontation, mais le Front du Sud est plus fort", dit-il. La diffusion de ce communiqué semble avoir été motivée par de récents incidents entre les deux groupes, notamment autour du poste de Nassib, à la frontière avec la Jordanie. Ce poste-frontière a été pris aux forces gouvernementales le 1er avril, le Front du Sud et le Front al Nosra affirmant tous deux avoir joué un rôle décisif dans cette victoire. Selon plusieurs spécialistes, dont un responsable des services de renseignement américains, les brigades du Front du Sud sont effectivement plus fortes que les djihadistes dans la région. Mais le Front al Nosra reste puissant et l'Etat islamique pourrait à son tour chercher à s'étendre sur ce territoire, dans le cadre d'une stratégie d'expansion au-delà de ses bastions de l'Est. Des combattants de l'EI ont ainsi lancé un assaut ces derniers jours contre une base aérienne de la province de Soueïda, dans le Sud syrien. Bachar al Zoubi y voit une façon pour l'Etat islamique d'annoncer son arrivée dans la région et réclame une aide internationale plus importante afin de repousser les djihadistes. (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant