SYNTHESE-Volkswagen ne connaît pas de répit

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* L'ex-patron Martin Winterkorn visé par une enquête judiciaire * L'action continue de chuter * Les soupçons pèsent sur l'ensemble du secteur automobile par Andreas Cremer BERLIN, 28 septembre (Reuters) - La justice allemande a ouvert lundi une enquête pour fraude concernant l'ancien président du directoire de Volkswagen VOWG_p.DE Martin Winterkorn, en raison de la manipulation des tests sur les émissions polluantes des moteurs diesel du groupe. Le constructeur allemand, devenu au premier semestre leader mondial des ventes, a pour sa part suspendu les responsables des activités de recherche et développement (R&D) de la marque Volkswagen, de la marque haut de gamme Audi et de la marque de voitures de sport Porsche. Le scandale a déjà fait fondre la capitalisation boursière de Volkswagen de plus d'un tiers en l'espace d'une semaine et nombre d'observateurs doutent que les mesures annoncées jusqu'à présent par le géant allemand, notamment la nomination vendredi d'un nouveau président du directoire en la personne de Matthias Müller, suffisent à le sortir de la crise. L'action perdait encore plus de 8% vers 14h45 GMT à la Bourse de Francfort, soit la plus forte baisse de l'indice EuroStoxx 50 .STOXX50E de la zone euro. Cette affaire, qui ternit l'image de fiabilité de l'industrie allemande, ébranle l'ensemble du secteur automobile européen, objet d'une suspicion généralisée. L'organisation non-gouvernementale Transport & Environment a affirmé lundi que les nouveaux modèles de voitures des constructeurs automobiles européens rejetaient en moyenne 40% de dioxyde de carbone de plus que ne le montrent les tests en laboratoire. Le parquet de Brunswick, dont dépend la ville de Wolfsburg (Basse-Saxe), siège historique de Volkswagen, a précisé que l'instruction sur Martin Winterkorn, contraint à la démission mercredi dernier, portait sur "des allégations de fraude dans la vente de voitures avec manipulation des données d'émissions". Lors de sa démission après quasiment neuf années à la présidence du directoire de VW, Martin Winterkorn, patron le mieux payé du Dax -- l'indice phare de la Bourse de Francfort -- en 2014, avait dit ne pas être au courant de la moindre malversation. 2,1 MILLIONS D'AUDI CONCERNÉES Selon des sources proches du groupe, Volkswagen a suspendu Heinz-Jakob Neusser, responsable du développement de la marque Volkswagen, Ulrich Hackenberg, responsable R&D d'Audi qui chapeaute le développement technique de l'ensemble du groupe, et Wolfgang Hatz, son homologue chez Porsche, chargé du développement des moteurs et des systèmes de transmission du groupe. D'après l'une de ces sources, Ulrich Hackenberg a engagé un recours juridique contre sa mise à l'écart. Volkswagen et Audi ont refusé de s'exprimer sur le sujet. Une source proche du conseil de surveillance de VW a déclaré que le comité exécutif de cette instance se réunirait mercredi pour décider de confier une enquête externe au cabinet juridique américain Jones Day. La crise ne manifeste toujours aucun répit, 10 jours après les révélations des autorités américaines. Volkswagen, qui a reconnu avoir triché lors des tests pratiqués aux Etats-Unis, a déclaré que 11 millions de ses véhicules à travers le monde étaient équipés du logiciel à l'origine de la manipulation, sans préciser toutefois combien devraient être rappelés et reconfigurés. Audi a annoncé lundi qu'il était concerné à hauteur de 2,1 millions de véhicules sur le total de 11 millions tandis que Skoda, autre marque du groupe Volkswagen, s'est dit affecté à hauteur de 1,2 million de voitures. Deux journaux allemands ont rapporté dimanche que des employés de Volkswagen et l'un de ses fournisseurs l'avaient mis en garde depuis plusieurs années contre l'utilisation potentiellement frauduleuse du logiciel en cause. LE CHOIX DE MÜLLER NE CONVAINC PAS Plus globalement, le doute est désormais jeté sur l'ensemble des procédures de vérification des émissions polluantes des voitures européennes. D'après l'ONG Transport & Environment, le scandale Volkswagen n'est que "la partie émergée de l'iceberg". Elle affirme ainsi que certains modèles de Mercedes DAIGn.DE , BMW BMWG.DE et PSA Peugeot Citroën PEUP.PA consomment environ 50% de plus de carburant que ne l'affirment les constructeurs et produisent donc davantage d'émissions toxiques. ID:nL5N11Y1XG L'Allemagne s'inquiète des répercussions de ce scandale sur son économie, alors que le secteur automobile emploie plus de 750.000 personnes sur son sol et contribue fortement à ses performances à l'exportation. "L'industrie automobile est essentielle à l'économie allemande. (Le scandale) peut avoir un gros impact sur l'économie allemande. Cela devrait nous inquiéter un petit peu", a déclaré le vice-ministre des Finances, Jens Spahn. Dans une lettre adressée aux employés de Porsche, dont il était le patron jusqu'à vendredi, et consultée par Reuters, Matthias Müller écrit: "VW est dans une situation dramatique. Ce sera loin d'être facile de rétablir la réputation de l'entreprise et de regagner la confiance des clients." Certains analystes doutent qu'il soit l'homme à même de mener à bien cette mission, après plus de 30 années de présence dans le groupe. Le cabinet de conseil Hermes EOS, qui, en tant que représentant d'investisseurs, compte participer à l'assemblée générale extraordinaire de VW convoquée le 9 novembre, a fait part de ses "véritables doutes sur le fait de savoir si les principaux actionnaires (de Volkswagen) ont pris la mesure de la nécessité d'une réforme fondamentale et d'un véritable nouveau départ". (Bertrand Boucey pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)


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  • ANOSRA le lundi 28 sept 2015 à 18:04

    C'est quand même le minimum que les têtes des R&D sautent, ils ne pouvaient pas ne pas savoir !!!