SYNTHESE-Kiev et les rebelles s'accusent de bombarder des civils

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* Le convoi d'autocars bombardé près de Louhansk * Kiev parle de dizaines de morts * Les rebelles disent ne pas disposer des armes employées * Pas de progrès sur le front diplomatique, dit Moscou par Natalia Zinets et Richard Balmforth KIEV, 18 août (Reuters) - Plusieurs dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants, ont été tuées lundi par des tirs de missiles et de mortiers sur un convoi de civils qui fuyaient les combats de Louhansk, dans l'est de l'Ukraine, selon un porte-parole des forces gouvernementales. Kiev a imputé ces tirs aux séparatistes pro-russes qui nient toute responsabilité et accusent les forces gouvernementales. "Les rebelles attendaient le convoi et l'ont complètement détruit. Nous n'avons pas pu dénombrer les victimes. (Il y en a) plusieurs dizaines", a déclaré Andriy Lissenko, porte-parole de l'armée, s'adressant à la presse. Les autocars, qui arboraient des drapeaux blancs, se trouvaient dans une zone d'intenses combats lorsqu'ils ont essuyé des tirs de missiles Grad et de mortier, selon l'armée. "Un puissant tir d'artillerie a frappé le convoi de réfugiés dans la région de Khriachtchouvatié et de Novosvitlivka", a quant à lui déclaré Anatoli Prochine, autre porte-parole militaire, interrogé par la chaîne d'informations ukrainienne 112.ua. "L'explosion a été tellement violente que les gens ont été brûlés vifs dans les véhicules. Ils n'ont pas pu en sortir", a-t-il ajouté. Andreï Pourguine, vice-Premier ministre de la République populaire de Donetsk, proclamée par les séparatistes, a affirmé que les rebelles ne disposaient pas des moyens de mener de telles frappes. "Les Ukrainiens ont eux-mêmes bombardé constamment cette route avec des avions et des (missiles) Grad. Il semble qu'ils aient à nouveau tué des civils, comme ils le font depuis des mois. Nous n'avons pas les moyens de tirer des Grad dans ce secteur", a-t-il déclaré. Un porte-parole des séparatistes a par ailleurs mis l'armée au défi de produire des preuves à l'appui de ses accusations. Un demi-millier de personnes fuient chaque jour Louhansk, que les séparatistes tiennent depuis avril. Les forces gouvernementales ont annoncé ce week-end la prise d'un commissariat de la ville, où il n'y a pratiquement plus d'eau ni d'électricité depuis deux semaines. "REGROUPER NOS FORCES" Le président Petro Porochenko a ordonné lundi à ses conseillers à la Défense de vérifier les déclarations des séparatistes, qui disent avoir reçu du matériel militaire ainsi que le renfort de 1.200 hommes en provenance de Russie. "Aujourd'hui, nous devons regrouper nos forces pour défendre notre territoire et poursuivre l'offensive militaire", a-t-il déclaré, évoquant les pertes des forces gouvernementales. Neuf soldats ukrainiens ont encore été tués dans la nuit de dimanche à lundi. Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe, a quant à lui annoncé que tous les obstacles à l'acheminement de l'aide humanitaire que Moscou destine à la zone des combats avaient été levés, mais a ajouté qu'aucun progrès n'avait été accompli en vue d'une cessation des hostilités lors de sa rencontre de dimanche à Berlin avec ses homologues ukrainien, français et allemand. "Nous ne pouvons pas parler de résultats positifs sur la conclusion d'un cessez-le-feu et sur une solution politique", a-t-il déploré. Les séparatistes ont par ailleurs annoncé la mise en place de tribunaux militaires qui pourront aller jusqu'à condamner à mort ceux d'entre eux reconnus coupables de trahison, d'espionnage, d'attentat à la vie de dirigeants et de sabotage, signe que leurs forces sont ébranlées. "Introduire la peine de mort n'est pas se venger, il s'agit du plus haut degré de protection sociale", a déclaré Vladimir Antioufeïev au nom des rebelles. Les revers subis par les séparatistes exposent Vladimir Poutine à un choix stratégique peu évident. Si le président russe laisse les forces ukrainiennes écraser les séparatistes, il devra affronter la déception d'une opinion publique qui a applaudi l'annexion de la Crimée en mars. S'il tente en revanche de les soutenir un peu plus, il risque de s'attirer de nouvelles sanctions. Moscou pourrait notamment instaurer un embargo sur les voitures, si les États-Unis et l'Union européenne infligeaient de nouvelles mesures de rétorsion à la Russie, rapporte lundi le quotidien russe Vedemosti. (Avec Alessandra Prentice à Kiev, Thomas Grove à Donetsk, Alissa de Carbonnel à Moscou et Stephen Brown à Berlin; Tangi Salaün et Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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