SYNTHESE-Pas de répit en Syrie, où la rupture russo-américaine est quasi consommée

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    par Tom Perry et Dmitry Solovyov 
    BEYROUTH/MOSCOU, 29 septembre (Reuters) - La Russie, qui 
soutient militairement le régime de Bachar al Assad depuis un 
an, a annoncé jeudi qu'il n'y aurait pas de répit dans sa 
participation à l'offensive d'Alep, dénoncée par les Etats-Unis 
et l'Union européenne. 
    L'assaut contre la principale ville du nord de la Syrie, 
dernier grand centre urbain tenu par les rebelles, a débuté la 
semaine dernière, après l'échec du cessez-le-feu qui découlait 
de l'accord conclu le 9 septembre par les Etats-Unis et la 
Russie. 
    Pour Washington, Moscou, en s'alliant aux forces pro-Assad 
dans leur entreprise de reconquête d'Alep-Est, a torpillé la 
recherche d'une solution diplomatique à la guerre civile 
syrienne. 
    Entérinant l'échec de la laborieuse coopération avec la 
partie russe, le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a 
déclaré jeudi que les Etats-Unis étaient sur le point de 
suspendre toute discussion avec la Russie sur la Syrie. 
    "Nous sommes en passe de suspendre les discussions, car il 
est absurde, tandis qu'ont lieu de tels bombardements, de 
continuer à négocier pour aborder les choses sérieusement", 
a-t-il dit à Washington. "Nous en sommes arrivés à un moment où 
nous allons devoir chercher d'autres voies." 
     
    MOSCOU S'INDIGNE DES DÉCLARATIONS DU DÉPARTEMENT D'ETAT 
    De son côté, la France, qui insiste depuis des jours pour 
sortir du face-à-face russo-américain et prône une approche plus 
collective, a réaffirmé la nécessité d'"obtenir le plus vite 
possible une résolution au Conseil de Sécurité pour arrêter le 
massacre d'Alep". 
    Ainsi qu'il l'avait déjà dit la semaine dernière lors de 
l'Assemblée générale annuelle des Nations unies à New York,     
Jean-Marc Ayrault, qui rencontrait à Londres son homologue 
britannique Boris Johnson, a expliqué qu'il faudrait ensuite "un 
mécanisme de surveillance collective" d'une nouvelle trêve 
éventuelle puis "créer les conditions pour repartir sur de 
nouvelles bases qui sont celles de la négociation de paix". 
  
    Mais, face à l'assaut brutal contre Alep et aux 
atermoiements de ses alliés occidentaux, la Coalition nationale 
syrienne (CNS) estime que la solution politique au conflit 
syrien ne peut plus être considérée comme une option viable. 
  
    L'administration Obama avait déjà haussé le ton contre 
Moscou et estimé mercredi par la voix du porte-parole du 
département d'Etat, John Kirby, que la Russie avait intérêt à 
interrompre le cycle de la violence en Syrie car les extrémistes 
pourraient profiter de la situation pour lancer des attaques 
"contre les intérêts russes et peut-être même contre des villes 
russes". 
    Cité jeudi matin par les agences de presse russes, Sergueï 
Riabkov, vice-ministre russe des Affaires étrangères, s'est dit 
indigné par des déclarations qui, a-t-il dit, s'apparentent à un 
soutien au terrorisme. 
    "Ces appels à peine voilés à utiliser le terrorisme comme 
une arme contre la Russie montrent les bassesses politiques de 
l'actuelle administration américaine dans son approche du 
Proche-Orient, en particulier en Syrie", a-t-il dénoncé. 
     
    WASHINGTON PRIS AU DÉPOURVU 
    Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a annoncé pour sa 
part que la Russie "continuerait la mission de son armée de 
l'air en soutien à la lutte antiterroriste que mènent les forces 
armées syriennes". Vendredi, cela fera très exactement un an que 
l'aviation russe a mené ses premiers raids en Syrie conformément 
à l'ordre donné par Vladimir Poutine.   
    Peskov a ajouté que la responsabilité de la reprise des 
combats incombait aux Etats-Unis qui, a-t-il dit, n'ont pas su 
respecter leur engagement à distinguer les rebelles modérés des 
groupes djihadistes. 
    Dans le cadre de l'accord russo-américain du 9 septembre qui 
a ouvert la voie au cessez-le-feu, aujourd'hui enterré, les 
rebelles nationalistes devaient s'éloigner des djihadistes. Les 
Etats-Unis se seraient alors alliés à la Russie pour bombarder 
des positions de l'ex-Front al Nosra et de l'Etat islamique 
(EI). 
    A Washington, l'administration et l'armée tentent de définir 
des réponses plus dures face à l'offensive en cours à Alep, y 
compris des options militaires. Mais le président Barack Obama, 
qui aura quitté la Maison blanche dans quatre mois, a lui même 
déclaré qu'hormis l'envoi massif de troupes au sol, une option 
qu'il refuse, il n'avait pas encore entendu d'idées 
convaincantes.   
    Deux responsables américains ont confié jeudi que la vitesse 
avec laquelle la piste diplomatique s'était effondrée et celle 
avec laquelle l'offensive a été lancée à Alep ont pris 
l'administration Obama au dépourvu. 
    Sur le terrain, les rebelles, dépassés par la puissance de 
feu de l'aviation russe, s'estiment lâchés par leurs alliés 
étrangers et se disent contraints de travailler plus étroitement 
avec les djihadistes, soit l'exacte inverse de ce que la 
diplomatie américaine a tenté d'obtenir.   
    En une semaine, les bombardements ont fait des centaines de 
morts dans les quartiers d'Alep sous contrôle de la rébellion. 
Coupés du monde extérieur, ses habitants, dont le nombre est 
estimé à 250.000, survivent dans des conditions extrêmes. Les 
quelque 30 médecins encore sur place sont débordés et les deux 
principaux hôpitaux du secteur, cibles de bombardements 
mercredi, ne fonctionnent plus.  
 
 (avec Lisa Barrington à Beyrouth, Arshad Mohammad à Washington, 
Helen Reyd et Estelle Shirbon à Londres, Suleiman al Khalidi à 
Amman et Robin Emmot à Bruxelles; Nicolas Delame, Pierre 
Sérisier, Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service 
français) 
 
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