SYNTHESE-Les purges en Turquie inquiètent les Occidentaux

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    * 8.000 policiers arrêtés 
    * Plusieurs milliers de juges relevés de leur fonction 
    * Les Européens ne veulent pas d'un retour de la peine de 
mort 
    * Kerry insiste sur l'Etat de droit 
    * Le sort de Gülen, source de tension entre Ankara et 
Washington 
 
    par Orhan Coskun et Ercan Gurses 
    ISTANBUL/ANKARA, 18 juillet (Reuters) - La Turquie a 
poursuivi lundi le "nettoyage" de ses institutions après le coup 
d'Etat militaire avorté du week-end dernier, ravivant 
l'inquiétude des pays occidentaux qui exhortent Ankara à 
préserver l'Etat de droit. 
    Les chiffres disent l'ampleur des purges: d'après un haut 
responsable, 8.000 policiers ont été mis à pied du fait de leurs 
liens présumés avec les putschistes et, selon la chaîne 
CNN-Türk, 30 gouverneurs ont été relevés de leurs fonctions. 
    Le premier ministre, Binali Yildirim, fait quant à lui état 
7.543 interpellations, dont 6.038 dans les rangs de l'armée, 
depuis le début de la vaste entreprise de "nettoyage" voulue par 
le président Recep Tayyip Erdogan. 
    Les forces de sécurité continue à rechercher des soldats 
ayant pris part au coup d'Etat avorté mais, assure-t-on de 
source au sein de ces services, il n'y a désormais plus aucun 
risque de renversement du pouvoir. 
    La reprise en main passe aussi par la justice - plusieurs 
milliers de juges ont été démis de leurs fonctions - et 
l'administration - 1.500 fonctionnaires ont été suspendus en 
raison de leurs accointances présumées avec les réseaux de 
Fethullah Gülen, adversaire de longue date de Recep Tayyip 
Erdogan, selon le ministère des Finances. 
    Binali Yildirim a par ailleurs communiqué un bilan de 232 
morts dans les violences déclenchées vendredi soir - 208 civils, 
policiers et soldats restés fidèles au régime et 24 putschistes. 
Un précédent bilan s'élevait à plus de 290 morts. 
     
    APPEL TÉLÉPHONIQUE MERKEL-ERDOGAN 
    Décidé à reprendre la main, Recep Tayyip Erdogan a déclaré 
dimanche, devant une foule de ses partisans, que le pays devait 
songer à rétablir la peine de mort, abolie en 2004 pour 
satisfaire aux critères d'adhésion à l'Union européenne. 
    "Le rétablissement de la peine capitale empêcherait le bon 
déroulement des négociations d'adhésion à l'UE", a cependant 
prévenu lundi le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter 
Steinmeier, résumant la position de la plupart des piliers de 
l'Union. 
    La chancelière Angela Merkel a directement fait passer le 
message au chef de l'Etat turc lors d'un échange téléphonique, 
durant lequel elle a insisté sur le fait que la peine de mort 
n'était "en aucun cas compatible" avec une entrée dans l'UE, 
selon des propos rapportés par le porte-parole de son 
gouvernement. 
    Plusieurs organisations et pays occidentaux, alertés par les 
derniers développements, ont également exhorté Ankara à 
préserver l'Etat de droit. 
    "Nous appelons au plein respect de l'ordre constitutionnel 
en Turquie. L'Union européenne souligne l'importance du maintien 
de l'Etat de droit dans ce pays", a affirmé Federica Mogherini, 
Haute Représentante de l'Union européenne pour la politique 
étrangère et de sécurité commune.   
     
    "NOTRE AMITIÉ POURRAIT EN SOUFFRIR" 
    Le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, a tenu un 
discours similaire à l'issue d'une réunion à Bruxelles avec ses 
homologues européens. 
    "Nous sommes sans ambiguïté du côté du pouvoir élu en 
Turquie", a affirmé le secrétaire d'Etat américain, avant 
d'ajouter: "Mais nous exhortons avec fermeté le gouvernement 
turc à maintenir le calme et la stabilité dans le pays." 
    Le sort réservé au prédicateur Fethullah Gülen, que le 
gouvernement turc accuse d'avoir commandité le coup d'Etat 
depuis son exil aux Etats-Unis, vient également troubler les 
relations entre Washington et Ankara. 
    Les Etats-Unis, à qui la Turquie demandent que leur soit 
remis cet ancien proche de Recep Tayyip Erdogan, exigent des 
preuves de son implication dans les événements de vendredi soir. 
    "Nous serions déçus que nos amis (américains) nous demandent 
de présenter des preuves, alors même que les membres de 
l'organisation d'assassins cherchent à faire tomber un 
gouvernement élu, sous la direction de cette personne", a réagi 
lundi Binali Yildirim après un conseil des ministres. 
    "A ce stade, notre amitié pourrait même en souffrir", a 
ajouté le premier ministre. 
    Son gouvernement assure avoir repris pleinement le contrôle 
de la situation mais, dans les faits, la tension n'est pas 
totalement retombée en Turquie. 
    Recep Tayyip Erdogan a prorogé lundi l'ordre donné aux 
chasseurs de patrouiller dans l'espace aérien d'Istanbul et 
d'Ankara, et a interdit aux hélicoptères militaires de décoller 
d'Istanbul, dit-on de source proche de la présidence. 
    Le maire adjoint d'un quartier d'Istanbul a reçu une balle 
dans la tête, tirée par un inconnu, et se trouve dans un état 
grave, a rapporté la chaîne turque NTV, qui ne précise pas s'il 
y a un lien avec la tentative de coup d'Etat militaire. 
    Jusqu'à l'échec vendredi, la Turquie a une longue tradition 
remontant aux années 1960 de putschs menés par l'armée au nom de 
la laïcité, mais les militaires n'ont plus pris le pouvoir par 
la force depuis 1980.  
 
 (avec Alastair Macdonald et Robert-Jan Bartunek à Bruxelles, 
François Murphy à Vienne et les bureaux de Reuters; Simon 
Carraud pour le service français, édité par Marc Angrand) 
 
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