SYNTHESE-Tensions Moscou-Ankara après la destruction d'un avion russe

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    * L'un des deux pilotes du Su-24 récupéré sain et sauf 
    * Moscou envisage des représailles économiques contre la 
Turquie 
    * La Russie veut revoir ses relations avec Ankara 
    * Des batteries antimissiles S-400 envoyées en Syrie 
    * Erdogan dit qu'il veut éviter l'escalade 
    * Frappes aériennes russes dans le nord-ouest de la Syrie 
 
    par Nick Tattersall et Vladimir Soldatkin 
    ISTANBUL/NIJNI TAGUIL, Russie, 25 novembre (Reuters) - La 
Russie a décidé de déployer des batteries antimissiles S-400 en 
Syrie afin de protéger ses avions engagés contre les insurgés, 
au lendemain de la destruction d'un bombardier Sukhoï-24 par la 
chasse turque à la frontière syro-turque. 
    Le Kremlin a assuré que les appareils russes engagés contre 
les "terroristes" poursuivraient leurs missions, y compris près 
de la frontière turque. 
    La destruction du Su-24 mardi est le plus grave incident 
entre la Russie et un pays membre de l'Otan depuis un 
demi-siècle et vient compliquer les efforts internationaux pour 
combattre les djihadistes de l'Etat islamique (EI) en Syrie. 
    Les responsables russes ont exprimé leur colère contre les 
autorités turques et évoqué des mesures de représailles, 
notamment économiques et commerciales. Déjà, le voyagiste russe 
Brisco a annulé tous ces programmes en Turquie. 
    Des députés russes ont en outre déposé à la Douma un projet 
de loi prévoyant des poursuites contre toute personne qui 
nierait le génocide arménien par les Turcs pendant la Première 
Guerre mondiale. 
    Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a 
affirmé que la destruction du bombardier russe était un acte 
prémédité qui aurait des conséquences sur les négociations de 
Vienne consacrées au conflit syrien. 
    Il a ajouté que la Russie n'avait pas l'intention de se 
lancer dans une guerre contre la Turquie mais allait revoir 
"sérieusement" ses relations avec ce pays à la lumière de ce 
grave incident. 
    Le ministre russe a dit espérer que cette affaire ne sera 
pas utilisée pour défendre l'idée d'une zone d'exclusion 
aérienne au-dessus du nord de la Syrie, à laquelle la Russie est 
opposée. 
    Pour Sergueï Lavrov, ce n'est un secret pour personne que 
les terroristes djihadistes utilisent le territoire turc dans le 
cadre de leurs opérations. Il a ajouté que Moscou allait 
demander au Conseil de sécurité des Nations unies de se pencher 
sur les circuits de financement des djihadistes qui contrôlent 
une grande partie de l'Irak et de la Syrie. 
     
    "SOUTIEN TURC À L'ISLAMISATION" 
    A Ankara, le ministère turc des Affaires étrangères avait 
annoncé en fin de matinée que le chef de la diplomatie turque, 
Mevlut Cavusoglu, avait eu mercredi un entretien téléphonique 
avec son homologue russe et que les deux hommes étaient convenus 
de se rencontrer dans les prochains jours. 
    Moscou a rapidement démenti une telle rencontre mais un 
responsable turc a déclaré que les deux hommes pourraient se 
voir lors du prochain sommet de l'OSCE à Belgrade les 3 et 4 
décembre. 
    En visite à Nijni Taguil, dans l'Oural, le président 
Vladimir Poutine a accusé les dirigeants turcs d'avoir encouragé 
l'islamisation de leur société. "Le problème, ce n'est pas la 
tragédie à laquelle nous avons assisté hier (...) Le problème 
est bien plus profond. Ce que nous voyons depuis un certain 
nombre d'années, c'est un régime turc qui mène une politique 
délibérée de soutien à l'islamisation de son pays", a-t-il dit. 
    Il a annoncé l'envoi d'un système de défense antimissiles 
ultraperfectionné sur la base aérienne russe de Khmeïmim, dans 
la province syrienne de Lattaquié. Il s'agit de batteries S-400, 
a-t-on appris plus tard de source autorisée. 
    "J'espère que cela, avec les autres mesures que nous sommes 
en train de prendre, sera suffisant pour assurer la sécurité de 
nos avions", a dit Poutine aux journalistes. 
    Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a souligné que 
les avions russes étaient bien obligés d'opérer près de la 
frontière turque puisque c'est là que se trouvent de nombreux 
rebelles. "Les opérations vont se poursuivre", a-t-il assuré. 
     
    NOUVELLES FRAPPES RUSSES 
    Ainsi, les forces russes ont intensément pilonné mercredi 
des zones tenues par les insurgés dans la province de Lattaquié, 
non loin de l'endroit où le Su-24 a été abattu, rapporte 
l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). 
    Au moins 12 frappes aériennes ont eu lieu dans des zones 
rurales de cette province, où les forces syriennes affrontent le 
Front al Nosra (branche syrienne d'Al Qaïda) et des insurgés 
turkmènes, dans les secteurs de Djabal Akrad et de Djabal 
Tourkman. 
    Un commandant turkmène a déclaré que des missiles tirés à 
partir de navires de guerre russes en Méditerranée sont 
également tombés dans la région, ainsi que des obus d'artillerie 
lourde. 
    L'un des deux pilotes du Su-24 a pu être récupéré sain et 
sauf mardi soir par les forces spéciales syriennes et russes, 
dans une zone où opèrent les insurgés, rapporte l'agence de 
presse syrienne Sana. Le militaire russe a été ramené à sa base. 
    L'autre pilote qui s'était également éjecté a été tué par 
les rebelles. 
    Un fusilier-marin russe a été tué lors de l'opération de 
récupération du pilote survivant. 
    S'exprimant lors d'une conférence économique à Istanbul, le 
président turc Recep Tayyip Erdogan a dit vouloir éviter 
l'escalade et a de nouveau affirmé que l'appareil russe avait 
été abattu alors qu'il se trouvait dans l'espace aérien turc. 
    "Nous n'avons pas l'intention de provoquer une escalade 
après cet incident. Nous avons seulement défendu notre propre 
sécurité et les droits de nos frères", a-t-il dit, prévenant que 
l'attitude de la Turquie vis-à-vis de la Syrie ne changerait 
pas. 
    Parallèlement, à Ekaterinbourg, le Premier ministre russe 
Dmitri Medvedev a prévenu qu'Ankara devait s'attendre à subir 
des sanctions économiques et financières et que certains 
importants projets communs russo-turcs pourraient être annulés. 
Il n'est pas non plus à exclure que les sociétés turques voient 
leurs parts de marché diminuer en Russie. 
    La Turquie est le deuxième plus gros acheteur de gaz naturel 
russe après l'Allemagne. La Russie est de son côté son principal 
fournisseur, Ankara achetant chaque année 28 à 30 milliards de 
mètres cubes de gaz sur les 50 milliards de mètres cubes qu'elle 
importe.  ID:nL8N13K2I0  
 
 (Avec Humeyra Pamuk, Can Sezer et Ayla Jean Yackley à Istanbul, 
Seyhmus Cakan à Yayladagi, Turquie, John Davison à Beyrouth, 
Maria Kiselyova à Moscou, Paul Carrel et Madeline Chambers à 
Berlin, Eric Faye, Nicolas Delame et Guy Kerivel pour le service 
français) 
 
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