SYNTHESE-La Turquie déclare l'état d'urgence après le putsch avorté

le , mis à jour à 07:59
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 (Répétition mastic) 
    * Erdogan dit toujours travailler à éradiquer le "virus" 
    * L'état d'urgence instauré pour 3 mois 
    * Il permet de suspendre certains droits et libertés 
    * La demande d'extradition de Fethullah Gülen en préparation 
 
    par Asli Kandemir et Gareth Jones 
    ISTANBUL, 21 juillet (Reuters) - Le président turc, Recep 
Tayyip Erdogan, a annoncé mercredi l'instauration de l'Etat 
d'urgence pour une durée de trois mois, après la tentative 
avortée de coup d'Etat du 15 juillet, qui a conduit Ankara à des 
purges massives au sein de l'armée, de la police, de 
l'administration et de l'éducation nationale.  
    Quelque 60.000 soldats, policiers, juges, fonctionnaires et 
enseignants ont été suspendus, arrêtés ou mis en examen depuis 
vendredi.  
    Erdogan a déclaré que ce régime d'exception permettrait à 
son gouvernement de prendre des mesures rapides et efficaces 
contre les partisans de la rébellion, et qu'il ne violait en 
aucun cas la Constitution du pays . 
    "La déclaration d'état d'urgence a pour objectif de pouvoir 
prendre des mesures efficaces et rapides contre cette menace qui 
pèse sur la démocratie, l'Etat de droit et les libertés et 
droits de nos concitoyens", a-t-il dit lors d'une déclaration 
diffusée en direct à la télévision. 
    Une fois entré en vigueur, après publication au journal 
officiel, l'état d'urgence permettra à l'exécutif d'édicter de 
nouvelles lois sans passer par le Parlement et de limiter ou 
suspendre certains droits et certaines libertés s'il le juge 
nécessaire. 
    Avant d'annoncer le régime d'exception, Erdogan a prévenu 
que les purges n'étaient pas finies, et a jugé que certaines 
puissances étrangères ont pu être impliquées. 
    Le président turc a rejeté les accusations d'autoritarisme 
dont il fait l'objet : "Nous resterons dans un système 
parlementaire démocratique", a-t-il assuré, "nous ne nous en 
éloignerons jamais". 
    Recep Tayyip Erdogan accuse les réseaux du prédicateur 
Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis, d'être à l'origine du 
putsch manqué de vendredi, qui a fait plus de 230 morts. Il a 
promis d'éliminer le "virus" responsable du coup d'Etat dans 
toutes les institutions du pays.  
     
    NETTOYAGE 
    Environ un tiers des 360 généraux turcs en fonctions ont été 
arrêtés depuis vendredi, a précisé une autre source, précisant 
que 99 avaient été inculpés et que 14 autres restaient en état 
d'arrestation.  
    Le ministère de la Défense enquête sur tous les juges et 
procureurs militaires et a déjà suspendu 262 d'entre eux, a 
rapporté la chaîne NTV.  
    La chaîne de télévision publique TRT a rapporté mercredi que 
le Haut conseil de l'enseignement avait interdit à tous les 
universitaires du pays de se rendre à l'étranger jusqu'à nouvel 
ordre.  
    "Les universités ont toujours joué un rôle clé pour les 
juntes militaires en Turquie et certaines personnes passent pour 
être en contact avec des cellules au sein de l'armée", a déclaré 
un responsable turc.  
    Mardi, les autorités ont fermé plusieurs médias présentés 
comme des soutiens de Gülen et annoncé la suspension de 15.000 
fonctionnaires de l'éducation et de 100 membres des services de 
renseignement. On compte en outre 492 suspensions au sein de la 
Direction des affaires religieuses, 257 dans les services du 
Premier ministre et 300 au ministère de l'Energie.  
    Ces décisions se sont ajoutées à l'arrestation de plus de 
6.000 membres des forces armées, des simples soldats aux 
officiers de commandement, et à la suspension de près de 3.000 
juges et procureurs. Environ 8.000 policiers ont aussi été 
suspendus. 
     
    ÉCHEC DU PUTSCH 
    Dans un témoignage publié par le quotidien Hurriyet et 
corroboré par un responsable turc, un colonel d'infanterie 
explique que les responsables de la tentative de coup d'Etat ont 
tenté de convaincre le chef d'état-major de l'armée, Hulusi 
Akar, qui était retenu en otage, de se joindre aux putschistes 
pour renverser Erdogan, mais qu'il a refusé.  
    "Quand il a refusé, ils n'ont pas réussi non plus à 
convaincre des officiers de haut rang. Le refus d'Akar de 
participer a conduit à l'échec de la tentative de coup d'Etat", 
ajoute le procès-verbal publié par le journal. 
    Erdogan, le Premier ministre, Binali Yildirim, des ministres 
des officiers supérieurs et des généraux étaient censés être 
arrêtés un par un pendant la nuit du coup d'Etat, précise-t-il. 
     
    INQUIÉTUDES INTERNATIONALES 
    Si les alliés occidentaux de la Turquie lui ont manifesté 
leur solidarité et leur soutien, ils ont aussi exprimé leur 
préoccupation face à l'ampleur et à la sévérité des décisions 
prises ces derniers jours, rappelant à Ankara la nécessité de 
respecter les principes démocratiques. 
    Zeid Ra'ad Al Hussein, haut commissaire de l'Onu aux droits 
de l'homme, a exprimé sa "vive inquiétude" mardi et appelé la 
Turquie à autoriser des observateurs indépendants à rendre 
visite aux personnes incarcérées. 
    Le ministère des Affaires étrangères a estimé que toute 
critique des mesures prises par le gouvernement en réaction à la 
tentative de coup d'Etat revenait à soutenir celle-ci. 
    L'une des figures de proue du parti au pouvoir, l'AKP, 
Mustafa Sentop, a appelé mercredi à réinstaurer la peine de mort 
pour les crimes visant à changer l'ordre constitutionnel. 
    Ankara a par ailleurs communiqué aux autorités américaines 
des documents censés appuyer une future demande formelle 
d'extradition de Gülen. 
    Une telle demande se heurterait à de nombreux obstacles 
juridiques et politiques aux Etats-Unis et même si elle était 
approuvée par un juge, la décision définitive relèverait du 
secrétaire d'Etat, John Kerry, qui peut prendre en considération 
des facteurs autre que juridiques. 
    Mercredi, le porte-parole de Gülen Alp Aslandogan a dit à 
Reuters Television que ses partisans étaient persécutés depuis 
2014, mais que ces persécutions avaient explosées depuis le 15 
juillet. 
    "Cela ressemble à la période avant le génocide dans l'Europe 
fasciste. Ces sont des signes très alarmants et nous sommes très 
inquiets", a-t-il estimé devant la maison de Gülen, dans les 
Pocono Mountains, en Pennsylvanie. 
    Gülen a appelé mardi "le gouvernement américain à rejeter 
toute tentative d'abus de la procédure d'extradition à des fins 
de vengeance politique" dans un communiqué. 
     
    L'ARMÉE TURQUE RESTE FORTE, JUGE L'OTAN 
    Les purges qui frappent les militaires turcs depuis le 15 
juillet n'ont pas affaibli l'armée du pays, a jugé mercredi le 
secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, organisation 
dont fait partie la Turquie.  
    "La Turquie a une grande force armée, des forces armées 
professionnelles et (...) je suis certain qu'il continueront en 
tant qu'allié engagé et fort de l'Otan", a-t-il dit lors d'une 
interview à Reuters. 
    La menace d'une période prolongée d'instabilité en Turquie, 
pays membre de l'Otan et voisin de la Syrie, ébranle par 
ailleurs la confiance des investisseurs. 
    La livre turque  TRYOM=D3  est tombée mercredi à son plus 
bas niveau depuis dix mois et la Bourse d'Istanbul a chuté de 
9,5%  .XU100  depuis le début de la semaine.  
    Le vice-Premier ministre Mehmet Simsek a déclaré à Reuters 
que la priorité des mesures examinées mercredi serait d'empêcher 
une dégradation de la situation économique.  
     
 
 (avec Humeyra Pamuk, Gareth Jones, Can Sezer, James Carman, 
Labib Nasir et David Dolan; Marc Angrand et Julie Carriat pour 
le service français) 
 
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