SYNTHESE-Migrants-L'application de l'accord UE-Turquie incertaine

le , mis à jour à 20:47
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 (Actualisé, le Parlement grec amende la législation, §12) 
    * Des centaines de migrants sont sortis du camp de Chios 
    * Le Parlement grec amende sa loi sur l'asile 
    * La législation turque n'est toujours pas modifiée 
    * Ankara renvoie des centaines de personne en Syrie-Amnesty 
 
    par Dasha Afanasieva et Karolina Tagaris  
    ISTANBUL/ATHENES, 1er avril (Reuters) - Des centaines de 
réfugiés et migrants ont manifesté vendredi sur l'île grecque de 
Chios tandis que des organisations de défense des droits de 
l'homme soulignaient les obstacles à l'application, prévue 
lundi, de l'accord contesté entre l'Union européenne et Ankara 
sur le renvoi de demandeurs d'asile vers la Turquie.  
    A Chios, plusieurs centaines de personnes sont parvenues à 
franchir l'enceinte de barbelés du camp dans lequel elles 
étaient rassemblées et se sont ensuite dirigées vers le port 
pour protester contre la perspective de leur expulsion, disant 
craindre pour leur sécurité, a rapporté la police. Cette 
dernière n'est pas intervenue dans l'immédiat.  
    Des incidents ont eu lieu jeudi dans ce centre. Des vitres 
ont été brisées et dix personnes légèrement blessées, a expliqué 
un autre responsable policier.  
    "Ils disent qu'ils ne veulent pas retourner en Turquie et 
qu'ils ont des craintes pour leur sécurité après les 
affrontements d'hier dans le 'hot spot'", a dit un responsable 
de la police de Chios en utilisant le terme choisi par l'UE pour 
désigner les centres d'enregistrement devenus ces dernières 
semaines des lieux de rétention administrative. 
    Les tensions à Chios font craindre d'autres résistances à la 
mise en application de l'accord conclu le 20 mars entre l'UE et 
la Turquie, censée intervenir lundi 4 avril.  
    Même si le rythme des arrivées a baissé, plus de 1.900 
personnes ont franchi la mer entre la Turquie et la Grèce depuis 
le début de la semaine, portant à 5.622 le nombre de nouveaux 
arrivants recensés depuis le 20 mars.  
    L'UE prévoit d'envoyer plusieurs centaines de policiers et 
de fonctionnaires de l'immigration en Grèce pendant le week-end 
pour organiser les premiers retours en Turquie, censés 
contribuer à tarir le flux des migrants, estimé à plus d'un 
million de personnes depuis l'an dernier. 
     
    POUR AMNESTY, LA TURQUIE N'EST PAS UN PAYS SÛR 
    De leur côté, le Haut Commissariat des Nations unies pour 
les réfugiés (HCR) et l'organisation non gouvernementale Amnesty 
International ont émis des objections à l'application de 
l'accord, Amnesty accusant Ankara d'avoir renvoyé illégalement 
en Syrie des milliers de personnes qui tentaient de fuir la 
guerre.  
    "Tout à leur hâte de sceller leurs frontières, les 
dirigeants de l'UE ont délibérément fermé les yeux sur un fait 
très simple : la Turquie n'est pas un pays sûr pour les réfugiés 
syriens et la situation se dégrade en outre de jour en jour", a 
déclaré John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie 
centrale d'Amnesty International. 
    La Commission européenne a déclaré enquêter sur ces 
accusations et dit vouloir aborder le sujet avec les autorités 
turques. 
    Melissa Fleming, porte-parole du HCR, a déclaré à Genève 
lors d'un point de presse que des vides juridiques importants 
subsistaient en Grèce comme en Turquie et elle a appelé toutes 
les parties concernées à faire en sorte que tous les mécanismes 
de protection soient en place avant les premiers retours. 
    A Athènes, le Parlement grec a amendé la législation sur le 
droit d'asile afin de permettre l'entrée en vigueur de l'accord 
UE-Turquie. Le texte a été adopté par 169 des 300 députés de la 
Vouli, le Parlement monocaméral. 
    Avant le vote, le ministre de l'Immigration, Yiannis 
Mouzalas, s'était efforcé de rassurer les députés de Syriza, le 
parti du Premier ministre Alexis Tsipras, quant aux risques de 
violation des droits des migrants. 
    "Je vous assure, et je crois que cela soulagera tout le 
monde, que nous respecterons scrupuleusement les procédures en 
matière de droits de l'homme prévues par le droit international 
et la Convention de Genève", a-t-il dit. 
        
    BRUXELLES AFFICHE SON OPTIMISME 
    Parallèlement, rien n'indiquait vendredi que la Turquie 
aurait modifié à temps sa propre législation pour assurer une 
protection internationale aux non Syriens renvoyés des îles 
grecques dans le cadre de l'accord avec l'UE.  
    Le Parlement turc siégeait vendredi mais des sources 
officielles ont déclaré que l'ordre du jour ne prévoyait aucun 
texte lié à l'accord sur les migrants et la session ne devrait 
pas reprendre avant mardi.  
    La Commission européenne, elle, continue d'afficher son 
optimisme sur la mise en oeuvre de l'accord.  
    "Les préparatifs sont bien engagés pour assurer que le 
retour des personnes dont la demande d'asile a été déclarée 
inacceptable et de celles qui n'ont pas demandé de protection 
puisse débuter avec la réinstallation de Syriens depuis la 
Turquie le 4 avril", a déclaré Mina Andreeva, porte-parole de 
l'exécutif communautaire.  
    Interrogée sur les vides juridiques en Turquie liés au 
traitement des non Syriens, elle a répondu que personne ne 
serait renvoyé en Turquie sans bénéficier d'une protection 
internationale.  
    Au total, quelque 53.000 migrants et réfugiés se trouvent en 
Grèce, dont les pays voisins du nord ont fermé leurs frontières. 
    Le HCR a dénoncé la détérioration de la situation dans les 
"hot spots" de Lesbos et Samos ainsi que dans le port athénien 
du Pirée et à Idomeni, à la frontière de la Macédoine.  
    "Le risque de mouvements de panique et de blessures sur ces 
sites et d'autres est réel", a déclaré sa porte-parole. 
 
 (avec Gabriela Baczynska, Alastair Macdonald et Francesco 
Guarascio à Bruxelles, Lefteris Papadimas et Renee Maltezou à 
Athènes, Tulay Karadeniz et Nick Tattersall à Ankara; Marc 
Angrand et Guy Kerivel pour le service français) 
 
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