SYNTHESE-Erdogan rejette les critiques de l'Occident contre les purges

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    * Des centaines de militaires congédiés, l'état-major 
inchangé 
    * Les casernes qui ont pris part au putsch vont être fermées 
    * Washington craint une coopération plus difficile avec 
Ankara 
 
 (Plus de 18.000 personnes placées en détention depuis le 15/07) 
    par Tulay Karadeniz et Daren Butler 
    ISTANBUL, 29 juillet (Reuters) - Le président turc, Recep 
Tayyip Erdogan, a rejeté avec véhémence vendredi les critiques 
occidentales contre les purges en cours au sein de l'armée et 
d'autres institutions dans la foulée du putsch manqué du 15 
juillet, laissant entendre que certains, aux Etats-Unis, se 
rangeaient au côté des comploteurs. 
    Les purges visent les partisans du prédicateur Fethullah 
Gülen, en exil aux Etats-Unis et accusé par le pouvoir turc 
d'être l'instigateur des événements du 15 juillet. Les pays 
occidentaux ont condamné le coup de force, dans lequel 246 
personnes ont perdu la vie et plus de 2.000 autres ont été 
blessées, mais ils ont été surpris par l'ampleur des purges. 
    Selon le directeur américain du Renseignement James Clapper, 
la purge effectuée en Turquie a écarté de nombreux officiers 
avec lesquels Washington était en contact. 
    "Cela a un impact, parce que (la purge) a affecté tous les 
segments de l'appareil de sécurité nationale en Turquie", a dit 
James Clapper jeudi soir. "Beaucoup de nos interlocuteurs ont 
été arrêtés. Il ne fait pas de doute que cela va rendre la 
coopération plus difficile avec les Turcs." 
    S'exprimant au QG des forces spéciales à Ankara, qui a été 
fortement endommagé par les combats le soir du putsch, Recep 
Tayyip Erdogan a condamné vendredi les propos des Américains. 
    "Au lieu de remercier notre pays pour avoir repoussé une 
tentative de putsch, vous prenez le parti des comploteurs. Le 
putschiste est déjà dans votre pays", a dit le chef de l'Etat en 
faisant allusion à Gülen, qui nie toute implication dans le coup 
de force et vit en exil en Pennsylvanie. 
    "Ils (les détracteurs) disent 'Nous sommes inquiets pour 
l'avenir (de la Turquie). Mais de quoi ces personnes sont-elles 
inquiètes? De savoir si le nombre d'arrestations va augmenter? 
S'il y a des coupables, ce nombre augmentera", a dit Erdogan, 
qui a échappé de peu aux putschistes alors qu'il se trouvait en 
vacances à Marmaris, sur la côte Méditerranéenne de la Turquie. 
     
    RÉUNION DU "YAS" 
    La Turquie a entrepris de réorganiser son armée à la suite 
du putsch manqué.  
    Le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a annoncé lors 
d'un discours vendredi que les casernes d'où étaient partis des 
putschistes allaient être fermées, y compris une base aérienne 
proche d'Ankara qui avait servi aux comploteurs. 
    Réuni jeudi pendant cinq heures, le Conseil militaire 
suprême (YAS), organe de supervision des forces armées en 
Turquie, a promu 99 colonels au rang de général ou d'amiral et 
placé 48 généraux à la retraite. 
    Près de deux semaines après l'échec d'un coup d'Etat d'un 
groupe au sein de l'armée, qui a valu à près de 1.700 
militaires, dont 40% de généraux et amiraux, d'être congédiés 
pour conduite déshonorants, les principaux responsables de 
l'état-major sont maintenus à leur poste. 
    Seuls changements notables, le chef d'état-major adjoint, le 
général Yasser Culer, est nommé commandant de la gendarmerie et 
le chef de la prestigieuse Première Armée, le général Unit 
Dundar, le remplace en tant que numéro deux de l'état-major, 
toujours dirigé par Hulusi Akar.    
    A l'issue de la réunion du YAS, Recep Tayyip Erdogan, a fait 
savoir qu'il souhaitait que l'armée et les services secrets 
(MIT) soient placés sous le contrôle de la présidence et non 
plus du Premier ministre.   
    Le nombre d'employés du secteur public limogés depuis le 
putsch avorté dépasse désormais les 66.000, dont 43.000 dans 
l'enseignement, rapporte l'agence de presse officielle Anatolie. 
     
    ARRESTATION DU PATRON D'UN CONGLOMÉRAT  
    Plus de 18.000 personnes ont été placées en détention depuis 
l'échec du putsch, et, sur ce nombre, on en recense 9.677 en 
état d'arrestation, qui attendent de passer en jugement. En 
outre, 50.000 passeports ont été confisqués. Le ministère du 
Travail  dit quant à lui enquêter sur les agissements de 1.300 
de ses agents, possiblement impliqués dans le putsch. 
    Recep Tayyip Erdogan assure que les partisans de Fethullah 
Gülen ont infiltré entre autres le réseau d'établissements 
scolaires, les organismes de charité et les entreprises, afin de 
créer un "Etat parallèle" visant à prendre le contrôle du pays. 
    Les Etats-Unis et l'Union européenne ont déjà fait part de 
leur inquiétude face à l'ampleur des purges.  
    Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a 
cherché à balayer ces inquiétudes, vendredi, en jugeant que 
l'armée turque sortirait renforcée une fois "nettoyée" de ses 
éléments gülénistes.  
    La Turquie autorise les Etats-Unis à utiliser sa base 
aérienne d'Incirlik pour mener des raids contre l'EI en Irak et 
en Syrie. Ces opérations ont été temporairement interrompues à 
la suite de la tentative de coup d'Etat.     
    Autre critique émanant de Washington, le département d'Etat 
s'est dit "profondément préoccupé" par les arrestations de 
journalistes lancées depuis le début de la semaine en Turquie. 
    Mevlut Cavusoglu a répondu que les personnes interpellées 
dans les médias n'étaient pas "de vrais journalistes".  
    Vendredi, la police a également appréhendé le président du 
conglomérat Boydak Holding et deux cadres du groupe. Six membres 
de la famille Boydak font au total l'objet d'un mandat d'arrêt. 
Ils sont accusés de financer le mouvement de Fethullah Gülen, 
qui chapeaute de nombreuses écoles et organisations caritatives. 
    Le parquet d'Izmir, sur la mer Egée, a de son côté ordonné 
l'arrestation de 200 policiers. 
 
 (Avec Ercan Gurses; Jean-Stéphane Brosse et Eric Faye pour le 
service français) 
 
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