SYNTHESE-La Macédoine refoule des migrants, l'Union européenne patine

le
0
    par Ognen Teofilovski et Michele Kambas 
    IDOMENI, Grèce/NICOSIE, 15 mars (Reuters) - Près de 1.500 
réfugiés et migrants entrés illégalement lundi en Macédoine ont 
été refoulés mardi en Grèce par les autorités, alors que les 
Européens peinent à s'accorder sur une solution à l'avant-veille 
de l'ouverture d'un nouveau sommet avec la Turquie. 
    Le blocage de la frontière macédonienne, par laquelle les 
migrants ne transitent plus qu'au compte-goutte, provoque une 
crise humanitaire considérable aggravée par un climat 
défavorable. 
    Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a appelé mardi les 
migrants à se rendre dans les centres d'accueil mis en place par 
les autorités et à ne pas tenter de rejoindre la "route des 
Balkans" qui n'a, selon lui, aucune chance de rouvrir. 
    "Les initiatives unilatérales des pays sur la route des 
Balkans n'ont pas été prises par hasard et nous ne pensons pas 
qu'il y ait une chance que ceux qui ont fermé cette route la 
rouvrent", a-t-il déclaré.   
    Les migrants refoulés par la Macédoine avaient marché 
pendant plusieurs heures la veille le long de chemins boueux et 
avaient dû franchir une rivière dont les eaux avaient été 
grossies par les pluies dans l'espoir de contourner la barrière 
que les autorités macédoniennes ont érigée à la frontière. 
    Mais ils ont été interpellés par les forces de sécurité. Une 
groupe d'une trentaine de journalistes a également été détenu. 
    Un photographe de Reuters a rapporté qu'un groupe de 600 
migrants supplémentaires avait été empêché de pénétrer en 
Macédoine lundi soir et que nombre d'entre eux ont passé la nuit 
dans une région montagneuse de Grèce. 
    
    TUSK MARDI A ANKARA 
    Jan van't Land, membre de Médecins sans Frontières (MSF) à 
Idomeni, a indiqué qu'environ 400 migrants étaient revenus au 
camp de fortune installé dans cette localité située du côté grec 
de la frontière. "Il y a encore des centaines de personnes des 
deux côtés de la frontière", a-t-il dit. 
    Au moins 12.000 personnes, dont des milliers d'enfants, sont 
massés au camp d'Idomeni dans des conditions déplorables 
aggravées par le temps pluvieux. 
    Les bagarres se multiplient ces derniers jours entre 
réfugiés exténués qui se battent pour de la nourriture ou du 
bois. Beaucoup dorment à la belle étoile et les organisations 
humanitaires craignent la propagation d'épidémies après 
l'apparition d'un cas d'hépatite A. 
    Parallèlement, le président du Conseil européen s'efforce de 
préparer le sommet prévu jeudi et vendredi à Bruxelles en 
présence de représentants turcs. Après une escale à Chypre, 
Donald Tusk doit se rendre à Ankara pour s'entretenir avec le 
gouvernement turc du projet d'accord mis sur la table la semaine 
dernière. 
    Ce projet prévoit un doublement de l'aide de l'UE qui 
pourrait atteindre six milliards d'euros, une libéralisation de 
l'octroi de visas pour les citoyens turcs et l'accélération du 
processus d'adhésion de la Turquie à l'espace communautaire en 
contrepartie de la contribution de la Turquie à la résolution de 
la crise migratoire. 
    Il prévoit aussi le retour en Turquie de toutes les 
personnes arrivant illégalement sur les îles grecques de la mer 
Egée selon le principe du "un pour un": pour chaque Syrien ainsi 
reconduit en Turquie depuis la Grèce, un autre Syrien réfugié en 
Turquie serait accueilli dans un Etat membre de l'Union 
européenne. 
    Donald Tusk a reconnu devant la presse que ce projet 
d'accord soulevait un certain nombre de problèmes juridiques et 
qu'il devra être "rééquilibré" pour être approuvé par les 28 
Etats de l'Union. 
     
    RÉSERVES 
    À Bruxelles, la Commission européenne a décidé de reporter 
sa prise de décision sur la réforme du système d'asile européen. 
    Les commissaires débattront de ces sujets, a dit une 
porte-parole de l'exécutif communautaire, mais aucune décision 
ne sera annoncée avant le 6 avril, y compris sur le dossier 
d'une réforme du mécanisme dit de "Dublin" qui prévoit que le 
premier pays d'arrivée sur le territoire communautaire soit 
chargé d'examiner les demandes d'asile. 
    Ce mutisme de la Commission s'explique par les demandes 
adressées à son président, Jean-Claude Juncker, par des 
diplomates et des responsables européens soucieux d'éviter de 
tendre les relations entre les capitales du bloc avant la 
conclusion d'un accord avec la Turquie. 
    Plusieurs responsables européens et des Nations unies ont 
d'ailleurs émis des réserves sur la légalité du projet d'accord. 
Plusieurs pays, dont la France, ont des doutes sur la question 
de la levée des visas pour les Turcs à destination de l'Europe 
alors qu'Ankara ne remplit pas les 72 critères prévus. 
    La Commission s'apprête pour sa part à suggérer une voie 
plus souple en proposant que la libéralisation des visas soit 
accordée à Ankara si la Turquie respecte une "masse critique" de 
conditions juridiques, et non plus ces 72 critères, selon un 
responsable européen qui participe à l'élaboration du plan que 
l'exécutif communautaire doit publier mercredi. 
    Mardi, Donald Tusk a également entendu le président 
chypriote Nicos Anastasiades le prévenir que Nicosie 
n'accepterait pas l'ouverture de nouveaux chapitres de 
négociation avec la Turquie tant que cette dernière ne 
reconnaîtrait pas la souveraineté de la République chypriote et 
qu'elle n'ouvrirait pas ses ports au trafic maritime chypriote. 
  
     
    VOIR AUSSI  
    Le texte de la déclaration de Bruxelles: 
    http://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2016/03/07-eu-turkey-meeting-statement/ 
    ANALYSE Semaine cruciale pour l'UE dans la crise des 
migrants  ID:nL5N16M1BK  
    ECLAIRAGE Obstacles juridiques au projet d'accord entre l'UE 
et Ankara  ID:nL5N16M0XP  
 
 (avec Francesco Guarascio à Bruxelles; Nicolas Delame pour le 
service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant