SYNTHESE-Initiatives diplomatiques pour tenter de sauver Alep

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    * L'envoyé spécial de l'Onu prêt à se rendre dans la ville 
    * De Mistura propose de faire sortir le millier de 
combattants djihadistes présents à Alep-Est 
    * A Moscou, le chef de la diplomatie française souligne que 
"ce qui se passe à Alep est sans précédent" 
    * Sur le terrain, l'armée syrienne progresse dans Boustan al 
Bacha 
 
    GENEVE/BEYROUTH, 6 octobre (Reuters) - L'envoyé spécial des 
Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, a proposé jeudi 
de se rendre dans les quartiers d'Alep-Est pour escorter hors de 
la ville le millier de combattants djihadistes qui s'y 
trouveraient dans l'espoir de faire cesser les bombardements 
russes et syriens. 
    De son côté, Jean-Marc Ayrault, le chef de la diplomatie 
française, s'est rendu à Moscou pour redire "les yeux dans les 
yeux" à son homologue russe, Sergueï Lavrov, que nul ne pouvait 
tolérer les événements en cours dans la grande ville du nord de 
la Syrie. 
    "Ce qui se passe à Alep est sans précédent. Rien ne saurait 
justifier un tel déluge de feu et de morts", a-t-il dit. 
    Mais Ayrault, attendu vendredi à Washington, a reconnu qu'il 
y avait encore des "blocages" et "beaucoup de travail à faire" 
sur le projet de résolution que la France et l'Espagne ont 
soumis au Conseil de sécurité des Nations unies. 
    "Nous sommes prêts à travailler sur le texte de projet de 
résolution proposé par la France", a répondu Lavrov. 
    Depuis que le cessez-le-feu négocié entre Washington et 
Moscou a volé en éclats, le 19 septembre dernier, les forces 
pro-gouvernementales syriennes appuyées par l'aviation russe se 
sont lancées dans la bataille d'Alep avec l'objectif de 
reprendre le dernier grand centre urbain tenu par les insurgés. 
     
    LA PRÉSENCE DE DJIHADISTE, UN "ALIBI" POUR DAMAS ET MOSCOU ? 
    L'intensification des frappes, à partir du 22 septembre, a 
fait au moins 376 morts, dont un tiers d'enfants, selon des 
estimations de l'Onu. 
    Après deux semaines d'offensive, les quelque 275.000 civils, 
dont 100.000 enfants, qui vivent dans les quartiers d'Alep-Est, 
sous le contrôle des rebelles depuis l'été 2012, sont dans une 
situation désespérée, l'épuisement des réserves de vivres 
s'ajoutant aux frappes aériennes. 
    D'après des estimations du Bureau de la coordination des 
affaires humanitaires de l'Onu (OCHA), la moitié des habitants 
d'Alep-Est voudraient quitter leur ville.   
    "L'argument ultime, c'est que dans deux mois, deux mois et 
demi maximum au rythme où vont les choses, la ville d'Alep-Est 
pourrait être totalement détruite", a souligné l'envoyé spécial 
de l'Onu pour la Syrie lors d'une conférence de presse à Genève. 
    Mais plutôt que d'évacuer les civils, Staffan de Mistura 
propose de faire sortir le millier de combattants djihadistes, 
et s'est dit prêt à se rendre sur place pour les escorter hors 
de la ville. "Je ne peux pas fournir plus de garanties que ma 
propre intégrité et mon propre corps", a-t-il dit. 
    Dans l'accord de Genève qui a précédé la dernière tentative 
de cessez-le-feu, Russes et Américains, qui ont cessé depuis 
leur coopération sur le dossier syrien, s'engageaient à mener 
des actions coordonnées contre les groupes djihadistes, dont 
l'ex-Front al Nosra, qui se fait appeler depuis cet été Front 
Fatah al Cham. 
    De Mistura s'est demandé si la présence de ces 900 
combattants de l'ex-Front al Nosra dans les zones sous contrôle 
insurgé de la ville n'offrait pas un "alibi facile" à la 
poursuite des destructions de ces quartiers par les forces 
pro-gouvernementales et la Russie. 
    "Etes-vous vraiment prêts à continuer le combat à ce type de 
niveau, avec ce type d'armes, et à détruire de fait toute la 
ville d'Alep-Est (...) pour éliminer 1.000 combattants d'Al 
Nosra ?", les a-t-il interpellées, ajoutant qu'il refusait 
d'assister passivement à un nouveau Srebrenica ou un nouveau 
Rwanda.   
     
    POUR ASSAD, LES REBELLES MODÉRÉS SONT UN "MYTHE" 
    D'après ses estimations, en plus de ce millier de 
djihadistes, 8.000 combattants insurgés "au maximum" assurent la 
défense d'Alep-Est. 
    A Moscou, Mikhaïl Bogdanov, envoyé spécial de Vladimir 
Poutine pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, a jugé que 
l'idée de faire évacuer les djihadistes d'Alep-Est était bonne. 
"Il est grand temps", a-t-il dit à l'agence de presse TASS.  
    Dans une interview accordée à la chaîne de télévision 
danoise TV2, Bachar al Assad réaffirme lui qu'il combattra 
jusqu'à la libération totale d'Alep, et de toute la Syrie, et 
juge que les rebelles modérés sont un "mythe". 
    D'après la transcription de l'interview diffusée jeudi par 
la chaîne, le président syrien dit préférer négocier des accords 
locaux et des amnisties pour permettre aux rebelles de quitter 
la ville. 
    Mercredi, le commandement général de l'armée syrienne avait 
annoncé une diminution des tirs d'artillerie et des frappes 
aériennes dans la partie orientale d'Alep qui, ajoutait 
l'état-major, permettrait à ceux qui le souhaitent de gagner des 
zones plus sûres. Mais l'armée a souligné que tous ceux qui n'en 
profiteraient pas pour partir connaîtront un "sort inévitable". 
    Jeudi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme 
(OSDH), les forces fidèles au gouvernement syrien se sont 
emparées de la moitié de Boustan al Bacha, un quartier 
stratégique proche du centre-ville.     
 
 (Tom Miles et Stéphanie Nebehay à Genève, John Davison et Ellen 
Francis à Beyrouth; avec Maria Tsvetkova et Alexander Winning à 
Moscou et John Irish et Marine Pennetier à Paris; Jean-Philippe 
Lefief et Henri-Pierre André pour le service français, édité par 
Tangi Salaün) 
 
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