SYNTHESE-Un putsch apparemment déjoué en Turquie, Erdogan à Istanbul

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    * Les putschistes paieront le prix fort, promet Erdogan 
    * Des milliers de partisans du président dans les rues 
    * Au moins 60 morts dans les violences 
    * L'opposant Fetullah Gülen mis en cause 
 
    par Nick Tattersall et Ece Toksabay 
    ISTANBUL/ANKARA, 16 juillet (Reuters) - Une tentative de 
putsch semble avoir échoué samedi en Turquie, où des milliers de 
personnes ont répondu à l'appel du président Recep Tayyip 
Erdogan à descendre dans les rues pour s'opposer au coup de 
force.  
    Au moins 60 personnes sont mortes dans les violences qui ont 
éclaté lorsqu'un groupe de militaires a tenté de s'emparer du 
pouvoir, rapportent les autorités.  
    Le renversement d'Erdogan, qui est aux affaires depuis 2003, 
serait un séisme pour la région, alors que la guerre fait rage 
aux frontières de la Turquie. L'échec d'une telle tentative 
risque également de déstabiliser le pays, proche allié des 
Etats-Unis et membre de l'Otan. 
    Le chef de l'Etat, qui était en vacances sur la côte 
sud-ouest du pays, est arrivé à l'aube à l'aéroport 
d'Istanbul-Atatürk, où ses partisans étaient venus l'accueillir 
en nombre.   
    "L'acte de trahison" commis par les putschistes justifie "le 
nettoyage" de l'armée, a-t-il déclaré lors d'une conférence de 
presse improvisée.  
    Selon des responsables turcs, 754 membres des forces armées 
ont été arrêtés, et 29 colonels ainsi que cinq généraux ont été 
démis de leurs fonctions.  
    S'adressant à des milliers de partisans agitant le drapeau 
turc, Recep Tayyip Erdogan a déclaré que le gouvernement restait 
maître de la situation, même si des troubles étaient encore 
signalés à Ankara.  
    Dans un courrier électronique portant l'adresse du service 
de presse de l'état-major des armées, les putschistes, qui se 
présentent sous le nom de Mouvement pour la paix intérieure, ont 
affirmé leur détermination à poursuivre le combat et appelé les 
civils à rester chez eux pour leur propre sécurité.  
    Des soldats rebelles ayant pris le contrôle d'hélicoptères 
de l'armée continuaient de tirer et des avions de combat ont 
décollé pour les intercepter, a déclaré le Premier ministre 
Binali Yildirim, soulignant le chaos de la situation.  
     
    REDDITIONS 
    Coups de feu et explosions avaient auparavant retenti dans 
la capitale et à Istanbul, où les putschistes avaient pris 
position et ordonné à la télévision publique de lire un 
communiqué annonçant leur prise du pouvoir.  
    A l'aube, une cinquantaine d'entre eux se sont rendus à la 
police sur l'un des ponts enjambant le Bosphore à Istanbul, 
abandonnant leurs chars les mains en l'air. Des journalistes de 
Reuters ont vu des partisans du gouvernement les agresser après 
leur reddition.  
    Un peu plus tôt, une trentaine d'autres militaires impliqués 
dans la tentative de coup d'Etat s'étaient rendus aux policiers 
place Taksim, dans le centre d'Istanbul. Ils ont été embarqués 
dans des fourgons de police alors qu'un avion de combat 
survolait la ville à basse altitude.  
    La tentative de coup d'Etat a débuté dans la soirée de 
vendredi lorsque des avions et des hélicoptères militaires ont 
grondé dans le ciel d'Ankara et que des militaires ont coupé les 
ponts sur le Bosphore reliant les rives européenne et asiatique 
d'Istanbul.  
    Dans la nuit, des députés restaient retranchés dans des 
abris à l'intérieur du siège du parlement à Ankara, qui a été 
pris pour cible par des chars. De la fumée s'élevait à 
proximité. Un élu de l'opposition a déclaré que le parlement 
avait été touché à trois reprises et qu'il y avait des blessés. 
    Samedi matin, un haut responsable a assuré que les attaques 
contre le parlement et le palais présidentiel avaient "en grande 
partie cessé".  
    Un commandant de l'armée a ajouté que des avions de combat 
avaient abattu un hélicoptère utilisé par les putschistes dans 
la capitale. Selon l'agence de presse Anatolie, dix-sept 
policiers ont été tués au QG des forces spéciales à Ankara. 
    Le siège des services de renseignement a également été 
attaqué à l'aide d'hélicoptères et de mitrailleuses lourdes mais 
leur chef se trouvait en lieu sûr lors des événements, dit-on de 
source au sein de ces services.   
    La dynamique semble s'être inversée au cours de la nuit au 
profit du pouvoir en place lorsque des milliers de partisans 
sont descendus dans les rues à l'appel du président Erdogan.  
     
    LE "SOUTIEN ABSOLU" DES ETATS-UNIS 
    Le chef de l'Etat a mis en cause l'opposant Fetullah Gülen, 
qu'il accuse de longue date de noyauter les instances 
judiciaires et militaires pour le renverser.  
    Le mouvement de Fetullah Gülen, un influent prédicateur 
installé aux Etats-Unis, autrefois allié d'Erdogan, a condamné 
la tentative de coup d'Etat.  
    A l'étranger, le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a 
téléphoné à son homologue turc pour lui exprimer "le soutien 
absolu (des Etats-Unis) au gouvernement civil démocratiquement 
élu et aux institutions démocratiques".  
    A Paris, le ministère des Affaires étrangères a plaidé pour 
le respect de "l'ordre démocratique". Le quai d'Orsay a en outre 
invité les Français présents en Turquie à ne pas sortir de chez 
eux. L'Allemagne a déclaré soutenir le gouvernement élu.  
    Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a lui aussi 
réclamé le retour à l'ordre constitutionnel. "La Turquie est un 
partenaire clé pour l'Union européenne. L'UE soutient pleinement 
le gouvernement élu, les institutions du pays et l'état de 
droit", a-t-il dit lors d'un sommet UE-Asie en Mongolie.  
    Le trafic aérien a été momentanément interrompu dans tous 
les aéroports et les réseaux sociaux ont été inaccessibles dans 
les premières heures de la tentative de putsch.  
    La compagnie nationale Turkish Airlines a repris ses vols 
samedi, a annoncé Tayyip Erdogan. Malaysia Airports, qui 
exploite l'aéroport international Sabiha-Gokcen, le deuxième 
d'Istanbul, a déclaré qu'il continuerait à assurer des vols à 
destination et au départ de la Turquie.  
     
    "CONSEIL DE PAIX" 
    Dans la soirée, les putschistes semblaient pourtant en 
position de force. Des militaires avaient fait irruption au 
siège de la TRT, la télévision publique, dont un présentateur a 
lu un communiqué accusant le gouvernement de porter atteinte à 
la démocratie et à la laïcité. 
    Le pays sera dirigé par un "conseil de paix" qui garantira 
la sécurité de la population, a-t-il poursuivi, annonçant 
l'instauration d'un couvre-feu national et de la loi martiale. 
    La TRT a ensuite cessé d'émettre mais les émissions ont 
repris aux premières heures de samedi après ce que le personnel 
a qualifié de prise d'otages. 
    L'agence de presse Anatolie a par ailleurs annoncé que le 
chef d'état-major, Hulusi Akar, avait été lui aussi pris en 
otage au quartier général de l'armée, mais un haut responsable a 
annoncé par la suite qu'il avait été délivré. 
    La Turquie joue un rôle de premier plan dans la lutte contre 
les djihadistes de l'Etat islamique. Le Pentagone a fait savoir 
que le putsch n'avait pas affecté les opérations de l'aviation 
américaine sur la base turque d'Incirlik.  
    En Syrie, des centaines de partisans de Bachar al Assad, 
dont Erdogan est l'un des plus virulents détracteurs, sont 
descendus dans les rues pour célébrer la tentative de coup 
d'Etat et des tirs de joie ont retenti à Damas. 
    Depuis les années 1960, la Turquie a une longue histoire de 
coups d'Etat menés par l'armée au nom de la laïcité, mais les 
militaires n'ont plus pris le pouvoir par la force depuis 1980. 
 
 (Avec Ayla Jean Yackley, David Dolan, Akin Aytekin et Orhan 
Coskun; Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour le 
service français, édité par Simon Carraud) 
 
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