SYNTHESE-Le FMI prive la Grèce de l'espoir d'un délai de grâce

le , mis à jour à 18:00
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* Les discussions restent apparemment dans l'impasse * Tsipras dénonce une insistance "aveugle" sur les retraites * Athènes n'a pas demandé d'argent à la Russie, dit Moscou * Un rassemblement pro-euro prévu à Athènes * Les entreprises grecques écrivent à Tsipras par Robin Emmott et Angeliki Koutantou LUXEMBOURG/ATHENES, 18 juin (Reuters) - Le Fonds monétaire international (FMI) a privé jeudi la Grèce de tout espoir d'éviter un défaut à la fin du mois si elle ne lui rembourse pas 1,6 milliard d'euros, entretenant une guerre des nerfs avec un gouvernement grec qui maintient son discours de fermeté face aux exigences des créanciers. Les ministres des Finances de la zone euro étaient réunis à Luxembourg pour une réunion qui n'a que brièvement été présentée comme celle de la dernière chance, la Grèce ayant affirmé qu'elle n'entendait pas y discuter de nouvelles propositions. Pour le ministre des Finances irlandais, Michael Noonan, il reviendra au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement européens de la semaine prochaine de lever définitivement, si possible, l'hypothèque d'un défaut grec. Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijssebloem, a dit pour sa part que l'Eurogroupe n'avait pas discuté de la proposition de la Grèce d'une restructuration de sa dette parce qu'il voulait au préalable une mise en oeuvre des réformes promises. "Nous n'avons pas discuté de cette proposition parce que l'ordre logique des choses est d'obtenir d'abord un accord sur les termes de l'accord en matière de mesures budgétaires, de réformes, etc, avant de regarder vers l'avenir", a-t-il dit. Le blocage de la situation a des conséquences concrètes en Grèce où les déposants ont retiré deux milliards d'euros sur les trois premiers jours de la semaine, soit environ 1,5% du montant total des comptes bancaires du pays, qui s'élevait à 133,6 milliards d'euros fin avril, selon des sources. Athènes a en outre fait état d'une chute de 24% des recettes fiscales en mai, même si le pays a dégagé un excédent primaire, soit avant service de la dette, sur la période janvier-mai. "PAS DE DÉLAI DE GRÂCE", PRÉVIENT LAGARDE Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, a bloqué toute échappatoire en déclarant que la Grèce sera en situation de défaut vis-à-vis du Fonds le 1er juillet si elle ne parvient pas à s'acquitter du remboursement dû le 30 juin. "Elle sera en défaut, elle sera en situation d'arriérés vis-à-vis du FMI le 1er juillet, mais j'espère que ce ne sera pas le cas, je l'espère vraiment", a-t-elle dit à la presse. "Il n'y a pas de délai de grâce ou un report de deux mois, comme je l'ai vu ici et là". La chancelière allemande Angela Merkel a néanmoins assuré qu'un accord entre la Grèce et ses créanciers restait possible si Athènes faisait preuve de bonne volonté. Mais le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, qui s'est rendu jeudi à Moscou, un déplacement à forte charge symbolique puisque la Russie est elle-même en froid avec l'Union européenne, se montre inflexible, en particulier sur l'épineux dossier des retraites, qu'il se refuse à diminuer comme le réclament les bailleurs de fonds internationaux. Dans une tribune publiée par le journal allemand Tagesspiegel, il s'emploie à tenter de dissiper le "mythe" voulant que le contribuable allemand finance les traitements et retraites en Grèce. "L'insistance aveugle sur les coupes (dans les retraites) dans un pays où le taux de chômage atteint 25% et où la moitié des jeunes sont sans emploi ne fera qu'empirer encore une situation sociale déjà dramatique", dit-il. Un défaut de paiement de la Grèce pourrait obliger Athènes à instaurer un contrôle des changes et provoquer à terme une sortie de la zone euro, voire même de l'Union européenne, ce qui serait sans précédent. "LA GRÈCE APPARTIENT À L'EUROPE" Athènes a confirmé mercredi que l'Etat n'avait pas les moyens de rembourser le prêt du FMI, première d'une série d'échéances au cours des deux prochains mois. A Moscou, un secrétaire aux Finances a dit à Reuters que la Grèce n'avait pas sollicité d'aide et que la Russie n'avait de toute façon pas les ressources nécessaires pour accéder à une telle requête. Les marchés européens semblaient se résigner à l'impasse de la question grecque, affichant en clôture des gains modestes, y compris la Bourse d'Athènes .ATG qui gagnait 0,37%. Malgré cinq années d'austérité qui ont durablement marqué les esprits, une majorité de Grecs veulent rester dans la zone euro, montrent les sondages. "La Grèce appartient à l'Europe", lisait-on sur une invitation figurant sur Facebook et appelant à une manifestation pro-euro ce jeudi. "Il est temps que nous rassemblions nos voix pour que notre pays reste dans l'euro et dans la famille européenne". Mercredi, plusieurs milliers de personnes avaient manifesté mercredi soir en soutien au gouvernement Tsipras. Même son de cloche dans une lettre ouverte de chefs d'entreprise à Tsipras, appelant ce dernier à passer un accord de toute urgence. "Les relations de la Grèce avec nos partenaires ont vraiment souffert et les deux parties en sont responsables", écrivent-ils. "Mais le plus important est de ne pas sacrifier la grande réussite nationale qu'est l'appartenance de la Grèce à la zone euro". (Avec Renee Maltezou, Lidia Kelly et Darya Korsunskaya à Saint-Pétersbourg, Paul Carrel à Berlin, Karolina Tagaris et Ingrid Melander à Luxembourg, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand)

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