Syrie: Genève III suspendue avant même d'avoir commencé

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LES DISCUSSIONS À GENÈVE SUR LE CONFLIT SYRIEN SUSPENDUES
LES DISCUSSIONS À GENÈVE SUR LE CONFLIT SYRIEN SUSPENDUES

par John Irish et Stephanie Nebehay

GENEVE (Reuters) - Les discussions sur le conflit syrien entamées le week-end dernier à Genève ont été suspendues jusqu'au 25 février, a annoncé mercredi l'émissaire de l'Onu, Staffan de Mistura, assurant qu'elles n'avaient pas échoué mais que l'aide immédiate des pays médiateurs était nécessaire pour débloquer la situation.

"J'ai conclu franchement qu'après la première semaine de discussions préparatoires, davantage de travail devait être accompli, pas seulement de notre part mais aussi de la part des parties prenantes", a-t-il déclaré à la presse à l'issue d'une réunion avec la délégation de l'opposition.

"J'ai indiqué dès le premier jour que je ne discuterais pas pour le plaisir de discuter", a ajouté le diplomate italo-suédois.

L'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie avait annoncé lundi soir le lancement officiel de ces négociations qu'il présente comme la dernière chance de parvenir à une solution politique à la guerre civile qui a fait plus de 250.000 morts et déplacé des millions de Syriens.

Mais du côté du gouvernement syrien comme de la délégation de l'opposition, on continuait de parler de "phase préparatoire".

Le chef de la délégation de Damas, Bachar Djaafari, a imputé mercredi soir aux représentants de l'opposition la responsabilité de cette suspension pour trois semaines.

La délégation de l'opposition, a-t-il affirmé, voulait se retirer des discussions, c'est pourquoi De Mistura a décidé d'une pause dans la conférence de Genève III. Djaafari a accusé l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie d'avoir donné "instruction" aux représentants de l'opposition de quitter Genève.

La suspension est une manoeuvre de "couverture politique", a-t-il poursuivi, reprochant à l'émissaire de l'Onu de "ne pas avoir dit la vérité telle qu'elle était". Interrogé sur un retour des représentants de Damas à la date du 25 février, il a répondu que cela serait débattu avec l'envoyé spécial de l'Onu.

OFFENSIVE DES FORCES D'ASSAD SUR LE TERRAIN

Les discussions de Genève, dans le droit fil de la résolution 2254 adoptée à l'unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies le 18 décembre dernier, constituent la première tentative véritable de négocier une issue à la guerre civile syrienne en deux ans.

Le processus a été initié à la fin de l'année dernière par les puissances du Groupe de soutien international à la Syrie (IISG), conduites par les Etats-Unis et la Russie, qui pourraient se réunir de nouveau la semaine prochaine.

Mais la poursuite des combats sur le terrain, notamment l'offensive lancée en début de semaine dans la région d'Alep par les forces fidèles à Bachar al Assad avec l'appui de l'aviation russe, n'a pas favorisé les discussions.

Réagissant à la suspension de Genève III, le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, a jugé que cette offensive militaire avait "clairement" entravé les négociations.

Le ministre allemand a indiqué que la conférence annuelle sur la sécurité qui se tient la semaine prochaine à Munich pourrait servir de cadre à une action commune des parties prenantes.

Son homologue britannique, Philip Hammond, a accusé lui la Russie d'attiser le confit. "Le problème, avec les Russes, c'est que, pendant qu'ils parlent, ils bombardent, et ils prêtent main forte à Assad", a dit lundi soir le secrétaire au Foreign Office.

(avec Kinda Makih et Tom Miles; Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service français)

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