Syrie: Genève III suspendue avant même d'avoir commencé

le , mis à jour à 23:44
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    * De Mistura décrète une pause jusqu'au 25 février 
    * L'émissaire de l'Onu ne veut pas "discuter pour le plaisir 
de discuter" 
    * Damas accuse l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie 
d'avoir donné "instruction" à l'opposition de quitter Genève 
    * Pour l'opposition, le régime syrien est responsable de 
l'échec 
 
    par John Irish et Stephanie Nebehay 
    GENEVE, 3 février (Reuters) - Les négociations de Genève sur 
le conflit syrien entamées le week-end dernier ont été 
suspendues jusqu'au 25 février, a annoncé mercredi l'émissaire 
de l'Onu, Staffan de Mistura, assurant qu'elles n'avaient pas 
échoué mais que l'aide immédiate des pays médiateurs était 
nécessaire pour débloquer la situation. 
    L'offensive lancée en début de semaine dans le secteur 
d'Alep par l'armée gouvernementale syrienne, appuyée par 
l'aviation russe, a contribué à paralyser, au moins 
temporairement, l'initiative diplomatique alors que la 
résolution de l'Onu encadrant le processus prévoyait notamment 
la fin immédiate des "attaques contre les populations ou les 
biens civils" et de "l'emploi aveugle d'armes, tels que les tirs 
d'obus et les bombardements aériens".  
    "J'ai conclu franchement qu'après la première semaine de 
discussions préparatoires, davantage de travail devait être 
accompli, pas seulement de notre part mais aussi de la part des 
parties prenantes", a déclaré à la presse l'envoyé spécial de 
l'Onu à l'issue d'une réunion avec la délégation de 
l'opposition.  
    "J'ai indiqué dès le premier jour que je ne discuterais pas 
pour le plaisir de discuter", a ajouté le diplomate 
italo-suédois. 
    De Mistura avait annoncé lundi soir le lancement officiel de 
ces négociations qu'il présente comme la dernière chance de 
parvenir à une solution politique à la guerre civile qui a fait 
plus de 250.000 morts et déplacé des millions de Syriens. Mais 
du côté du gouvernement syrien comme de la délégation de 
l'opposition, on continuait de parler de "phase préparatoire". 
    Aussitôt cette suspension de trois semaines annoncée, le 
chef de la délégation de Damas, Bachar Djaafari, en a imputé la 
responsabilité aux représentants de l'opposition. 
    La délégation de l'opposition, a-t-il affirmé, voulait se 
retirer des discussions, c'est pourquoi De Mistura a décidé 
d'une pause dans la conférence de Genève III. Djaafari a accusé 
l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie d'avoir donné 
"instruction" aux représentants de l'opposition de quitter 
Genève. 
    La suspension est une manoeuvre de "couverture politique", 
a-t-il poursuivi, reprochant à l'émissaire de l'Onu de "ne pas 
avoir dit la vérité telle qu'elle était". Interrogé sur un 
retour des représentants de Damas à la date du 25 février, il a 
répondu que cela serait débattu avec l'envoyé spécial de l'Onu. 
    "C'est un échec pour tout le monde à l'exception du 
gouvernement de la république arabe syrienne", a ajouté 
Djaafari.  
     
    HIDJAB: "FAIRE PRESSION SUR LE RÉGIME SYRIEN ET SES ALLIÉS"  
    Dans les rangs de l'opposition, Riad Hidjab, coordinateur du 
Haut Conseil pour les négociations (HCN), a affirmé lui que le 
régime de Bachar al Assad avait tout fait pour que Genève échoue 
et qu'il recommencerait. 
    L'ancien Premier ministre d'Assad, qui a fait défection 
durant l'été 2012, a jugé que cette "pause" donnerait à la 
communauté internationale une occasion de "faire pression sur le 
régime syrien et ses alliés pour veiller à ce qu'ils mettent en 
oeuvre les exigences humanitaires du peuple syrien en libérant 
des détenus, en levant les sièges contre des villes et en 
mettant fin aux attaques aériennes sur des villes". 
    "La délégation du HCN quittera Genève demain (jeudi) et n'y 
reviendra pas à moins de voir quelque chose sur le terrain", 
a-t-il prévenu. 
    Les discussions de Genève, dans le droit fil de la 
résolution 2254 adoptée à l'unanimité par le Conseil de sécurité 
des Nations unies le 18 décembre dernier, constituent la 
première tentative véritable de négocier une issue à la guerre 
civile syrienne en deux ans. 
    Le processus a été initié à la fin de l'année dernière par 
les puissances du Groupe de soutien international à la Syrie 
(IISG), conduites par les Etats-Unis et la Russie, qui 
pourraient se réunir de nouveau la semaine prochaine. 
 ID:nL8N15C1MC  
    Mais la poursuite des combats sur le terrain, notamment 
l'attaque lancée en début de semaine dans la région d'Alep par 
les forces fidèles à Bachar al Assad avec l'appui de l'aviation 
russe, n'a pas favorisé les discussions. Mercredi, les forces 
pro-Assad ont continué leur progression, mettant fin au siège de 
deux villages chiites du nord-ouest de la province d'Alep 
encerclés par les rebelles et se retrouvant en mesure de couper 
la principale voie d'approvisionnement des rebelles qui tiennent 
plusieurs quartiers de la ville d'Alep.  ID:nL8N15I44L  
     
    FABIUS ACCUSE "ASSAD ET SES SOUTIENS"  
    DE TORPILLER LES EFFORTS DE PAIX 
    Dans un communiqué, Laurent Fabius a condamné "l'offensive 
brutale menée par le régime syrien, avec le soutien de la 
Russie, pour encercler et asphyxier Alep et ses centaines de 
milliers d'habitants".  
    "J'exprime le plein soutien de la France à la décision de 
l'envoyé spécial, dans ce contexte, de suspendre les 
négociations, auxquelles ni le régime de Bachar al Assad ni ses 
soutiens ne souhaitent visiblement contribuer de bonne foi, 
torpillant ainsi les efforts de paix", ajoute le ministre 
français des Affaires étrangères.  
    Réagissant à la suspension de Genève III, le chef de la 
diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, a jugé 
pareillement que cette offensive militaire avait "clairement" 
entravé les négociations. 
    Le ministre allemand, en déplacement en Arabie saoudite, a 
indiqué que la conférence annuelle sur la sécurité qui se tient 
la semaine prochaine à Munich pourrait servir de cadre à une 
action commune des parties prenantes. 
    Leur homologue britannique, Philip Hammond, avait accusé en 
début de semaine la Russie d'attiser le confit. "Le problème, 
avec les Russes, c'est que, pendant qu'ils parlent, ils 
bombardent, et ils prêtent main forte à Assad", avait-il dit 
lundi soir le secrétaire au Foreign Office.  ID:nL8N15G4TX      
    A Washington, le porte-parole du département d'Etat a estimé 
que les frappes aériennes russes qui perturbent l'acheminement 
de l'aide humanitaire en Syrie expliquaient en partie la 
suspension des discussions de Genève. 
    "Il est difficile à l'extrême de voir comment des frappes 
contre des cibles civiles contribuent d'une manière ou d'une 
autre au processus de paix aujourd'hui à l'étude", a dit John 
Kirby. 
 
 (avec Kinda Makieh et Tom Miles; Jean-Philippe Lefief et 
Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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