SYNTHESE-Syrie-L'armée aurait entamé son retrait de la voie menant à Alep

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 (Actualisé avec précisions sur l'accord de trêve, civils tués) 
    par Tom Perry et Tom Miles 
    BEYROUTH/GENEVE, 15 septembre (Reuters) - L'armée syrienne a 
commencé à se retirer de la route Castello, par où doit être 
acheminée l'aide humanitaire dans les quartiers est d'Alep dans 
le cadre de la trêve négociée par Moscou et Washington, ont 
annoncé jeudi la Russie et l'Observatoire syrien des droits de 
l'homme (OSDH). 
    Mais les groupes insurgés présents dans la grande ville 
syrienne ont dit ne pas avoir vu l'armée se retirer de la route 
Castello et ont dit qu'en attendant, ils ne se retireraient pas 
de leurs positions près de cette voie stratégique. 
    Un porte-parole du Pentagone a pour sa part dit ne pas 
disposer de "renseignements ou de faits" indiquant que l'armée 
syrienne avait commencé à se retirer de la route Castello. 
    Le porte-parole du département d'Etat Mark Toner a toutefois 
déclaré que le cessez-le-feu tenait "en général", ajoutant que 
tant Moscou que Washington estimaient qu'il fallait poursuivre. 
    Les accusations de violation de la trêve se multiplient dans 
les deux camps. Au sein de l'armée syrienne, on indique que les 
rebelles sont responsables de dizaines d'incidents avec des tirs 
et des attaques au mortier et à la roquette à Damas, Alep, Hama, 
Homs et Lattaquié. Les rebelles de leur côté ont accusé l'armée 
syrienne d'avoir effectué des frappes aériennes sur Hama et 
Idlib et d'avoir utilisé l'artillerie près de Damas. 
    L'OSDH, une ONG basée à Londres qui dispose d'un réseau 
d'informateurs en Syrie, a dit avoir des preuves d'attaques de 
la part des deux camps et que, malgré un calme relatif entre 
l'armée du président syrien Bachar al Assad et les rebelles, on 
déplorait les premières victimes civiles depuis le début de la 
trêve lundi soir. 
    Les deux civils tués jeudi sont des enfants dans les zones 
tenues par le gouvernement, l'un à Alep et l'autre dans le 
sud-ouest de la Syrie. En outre, des frappes aériennes contre 
l'Etat islamique, non concerné par la trêve, dans la ville de 
Mayadine près de Daïr az Zour ont tué au moins 23 civils, 
indique l'OSDH. 
    La route Castello est contrôlée à la fois par le 
gouvernement syrien et par les rebelles. C'est une ligne de 
front majeure dans la guerre qui dure depuis mars 2011. 
     
    REMPLACÉE PAR DES RUSSES 
    "L'armée syrienne a commencé le retrait organisé de 
véhicules et de personnels de la route Castello pour permettre 
la livraison sans entraves de l'aide dans l'est d'Alep", a 
déclaré le général Vladimir Savtchenko, qui dirige le Centre 
russe pour la réconciliation des parties en conflit en Syrie.  
    Selon l'OSDH, l'armée syrienne a commencé à se retirer de 
certaines de ses positions sur la route mais elle a été 
remplacée par des militaires russes. 
    Un responsable du groupe rebelle Fastakim basé à Alep a pour 
sa part déclaré jeudi soir que l'armée ne s'était pas retirée.  
    L'émissaire spécial des Nations unies, Staffan de Mistura, a 
déclaré que les Etats-Unis et la Russie devaient gérer le 
désengagement des forces de la route Castello et a critiqué 
Damas pour ne pas avoir fourni les autorisations nécessaires 
pour livrer de l'aide dans d'autres secteurs. 
    Jan Egelan, conseiller humanitaire des Nations unies, a 
déclaré que les rebelles que le gouvernement étaient tous 
responsables pour le retard dans la livraison de l'aide à Alep. 
    "Si nous ne sommes pas dans l'est d'Alep, c'est à cause 
d'une combinaison de discussions très délicates et détaillées 
sur les contrôles de sécurité et le passage de barrages routiers 
- ce qui dépend à la fois de l'opposition et du gouvernement", a 
déclaré le diplomate. 
    La France a de son côté demandé que le texte de l'accord 
russo-américain, jusqu'ici gardé secret, soit communiqué aux 
alliés pour éviter toute confusion dans les frappes aériennes 
contre les groupes exclus de la trêve.   
    Le département d'Etat a dit ne pas être prêt à publier le 
pacte conclu avec la Russie mais qu'il en discuterait en détails 
avec les alliés des Etats-Unis en marge des réunions de 
l'Assemblée générale des Nations unies la semaine prochaine. 
    Par ailleurs, un responsable américain a expliqué qu'une des 
clauses du pacte prévoyait que deux points de passage sur la 
route Castello seraient gérés par le Croissant-Rouge syrien et 
que tous les Syriens pourraient quitter Alep par la route, 
notamment les forces d'opposition avec leurs armes. 
     
    COORDONNER LEURS FRAPPES   
    On estime que 300.000 personnes vivent dans l'est d'Alep, et 
plus d'un million dans la partie occidentale de la ville 
contrôlée par le gouvernement syrien. 
    Deux convois d'aide pour Alep attendent dans un no-man's 
land de pouvoir se diriger vers la ville après avoir passé la 
frontière turque. Lorsqu'ils auront le feu vert, 20 camions se 
rendront d'abord à Alep et, s'ils y parviennent sans encombres, 
le deuxième convoi partira à son tour, a fait savoir l'Office de 
coordination des affaires humanitaires de l'Onu (OCHA). Ils 
doivent acheminer de quoi nourrir 80.000 personnes pendant un 
mois. 
    Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi 
Gatilov, a néanmoins estimé possible, jeudi, une reprise des 
négociations politiques entre le gouvernement de Damas et 
l'opposition à la fin du mois, mais cela a été vite rejeté par 
Georges Sabra, négociateur pour l'opposition, qui a déclaré que 
les conditions sur le terrain n'étaient pas suffisamment bonnes. 
    Dans les engagements pris dans le cadre de la trêve, les 
Etats-Unis et la Russie doivent coordonner leurs frappes 
miliaires contre les groupes exclus de la trêve, l'Etat 
islamique et le groupe rebelle successeur du Front al Nosra. 
    Le ministère russe de la Défense a accusé jeudi les 
Etats-Unis d'utiliser "un écran de fumée verbal" pour dissimuler 
leur réticence à remplir leur part de l'accord qui suppose de 
distinguer les groupes rebelles modérés des organisations jugées 
terroristes. 
    Le ministère russe affirme qu'au troisième jour de l'arrêt 
des hostilités entré en vigueur lundi en fin de journée, seule 
l'armée syrienne respectait la trêve et que les unités de 
l'opposition "contrôlées par les USA" ont intensifié leurs 
bombardements sur les zones résidentielles civiles.    
 
 (Avec John Irish à Paris, Angus McDowall, Lisa Barrington et 
Ellen Francis à Beirut et Maria Kiselyova et Jack Stubbs à 
Moscou; Jean-Philippe Lefief et Danielle Rouquié pour le service 
français) 
 
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