SYNTHESE-Syrie-USA et Russie prêts à prolonger une trêve toujours plus fragile

le , mis à jour à 00:59
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 (Actualisé avec annulation d'une réunion du Conseil de sécurité 
de l'Onu §19) 
    * De nouveaux morts civils vendredi 
    * Les deux camps s'accusent mutuellement de violer la trêve 
    * L'Onu attend toujours le feu vert pour acheminer l'aide 
 
    par Lisa Barrington et Osman Orsal 
    BEYROUTH/CILVEGOZU, Turquie, 17 septembre (Reuters) - Les 
Etats-Unis et la Russie ont exprimé vendredi la volonté de 
prolonger le cessez-le-feu qu'ils parrainent en Syrie, bien que 
l'accord conclu entre les deux grandes puissances subisse des 
violations et qu'il n'ait pas permis pour l'instant d'acheminer 
l'aide humanitaire. 
    Cette seconde tentative de Moscou et Washington cette 
l'année de faire cesser les hostilités en Syrie a permis de 
réduire l'intensité des combats mais elle reste fragile.  
    Les rebelles sur le terrain l'ont acceptée avec réticence 
parce qu'ils ont le sentiment qu'elle est favorable au président 
syrien Bachar al Assad, mais ils disent n'avoir pas d'autre 
choix compte tenu des conditions humanitaires désastreuses pour 
les civils qui se trouvent dans les zones assiégées.  
    De son côté, le président syrien, qui n'a jamais été aussi 
bien placé sur le champ de bataille depuis le début de la guerre 
en 2011, n'est pas pressé de faire des compromis. 
    La Russie, grande alliée de Bachar al Assad et donc 
susceptible de le faire coopérer, a fait savoir qu'elle était 
prête à prolonger la trêve de 72 heures. Elle a appelé 
Washington à faire pression sur les rebelles "modérés" pour 
qu'ils la respectent. Les rebelles fondamentalistes, et 
notamment ceux de l'Etat islamique, ne sont pas concernés par 
cette trêve entrée en vigueur lundi soir. 
    Les Etats-Unis ont dit être d'accord sur l'importance d'une 
prolongation du cessez-le-feu mais ils ont aussi souligné qu'ils 
étaient inquiets de ne pas voir l'aide arriver. 
    Le principal point de discorde concerne l'acheminement de 
l'aide à Alep, divisée entre secteurs tenus par le gouvernement 
et secteurs tenus par les rebelles. Les forces syriennes ont 
encerclé la zone rebelle ce mois-ci, prenant au piège quelque 
300.000 civils qui ne sont plus ravitaillés en nourriture. 
     
    "TRÈS FRUSTRANT" 
    Les Nations unies ont accusé le gouvernement syrien de 
retenir l'aide en refusant de distribuer les documents 
autorisant l'accès aux quartiers encerclés. 
    "Nous avons besoin des lettres de facilitation pour que les 
convois puissent partir. Elles ne sont pas arrivées", a déclaré 
Jens Laerke, porte-parole des Affaires humanitaires de l'Onu à 
Genève. "C'est très frustrant." 
    Après trois jours de diminution significative des violences, 
sans aucun décès signalé, plusieurs civils ont été tués jeudi, 
les premiers depuis le début de la trêve, a rapporté 
l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Vendredi, il 
y a eu trois morts, ainsi que 13 blessés, dans des bombardements 
aériens dans la province d'Idlib tenue par les insurgés, a 
ajouté l'OSDH. Un certain nombre d'obus ont été tirés par les 
insurgés sur deux villages chiites assiégés. 
    De violents combats ont par ailleurs éclaté vendredi dans 
les faubourgs est de Damas. Les habitants du centre de la 
capitale ont été réveillés par une forte explosion, a déclaré un 
témoin, tandis que des obus tombaient à proximité de la porte 
orientale de la vieille ville sous contrôle gouvernemental. 
    Selon l'OSDH, les combats ont éclaté entre l'armée syrienne 
et les rebelles dans le quartier de Djobar, dans la banlieue est 
de Damas. Le gouvernement et les rebelles se sont mutuellement 
accusés d'avoir commencé. 
    Les parties au conflit s'accusent aussi de ne pas avoir 
évacué la route Castello, principale voie d'accès au secteur 
d'Alep tenu par les rebelles et par laquelle l'aide doit être 
acheminée. 
     
    FORCES SPÉCIALES US 
    Vendredi après-midi, le ministère russe de la Défense a 
affirmé que l'armée syrienne avait quitté ses positions dans 
cette zone destinée à être démilitarisée, avant d'indiquer 
quelques minutes plus tard qu'elle y était revenue après avoir 
été "attaquée par les rebelles".                   
    Les insurgés d'Alep ont dit qu'ils n'avaient pas constaté de 
retrait par le gouvernement syrien et qu'ils ne quitteraient pas 
leurs positions tant que le gouvernement ne l'aurait pas fait. 
    Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a insisté sur la 
nécessité de débloquer l'aide humanitaire lors d'un entretien 
téléphonique vendredi avec son homologue russe Sergueï Lavrov. 
Le chef de la diplomatie américaine a déclaré à son homologue 
russe que Washington ne commencerait pas le ciblage conjoint des 
islamistes prévu par l'accord tant que l'aide ne serait pas 
acheminée. 
    Sergueï Lavrov a réitéré pour sa part sa demande de voir 
Washington distinguer les rebelles "modérés" des groupes 
"terroristes" exclus de la trêve. 
    En dépit des difficultés, John Kerry et Sergueï Lavrov ont 
estimé que la trêve était globalement respectée et qu'il était 
nécessaire de la "consolider". Sergueï Lavrov s'est dit 
favorable à ce que le contenu de l'accord américano-russe soit 
rendu public, comme la France l'a demandé jeudi.   
    Les Etats-Unis et la Russie avaient prévu d'informer les 
membres du Conseil de sécurité de l'Onu du contenu de leur 
accord lors d'une séance à huis clos ce vendredi mais la réunion 
a été annulé à la dernière minute sans explication, ont dit des 
diplomates. Moscou prône l'adoption la semaine prochaine d'un 
projet de résolution endossant cet accord. 
    Si l'aide humanitaire finit par arriver, l'étape suivante du 
cessez-le-feu devrait théoriquement être une coordination des 
frappes aériennes russes et américaines contre les groupes 
djihadistes, dont l'Etat islamique. 
    C'est à cette fin qu'une demi-douzaine de membres des forces 
spéciales américaines ont été envoyés vendredi à Al Raï, une 
ville syrienne proche de la frontière turque, au nord d'Alep, 
mais ils en ont été chassés par des rebelles hostiles à leur 
présence, a-t-on déclaré de source proche de l'opposition 
syrienne.   
 
 (Avec Ellen Francis et John Davison à Beyrouth, Tom Miles à 
Geneva, Dmitri Soloviov à Moscou, Idrees Ali, Phil Stewart et 
Yeganeh Torbati à Washington, Michelle Nicols aux Nations unies 
et Anthony Deutsch à La Haye; Henri-Pierre André, Tangi Salaün, 
Jean-Philippe Lefief et et Danielle Rouquié pour le service 
français) 
 
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