SYNTHESE-L'exécution de James Foley choque la conscience du monde, dit Obama

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par Michael Georgy et Steve Holland BAGDAD/WASHINGTON, 20 août (Reuters) - L'exécution filmée du journaliste américain James Foley par les djihadistes de l'Etat islamique a porté le conflit qui les oppose aux Etats-Unis à un niveau supérieur, Barack Obama promettant mercredi d'être "implacable" face à ce qu'il a qualifié de "cancer". "Le meurtre brutal de James Foley a violé la conscience du monde entier", a réagi le président américain au lendemain de la mise en ligne d'une vidéo de la décapitation du journaliste qui avait été porté disparu en novembre 2012 dans le nord-est de la Syrie alors qu'il couvrait la guerre civile pour plusieurs médias, dont l'Agence France-Presse. Dans l'enregistrement diffusé mardi soir, et authentifié mercredi par le renseignement américain, l'Etat islamique affirme détenir un autre journaliste américain, Steven Sotloff, enlevé en juillet 2013 dans le nord de la Syrie, et prévient que son sort dépendra des décisions à venir du président américain. Obama a ordonné le 8 août dernier des frappes aériennes dans le nord de l'Irak contre les combattants de l'Etat islamique qui se rapprochaient d'Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, et menaçaient les minorités religieuses yazidis et chrétiennes. Depuis le Massachusetts, où il passe ses vacances, il a affirmé mercredi que l'exécution de Foley ne dissuaderait pas les Etats-Unis de poursuivre leur intervention aérienne. "Les Etats-Unis continueront de faire ce que nous devons faire pour protéger notre population. Nous serons vigilants et nous serons implacables", a-t-il dit. A Washington, le Pentagone a signalé peu de temps après son intervention que l'aviation américaine avait procédé à 14 nouvelles frappes dans le secteur du barrage de Mossoul, détruisant ou endommageant des véhicules de guerre des djihadistes. Le département d'Etat a recommandé pour sa part l'envoi de 300 conseillers militaires supplémentaires dans le pays. Il y en déjà plus de 800 déployés depuis le déclenchement de l'offensive des djihadistes et de leurs alliés sunnites, début juin. "VOUS NE COMBATTEZ PLUS UNE INSURRECTION MAIS UNE ARMÉE ISLAMIQUE" Issu d'Al Qaïda, l'Etat islamique, ex-Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), a proclamé un "califat" regroupant les territoires de Syrie et l'Irak qu'il contrôle. Dans la vidéo, intitulée "Un message à l'Amérique", le groupe rappelle qu'Obama a déclenché des opérations militaires et que les Etats-Unis se retrouvent de fait "sur une pente glissante les menant vers un nouveau front dans la guerre contre les musulmans". Evoquant l'"agression américaine contre l'Etat islamique", la vidéo montre ensuite l'exécution de James Foley, vêtu d'une tenue orange et agenouillé, dans un paysage désertique. "J'appelle mes amis, ma famille et ceux que j'aime à s'élever contre mes véritables meurtriers, le gouvernement des Etats-Unis, car ce qui va m'arriver n'est que la conséquence de son arrogance et de sa criminalité", dit le journaliste. Avant de passer à l'acte, son bourreau fait une déclaration condamnant Washington. S'exprimant avec un accent britannique, il prévient les Etats-Unis qu'"ils ne combattent plus une insurrection, mais une armée islamique et un Etat qui a été reconnu par un grand nombre de musulmans à travers le monde". LA FRANCE PROPOSE UNE CONFÉRENCE INTERNATIONALE En Grande-Bretagne, le Premier ministre David Cameron, qui a écourté ses vacances pour retourner à Londres, a fait part mercredi de son effroi face à l'implication présumée d'un Britannique dans cet "acte barbare et brutal". "Nous n'avons pas identifié cet individu sur cette vidéo mais d'après nos observations il est de plus en plus probable qu'il s'agisse d'un citoyen britannique", a-t-il dit. Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a estimé pour sa part que "le meurtre horrible du journaliste James Foley, ce crime abominable, illustre la campagne de terreur que continue de mener l'Etat islamique en Irak et au Levant contre les populations d'Irak et de Syrie". La France a prôné de son côté l'organisation dès le mois prochain d'une conférence internationale sur la sécurité en Irak et la lutte contre l'Etat islamique. "Nous ne pouvons plus nous en tenir au traditionnel débat, intervention ou non-intervention. Nous devons envisager une stratégie globale contre ce groupe qui s'est structuré, qui dispose de financements importants et d'armes très sophistiquées, et qui menace des pays comme l'Irak, la Syrie ou le Liban", dit François Hollande dans un entretien au journal Le Monde. Son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a plaidé pour une action coordonnée des pays du Proche-Orient, de l'Iran et des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu. MCCAIN POUR UNE "INTENSIFICATION SPECTACULAIRE" DES FRAPPES Pour le politologue Larry Sabato, de l'université de Virginie, l'assassinat de James Foley pourrait avoir les mêmes conséquences que la décapitation d'un autre journaliste américain, Daniel Pearl, en 2002 au Pakistan, en poussant une part accrue de l'opinion publique américaine à soutenir une politique plus radicale et plus agressive face aux islamistes armés. Interrogé par Reuters, le sénateur républicain John McCain a réclamé une "intensification spectaculaire" des frappes aériennes contre l'Etat islamique, non seulement dans le nord de l'Irak mais aussi en Syrie. "Nous devons les vaincre, pas les stopper", a-t-il ajouté. Obama, qui se retrouve de nouveau aspiré dans un conflit auquel il avait promis de mettre fin lors de sa première campagne victorieuse, en 2008, n'a pas évoqué une accentuation de l'intervention aérienne qu'il a ordonnée. Il a en revanche condamné dans des termes qu'il avait rarement usités jusque là les djihadistes commandés par Abou Bakr al Bagdadi, autoproclamé "calife" de l'Etat islamique. "Leur idéologie est en faillite, a dit Obama. Ils peuvent bien prétendre qu'ils sont en guerre contre les Etats-Unis ou l'Occident, en fait, ils terrorisent leurs voisins et ne leur offrent rien d'autre qu'un asservissement sans fin à leur vision vide et l'effondrement de toute définition d'un comportement civilisé." (avec Alexander Dziadosz à Bagdad, Oliver Holmes à Beyrouth et Kate Holton à Londres; Bertrand Boucey, Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service français)

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