SYNTHESE-Le sommet du G20 acte l'isolement des Etats-Unis

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    * Texte final de 15 pages après une nuit de négociations 
    * 19 pays engagés dans l'Accord de Paris, Washington isolé 
    * Accord sur le commerce, discussion à venir sur l'acier 
 
    par Marine Pennetier et Paul Carrel 
    PARIS, 8 juillet (Reuters) - Le sommet du G20 de Hambourg, 
présenté comme l'un des plus conflictuels de ces dernières 
années, s'est achevé samedi par l'adoption d'un communiqué final 
actant l'isolement des Etats-Unis sur la question de la lutte 
contre le changement climatique, un mois après la sortie de 
Washington de l'Accord de Paris.  
    Après deux jours de longues et difficiles négociations dans 
une ville transformée en forteresse, les chefs d'Etat et de 
gouvernement des vingt pays les plus riches de la planète sont 
parvenus à se mettre d'accord sur un compromis sur les questions 
du climat et du commerce, pommes de discorde avec Washington.  
     "Je pense qu'il est très clair que nous ne sommes pas 
parvenus à un consensus mais les divergences n'ont pas été 
occultées, elles ont été clairement exprimées", a estimé la 
chancelière allemande Angela Merkel lors d'une conférence de 
presse à l'issue de la réunion.  
    Le président américain Donald Trump, qui a été sous pression 
de ses partenaires pendant deux jours en raison de sa ligne sur 
le climat et sur le commerce, basée sur l'"America First", a de 
son côté félicité son homologue allemande pour l'organisation du 
sommet.  
    "Vous avez été incroyable et vous avez fait un travail 
formidable, merci beaucoup", a-t-il dit.  
    Le président français Emmanuel Macron, qui a indiqué qu'il 
ne désespérait pas de convaincre le président américain de 
revenir sur sa décision sur l'Accord de Paris, a de son côté 
annoncé la tenue d'un "sommet d'étape" sur le climat le 12 
décembre en France  L8N1JZ0M0 .  
     
    CLIMAT  
    "Nous prenons note de la décision des Etats-Unis d'Amérique 
de se retirer de l'Accord de Paris", écrivent les dirigeants 
dans le texte final. "Les dirigeants des autres Etats membres du 
G20 affirment que l'accord de Paris est irréversible". 
    Sans surprise, c'est le point du communiqué qui a demandé le 
plus de discussions. Chaque paragraphe et chaque mot ont été 
discutés pendant des heures, raconte un diplomate français.  
    "L'enjeu c'était de montrer qu'il y a 19 pays qui sont 
totalement en soutien de l'Accord de Paris, qui le mettent en 
oeuvre, qui le défendent, qui insistent sur son caractère 
irréversible", souligne-t-on dans l'entourage du chef de l'Etat 
français.  
    "Ce G20 montre la différence américaine, les Etats-Unis ont 
décidé en quelque sorte de faire cavalier seul sur ce sujet", 
ajoute-t-on.  
    Pas question pour autant de refermer définitivement la 
porte. Les Etats-Unis restent les bienvenus s'ils souhaitent 
réintégrer l'Accord de Paris, souligne-t-on au sein de la 
délégation française où l'on note une volonté américaine de 
rester "dans le club des discussions".   
    Les Etats-Unis ont toutefois obtenu, comme ils le 
souhaitaient, que les énergies fossiles soient mentionnées dans 
le texte final. Mais cette référence est intégrée au paragraphe 
portant exclusivement sur la position américaine, souligne un 
diplomate occidental qui reconnaît que cette mention est quand 
même un peu "gênante". 
    Selon le texte du communiqué, les Etats-Unis vont ainsi 
"œuvrer pour travailler étroitement avec d'autres partenaires 
pour faciliter leur accès et leur utilisation plus propre et 
efficace des énergies fossiles, et les aider à déployer des 
énergies renouvelables et d'autres sources d'énergie propre".  
     
    COMMERCE 
    Autre point de crispation et source régulière de désaccords, 
la question du commerce international.  
    Le protectionnisme défendu par le président américain est 
source d'inquiétudes depuis plusieurs mois pour ses partenaires, 
notamment les Européens qui redoutent une remise en cause des 
règles de l'organisation mondiale du commerce (OMC). 
    Dans le communiqué final, les dirigeants sont convenus de 
"combattre le protectionnisme incluant toutes les pratiques 
commerciales déloyales et reconnaissent le rôle des instruments 
légitimes de défense du commerce à cet égard."    
    L'équilibre trouvé ne "satisfait sans doute pas pleinement 
les Américains mais il est agréé par les 20 Etats membres et il 
nous convient également", souligne un diplomate français. 
     
    ACIER 
    Concernant la question de la surproduction d'acier dans le 
monde, les dirigeants du G20 ont fixé au mois d'août la date 
butoir pour la compilation d'informations à ce sujet, dans le 
cadre d'un forum mondial piloté par l'OCDE. 
    Un rapport complet sur les solutions envisageables devrait 
être présenté en novembre. 
    Lors de sa déclaration de presse à l'issue du sommet, la 
chancelière allemande a estimé que faute de contraintes 
rigoureuses sur ce sujet, les Etats-Unis pourraient être tentés 
de prendre des initiatives unilatérales en imposant des amendes 
et une hausse des tarifs douaniers. 
    Des discussions qui s'annoncent difficiles au vu des 
divergences sur ce sujet épineux. L'Union européenne a d'ores et 
déjà prévenu qu'elle riposterait si Washington prenait des 
mesures contre des exportations européennes.   
       
    LUTTE CONTRE LE FINANCEMENT DU TERRORISME ET SA PROPAGANDE 
    Cette question, déjà discutée lors du G7 de Taormina fin mai 
et du dernier conseil européen, était la plus consensuelle du 
sommet et elle a fait l'objet d'une déclaration spécifique.  
    Les Etats membres disent soutenir "le processus en cours 
pour renforcer la gouvernance du Gafi (groupe d'action 
financière) et accueillent favorablement son "intention de se 
doter d'une personnalité juridique, reconnaissance du fait que 
le Gafi a évolué, passant d'une mission temporaire à un 
engagement public et politique".  
    "Nous appelons tous les pays membres à s'assurer que le Gafi 
dispose des ressources nécessaires pour accomplir son mandat", 
poursuit le texte. "Pour le financement du terrorisme, il ne 
doit exister de lieu sûr nulle part dans le monde".  
     
    MANIFESTATIONS 
    Plus de 50.000 personnes, dont des membres des "black 
blocs", ont participé dimanche à une manifestation hostile au 
G20 dans la ville portuaire du nord de l'Allemagne. 
    En trois jours, plus de 200 policiers ont été blessés dans 
les affrontements avec les manifestants et 143 personnes ont été 
arrêtées.   
    Des heurts qui ont suscité une polémique en Allemagne où la 
chancelière a été montrée du doigt, à deux mois des élections 
législatives. Condamnant les violences, Angela Merkel a estimé 
qu'il n'était pas possible "de décréter qu'à certains endroits 
on ne peut pas organiser un sommet".  
 
 (Edité par Eric Faye) 
 
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