SYNTHESE-Violents combats en Syrie avant une trêve hypothétique

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    * Combats dans un faubourg de Damas 
    * Tirs de mortier sur la capitale 
    * Affrontements dans la province de Lattaquié 
    * Une trêve à compter de samedi ? 
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    par Tom Perry 
    BEYROUTH, 25 février (Reuters) - Des avions russes ont 
bombardé jeudi des secteurs rebelles dans le nord-ouest de la 
Syrie et les forces gouvernementales syriennes ont pilonné un 
faubourg insurgé de la capitale, Damas, avant l'instauration 
hypothétique d'un cessez-le-feu proposé par les Etats-Unis et la 
Russie. 
    Ce projet de cessation des hostilités, annoncé lundi 
dernier, prévoit que les armes se taisent à compter de vendredi 
à 22h00 GMT (minuit dans la nuit de vendredi à samedi, heure de 
Damas). Les belligérants ont jusqu'à vendredi 10h00 GMT (midi 
heure de Damas) pour dire s'ils acceptent ce projet. 
    Le gouvernement de Bachar al Assad a donné son accord et le 
Haut Conseil pour les négociations (HCN), coalition de 
l'opposition syrienne soutenue par les Saoudiens, s'est dite 
favorable à une trêve de deux semaines afin de vérifier le 
sérieux de l'engagement des autres parties prenantes dans le 
conflit. 
    Pour l'opposition syrienne, Damas va certainement chercher à 
profiter de cette trêve pour marquer des points sur le terrain, 
en prétendant bombarder des positions des djihadistes de l'Etat 
islamique (EI) ou du Front al Nosra qui ne sont pas concernés 
par le cessez-le-feu. 
    Le gouvernement syrien, pour sa part, a mis en garde contre 
l'échec de la trêve si des pays étrangers continuent de fournir 
des armes aux insurgés. 
    Les combats de jeudi se sont surtout concentrés dans le 
nord-ouest du pays, près de la frontière turque, et à Daraya, 
faubourg de Damas tenu par des insurgés que le gouvernement 
présente comme des islamistes d'Al Nosra, la branche syrienne 
d'Al Qaïda.  
    Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), 
des hélicoptères de l'armée syrienne ont lancé au moins trente 
barils d'explosifs sur Daraya dans la journée. 
     
    "EXPLOITER LA TRÊVE"  
    Le gouvernement a accusé, lui, les rebelles d'avoir tiré au 
mortier sur des zones résidentielles de la capitale, tuant au 
moins une personne. 
    Un porte-parole des rebelles dans le sud du pays a prédit 
que Daraya serait le premier endroit où la trêve, si elle entre 
en vigueur, sera violée. "Le gouvernement veut exploiter le 
cessez-le-feu pour prendre Daraya. Nous ne l'accepterons pas", a 
dit Abou Ghiath al Chami, porte-parole du groupe Alouiyat Seif 
al Cham. 
    Une source militaire syrienne a également estimé que les 
combats se poursuivraient à Daraya parce que les rebelles qui 
s'y trouvent, a-t-il affirmé, sont des islamistes d'Al Nosra, 
donc exclus de la trêve. 
    "Nous avons la preuve qu'ils sont du Front al Nosra. On a 
trouvé des documents, des livres, des drapeaux. Et partout où se 
trouve Al Nosra, nous poursuivrons les opérations", a dit ce 
militaire gouvernemental. 
    Les combats se sont également intensifiés ces deux derniers 
jours dans la province de Lattaquié, dans le nord-ouest du pays, 
où les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) opèrent aux 
côtés du Front al Nosra et d'autres groupes islamistes. 
    "Le régime veut reprendre tout le nord de la province d'ici 
vendredi soir", a déclaré Fadi Ahmad, porte-parole d'une 
division rebelle. "Les combats sont très violents", a-t-il dit, 
affirmant que selon lui les gouvernementaux et les Russes ne 
respecteraient pas la trêve.  
    Rami Abdoulrahman, directeur de l'OSDH, a confirmé que 
d'intenses raids aériens avaient été menés mercredi et jeudi 
dans le nord de la province de Lattaquié. 
     
    UN "PLAN B" ? 
    L'un des objectifs du cessez-le-feu est de permettre 
l'acheminement d'une aide humanitaire à la population, 
principalement dans les zones assiégées. 
    Mercredi, l'Onu a tenté d'envoyer de l'aide aux 200.000 
personnes bloquées dans la ville de Daïr az Zour, dans l'Est, 
mais les 21 caisses larguées par parachute ont été endommagées 
ou bien sont tombées dans le no man's land entre les lignes du 
front, où elles sont difficilement récupérables, a annoncé le 
Programme alimentaire mondial (Pam). 
    Mercredi, lors d'une conversation téléphonique, le président 
Assad a déclaré à son homologue russe Vladimir Poutine que son 
gouvernement était prêt à aider à la mise en oeuvre de la trêve. 
Les deux hommes ont toutefois souligné la nécessité de 
poursuivre la lutte "sans répit" contre l'EI, le Front al Nosra 
et les autres groupes djihadistes. 
    La date de la prochaine session des négociations de paix à 
Genève sur la Syrie sera dévoilée vendredi après que le Conseil 
de sécurité de l'Onu aura été informé de la situation, a annoncé 
l'émissaire des Nations unies Staffan de Mistura. 
    Les pays membres du "Groupe international de soutien à la 
Syrie" (GISS) tiendront également vendredi une réunion de leur 
groupe de travail sur la trêve. 
    Le secrétaire d'Etat américain John Kerry, lors d'une 
audition devant la commission sénatoriale des Affaires 
étrangères, a expliqué que des discussions étaient en cours "en 
vue d'un plan B" si les négociations échouaient. 
    Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, 
cité par l'agence de presse RIA, a réagi à cette prise de 
position en affirmant qu'il n'y avait pas de "plan B" sur la 
Syrie et qu'il n'y en aurait pas. 
    Les miliciens kurdes syriens des Unités de protection du 
peuple (YPG), groupe rebelle qui combat aussi l'EI, se sont dits 
prêts à respecter une trêve tout en se réservant le droit de 
riposter en cas d'attaque. 
     La Turquie, qui considère les YPG comme des terroristes, a 
également déclaré qu'elle répondrait si elle était attaquée par 
les Kurdes ou par les djihadistes. 
 
 (Avec Jack Stubbs à Moscou, Tom Miles à Genève, Susan Heavey à 
Washington; Guy Kerivel pour le service français) 
 
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