SYNTHESE -Turquie-Les purges s'étendent après le putsch avorté

le
0
    * Trente-cinq mille personnes suspendues ou interpellées 
    * Des décision "importantes" annoncées pour mercredi 
    * Une demande officielle d'extradition de Gülen en 
préparation 
    * Hollande juge la peine de mort incompatible avec une 
adhésion à l'UE 
 
 (Actualisé avec documents transmis aux Etats-Unis et communiqué 
de Gülen) 
    par Humeyra Pamuk et Ercan Gurses 
    ISTANBUL/ANKARA, 20 juillet (Reuters) - Le pouvoir turc a 
promis mardi d'éradiquer le mouvement du prédicateur en exil 
Fethullah Gülen, tenu pour responsable du putsch manqué du 15 
juillet, et les purges entamées dans les forces armées, la 
police et l'appareil judiciaire se sont étendues à 
l'enseignement, aux renseignements et aux instances religieuses. 
    Les autorités ont à ce jour suspendu ou placé en détention 
provisoire environ 50.000 soldats, policiers, juges, 
fonctionnaires et enseignants depuis l'échec du putsch, qui a 
fait au moins 232 morts et 1.400 blessés.  
    Plus de 9.320 personnes font l'objet d'une procédure pénale 
pour leur implication présumée dans le putsch, a dit à la presse 
le vice-Premier ministre Numan Kurtulmus. 
    Mardi, les autorités ont annoncé la fermeture des médias 
jugés favorables à Fethullah Gülen, qui vit en exil aux 
Etats-Unis, et le renvoi de 15.000 agents dépendant du ministère 
de l'Education.  
    Ont été également mis à pied 492 employés de la Direction 
des Affaires religieuses, la plus haute autorité musulmane du 
pays, ainsi que 257 fonctionnaires attachés aux services du 
Premier ministre et 100 responsables des services de 
renseignement. 
    Les alliés occidentaux d'Ankara ont exprimé leur solidarité 
au gouvernement turc après l'échec du putsch, mais ne cachent 
pas leur inquiétude face à l'ampleur et la rapidité de la 
réaction des autorités, qu'ils appellent à respecter les valeurs 
de la démocratie. 
    Lors d'un échange téléphonique avec son homologue turc Recep 
Tayyip Erdogan, Barack Obama a proposé l'aide des Etats-Unis 
dans l'enquête sur la tentative de coup d'Etat mais a également 
appelé Ankara à la retenue. 
    Le président américain lui a par ailleurs promis que toute 
demande d'extradition de Fethullah Gülen serait étudiée à la 
lumière des traités bilatéraux. Les traités en question excluent 
les extraditions pour des motifs politiques, mais pas celles 
motivées par des crimes commis aux dépens de chefs d'Etat ou de 
gouvernement.   
    Selon la Maison blanche, le gouvernement turc a transmis aux 
autorités américaines des documents sous forme numérique qui 
sont en cours d'examen. La procédure s'annonce toutefois très 
complexe et, même si la justice américaine se prononçait pour 
l'extradition, le secrétaire d'Etat John Kerry pourrait s'y 
opposer sans raisons légales, par exemple pour des motifs 
humanitaires.  
    "J'exhorte le gouvernement américain à s'opposer à tout abus 
du processus d'extradition dans le cadre d'une vendetta 
politique", dit Fethullah Gülen dans un communiqué.   
    Ancien allié politique du numéro un turc, l'imam nie toute 
implication dans le coup de force de vendredi et a laissé 
entendre qu'il pourrait s'agir d'un coup monté pour justifier la 
répression. 
    Le Premier ministre, Binali Yildirim, a quant à lui promis 
de débarrasser la Turquie de son mouvement, "de sorte qu'aucune 
organisation terroriste clandestine n'ait le courage de trahir 
de nouveau notre peuple béni" et d'adresser sous peu aux 
Etats-Unis les preuves de l'implication de Gülen dans la 
tentative de coup d'Etat. 
     
    DÉCISIONS "IMPORTANTES" MERCREDI 
    "Nous avons plus de preuves qu'il n'en faut, plus que vous 
pouvez en demander concernant Gülen", a quant à lui assuré le 
ministre de la Justice Bekir Bozdak.  
    Binali Yildirim a indiqué que le gouvernement turc prendrait 
mercredi d'importances décisions visant à sortir le pays des 
"circonstances extraordinaires" dans lesquelles l'a plongé la 
tentative de putsch. 
    Recep Tayyip Erdogan avait déclaré un peu plus tôt que le 
Conseil national de sécurité et le gouvernement se réuniraient 
mercredi pour prendre des décisions à même d'engager la Turquie 
sur une nouvelle voie. 
    A en croire Binal Yildirim, la Turquie va respecter l'Etat 
de droit et ne se laissera pas emporter par l'esprit de 
vengeance lors du procès des putschistes. S'exprimant au côté du 
chef de file du principal parti de l'opposition laïque, le CHP, 
il a assuré que le pays devait empêcher que certains 
n'exploitent la situation actuelle. 
    "Nous avons besoin de l'unité et de fraternité", a-t-il dit. 
    De son côté, le parti de la droite nationaliste MHP a 
indiqué qu'il soutiendrait le gouvernement si celui-ci 
s'efforçait de rétablir la peine de mort, abolie en 2004. 
    En visite au Portugal mardi, le président français, François 
Hollande, a déclaré que la Turquie ne pouvait introduire la 
peine de mort dans son droit tout en espérant pouvoir rejoindre 
un jour l'Union européenne et il a appelé à juger les auteurs du 
coup d'Etat raté conformément au droit.     
 
 (avec Jean-Baptiste Vey à Lisbonne; Eric Faye, Simon Carraud et 
Jean-Philippe Lefief pour le service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant