Syrie-L'aide humanitaire tarde à arriver à Alep

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 (Actualisé avec déclarations russes §§7-8, 12, 22 et 26) 
    par John Davison et Osman Orsal 
    BEYROUTH/CILVEGOZU, Turquie, 14 septembre (Reuters) - Les 
Nations unies ont regretté mercredi que l'aide humanitaire mette 
"plus de temps que prévu" à arriver à Alep en raison de 
désaccords persistants entre belligérants du conflit syrien sur 
les conditions de délivrance de produits de première nécessité 
aux civils assiégés. 
    Deux convois de camions qui ont franchi la frontière turque 
attendent depuis mardi le feu vert pour poursuivre leur route en 
direction de la grande ville du nord de la Syrie, a déclaré un 
responsable turc mercredi, au troisième jour du cessez-le-feu 
censé alléger les souffrances des populations civiles. 
    "Les choses prennent plus de temps que nous l'espérions", a 
reconnu David Swanson, porte-parole du Bureau de la coordination 
des Affaires humanitaires des Nations unies (Ocha). 
    "Nous avons 20 camions à la frontière (turque) qui sont 
prêts à démarrer", a-t-il dit à Reuters. 
    Le responsable turc a parlé de son côté de deux convois de 
20 camions chargés notamment de produits alimentaires et de 
farine bloqués au poste-frontière de Cilvegozu, à une 
quarantaine de km à l'ouest d'Alep. 
    Le cessez-le-feu négocié par Washington et Moscou et entré 
en vigueur lundi soir en Syrie a pour l'heure permis de réduire 
de manière significative les violences entre rebelles et forces 
gouvernementales. 
    L'armée russe s'est dite mercredi favorable à sa prorogation 
pour 48 heures, tout en déplorant une soixantaine de violations 
en deux jours, rapporte l'agence de presse Interfax. 
    Ces violations ont principalement été le fait du groupe 
islamiste Ahrar al Cham, a précisé un responsable de 
l'état-major, le général Viktor Poznikhir, selon des propos 
tenus lors d'un point de presse à Moscou et rapportés par 
Interfax. 
    La question de l'aide humanitaire n'est en revanche toujours 
pas réglée et son contrôle faisait toujours mercredi l'objet 
d'intenses tractations entre belligérants. 
    Le gouvernement de Bachar al Assad a prévenu qu'il 
refuserait toute livraison d'aide à Alep, "en particulier du 
régime turc", qui ne transiterait pas par lui-même ou les 
Nations unies. 
     
    LA ROUTE DU CASTELLO ÉVACUÉE JEUDI? 
    Le conseil gérant les quartiers de l'est d'Alep sous 
contrôle rebelle, totalement assiégés par l'armée syrienne et 
ses alliés, a de son côté rejeté tout déploiement de l'armée 
russe le long de la route du Castello, qui doit servir à 
acheminer l'aide et devenir une zone démilitarisée.   
    Selon l'agence RIA, l'armée russe s'est dite mercredi 
après-midi disposée à se retirer "graduellement" des abords de 
la route du Castello à partir de jeudi matin, simultanément aux 
rebelles présents dans ce secteur. 
    "Certains acteurs essaient de tirer un bénéfice politique de 
cette situation, et c'est quelque chose que nous devons 
dépasser", a souligné David Swanson, de l'Ocha. 
    "En plus d'Alep, les opérations humanitaires de l'Onu sont 
prêtes à fournir de l'aide vitale à d'autres villes assiégées ou 
difficiles d'accès... mais seulement quand il sera possible d'y 
accéder", a-t-il souligné. 
    Les Nations unies estiment que plus de 500.000 personnes 
vivent dans des zones assiégées en Syrie. 
    Malgré ces difficultés, le secrétaire d'Etat américain John 
Kerry a défendu mercredi l'accord conclu avec Moscou, estimant 
que cette initiative diplomatique constituait la seule solution 
pour tenter d'enrayer le cycle de violences, de morts et de 
départs en exil. 
    "C'est la dernière chance pour préserver l'unité de la 
Syrie", a dit John Kerry à la radio NPR. "Si on ne parvient pas 
maintenant à imposer une cessation des hostilités et un retour à 
la table des négociations, les combats vont s'intensifier", 
a-t-il prédit. 
    "Quelle est l'alternative?" a poursuivi le chef de la 
diplomatie américaine. "L'alternative serait de passer de 
450.000 morts à je ne sais combien de milliers de plus ? Qu'Alep 
soit complètement envahie? Que les Russes et Assad bombardent 
aveuglément pendant des jours pendant qu'on les regarde sans 
rien faire?" 
    "Le pilonnage (des rebelles modérés) par Assad et par la 
Russie risque de les jeter dans les bras de (l'ex-Front al) 
Nosra et de l'Etat islamique et il y aura encore plus de 
radicalisation d'une plus grande intensité." 
     
    L'OPPOSITION PEU OPTIMISTE 
    Les Etats-Unis sont prêts à assumer leur part du contrat en 
luttant contre les groupes djihadistes qui ne sont pas concernés 
par la trêve, a conclu John Kerry en réponse aux doutes émis 
notamment par des responsables de l'armée et des services de 
renseignement américains sur la sincérité de la Russie en la 
matière. 
    Interrogé à ce sujet par des journalistes, le porte-parole 
du Kremlin, Dmitri Peskov, a estimé mercredi que l'avenir du 
cessez-le-feu dépendrait de la capacité de Washington à opérer 
la distinction entre l'opposition "modérée" et les "groupes 
terroristes". 
    Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a 
de son côté indiqué avoir demandé, au cours d'une conversation 
téléphonique avec John Kerry, aux Etats-Unis de distinguer plus 
clairement les groupes qu'ils soutiennent de ceux qui combattent 
aux côtés des djihadistes du Front Fateh al Cham (ex-Nosra). 
    Le flou entourant les futures opérations militaires a 
suscité de fortes réserves de l'opposition syrienne et des 
groupes rebelles qui ont accepté l'accord russo-américain, 
échaudés par l'échec de la précédente tentative de "cessation 
des hostilités", en février dernier. 
    "Nous ne sommes pas très confiants dans le fait que cette 
trêve puisse tenir plus longtemps que la précédente", a confié 
mercredi à Reuters George Sabra. 
    Le dirigeant de l'opposition a estimé qu'il était "trop tôt" 
pour parler de reprise des discussions politiques, ajoutant que 
celle-ci dépendrait de la mise en oeuvre du volet humanitaire de 
l'accord, bloqué selon lui par l'insistance de Damas à vouloir 
contrôler la délivrance de l'aide. 
    A Moscou, le général Viktor Poznikhir a par ailleurs affirmé 
que l'armée russe avait repoussé une attaque du groupe Etat 
islamique (EI) contre Palmyre, pendant laquelle 250 djihadistes 
ont selon lui été tués et une quinzaine de pick-ups équipés de 
mitrailleuses lourdes détruits. 
 
 (Avec Bulent Usta à Cilvegozu, Yesim Dikmen à Istanbul, Lesley 
Wroughton à Washington, Denis Pinchuk et Alexander Winning à 
Moscou; Tangi Salaün pour le service français) 
 
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