SYNTHESE-Les États-Unis bombardent une position djihadiste en Irak

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(Actualisé tout du long) par Raheem Salman et Isabel Coles WASHINGTON, 8 août (Reuters) - L'aviation américaine a bombardé vendredi des pièces d'artillerie utilisées par l'État islamique contre les forces kurdes qui défendent Erbil, capitale du Kurdistan irakien autonome, afin d'éviter ce que Washington a qualifié de "génocide potentiel". Les djihadistes, qui ont décapité et crucifié certains de leurs prisonniers à mesure qu'ils gagnaient du terrain dans le nord de l'Irak, se trouvaient seulement à une demi-heure de voiture d'Erbil. Selon un haut responsable kurde, les combattants de l'Etat islamique, qui préparent une offensive majeure sur les territoires du Kurdistan, présentent une menace pour l'existence même de la communauté kurde. "L'Etat islamique mobilise toutes ses forces en Irak et en Syrie pour venir combattre les peshmerga. C'est un combat très grave. Il est vital", a dit Hoshiyar Zebari. C'est ce risque qui a convaincu Barack Obama de donner son feu vert à une intervention limitée dans le nord de l'Irak contre les groupes armés islamistes qui se sont rendus maîtres du barrage de Mossoul, le plus grand d'Irak. Cette prise leur donne la possibilité d'inonder certaines villes de la région ainsi que de couper l'approvisionnement en eau et en électricité. Les frappes aériennes menées vendredi visaient d'abord à assurer la protection de ressortissants américains travaillant pour des compagnies pétrolières opérant dans la région et pour un consulat en Irak. Elles cherchaient ensuite à débloquer la situation humanitaire d'urgence dans le djebel Sindjar, dans le nord de l'Irak, où sont réfugiées des dizaines de milliers de personnes encerclées par les insurgés, a expliqué un porte-parole de la Maison blanche. L'AVENIR DE L'IRAK EN JEU Le département américain de la Défense a précisé que 72 conteneurs de fournitures, contenant notamment 8.000 repas et des milliers de litres d'eau potable, ont été largués sur la région en faveur des civils appartenant à l'ethnie kurde des Yazidis. Cette intervention, a ajouté Josh Earnest, visait en troisième lieu à exprimer la détermination américaine à soutenir les forces irakiennes et kurdes qui ont uni leurs efforts pour "repousser la menace" posée par les combattants de l'EI. "L'enjeu pour l'avenir de l'Irak ne peut pas être plus clair", a jugé le secrétaire d'Etat, John Kerry. Ce soutien, a précisé Josh Earnest, n'a pas vocation à durer bien que Barack Obama n'ait pas fourni "de date spécifique de fin" des frappes aériennes. Quoi qu'il en soit, aucun engagement de troupes au sol n'est envisagé, a-t-il dit. Deux chasseurs F/A-18 ont largué des bombes à guidage laser sur une pièce d'artillerie mobile près d'Erbil, a déclaré le contre-amiral John Kirby dans un communiqué. Les rebelles islamistes utilisaient l'artillerie pour bombarder les forces kurdes qui défendent Erbil, où se trouve du personnel américain, a-t-il précisé. La frappe s'est déroulée à 10h45 GMT. Les chasseurs ont décollé du porte-avions USS George H.W. Bush, qui avait été déployé en juin en prévision d'une possible action militaire en Irak, selon des responsables militaires. Barack Obama a annoncé jeudi soir avoir autorisé des frappes aériennes ciblées pour contrer l'avancée des djihadistes dans le nord de l'Irak dans le but d'empêcher un "génocide potentiel" des minorités religieuses assiégées. SOUTIEN DE PARIS ET BERLIN Le gouvernement britannique a par ailleurs appelé vendredi ses ressortissants à quitter des zones du Kurdistan irakien, comprenant la capitale Erbil, craignant une rapide détérioration des conditions de sécurité. A Paris, François Hollande a salué les frappes américaines et annoncé qu'il examinerait avec les partenaires de la France les actions à mener pour mettre fin aux souffrances des populations civiles dans ce pays. "Le président de la République se félicite (...) de la décision importante prise par le président Obama d'autoriser des frappes aériennes ciblées afin de contrer l'Etat islamique ainsi que de mettre en œuvre un effort humanitaire dont nous savons combien il est impérieux et urgent", dit-il dans un communiqué. Un son de cloche identique se faisait entendre à Berlin où le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a jugé que cette option stratégique "était le seul moyen pour empêcher une progression de l'EI et pour ouvrir des échappatoires" pour les populations assiégées. Alors que Barack Obama a, à plusieurs reprises, insisté sur le fait que les États-Unis ne se déploieraient pas de nouveau sur le terrain, quelque 700 soldats ont été envoyés en Irak depuis le mois de juin afin d'assurer la protection du personnel et des bâtiments diplomatiques. Ces troupes doivent également évaluer les forces et faiblesses de l'armée irakienne, fortement fragilisée par l'avancée des islamistes dans le nord du pays. En juin, les États-Unis avaient déplacé du personnel diplomatique de l'ambassade américaine à Bagdad vers Erbil, Bassorah et Amman, en Jordanie, Washington craignant une attaque de l'État islamique sur la capitale irakienne. (Tangi Salaün et Agathe Machecourt pour le service français)

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