SYNTHESE-Désormais seul en course, Trump doit rassembler un parti divisé

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    * Après Ted Cruz, John Kasich se retire, laissant la voie 
libre à Donald Trump 
    * L'homme d'affaires doit faire oublier la tonalité 
agressive de sa campagne 
    * Hillary Clinton le qualifie de "danger public" 
 
    par Steve Holland 
    WASHINGTON, 5 mai (Reuters) - Au lendemain de sa victoire 
décisive dans l'Indiana, Donald Trump, désormais seul 
républicain en lice dans la course à la Maison blanche, va 
devoir s'atteler à reboucher les profondes fissures qu'il a 
largement contribué à ouvrir au sein du Grand Old Party. 
    Après le sénateur du Texas Ted Cruz, qui a jeté l'éponge dès 
les résultats connus dans l'Indiana mardi soir, John Kasich, le 
gouverneur de l'Ohio, a à son tour annoncé mercredi qu'il 
renonçait à briguer l'investiture républicaine. 
    A 69 ans, désormais "candidat présumé" du parti, ainsi que 
l'a qualifié le président du Comité national républicain Reince 
Priebus, le milliardaire new-yorkais s'est projeté sur 
l'élection présidentielle du 8 novembre. 
    Faisant mercredi le tour des médias américains, il a annoncé 
qu'il formerait un comité chargé de la sélection de celui ou 
celle qui sera vice-président s'il accède à la Maison blanche et 
que le choix serait rendu public en juillet, avant la convention 
républicaine de Cleveland, De même, il a laissé entendre qu'il 
pourrait dévoiler avant le rendez-vous de Cleveland la 
composition de ce que serait une administration Trump. 
    Sur le fond, l'homme d'affaires, qui promet de ramener sur 
le sol des Etats-Unis des emplois délocalisés et de renégocier 
les relations commerciales avec le reste du monde, à commencer 
par la Chine, s'est dit "ouvert" à agir sur le niveau du salaire 
minimum. 
    Il s'est dit enfin en mesure, avec l'appui du Comité 
national républicain, de lever un milliard de dollars pour 
financer sa campagne présidentielle. 
     
    CONVAINCRE QU'IL PEUT ÊTRE ÉLU EN NOVEMBRE... 
    Mais pour reprendre la Maison blanche au camp démocrate, il 
va lui falloir commencer par réunifier et réconcilier les 
composantes d'un parti dont pas moins de 17 personnalités 
briguaient à l'origine l'investiture. Il lui faudra aussi faire 
oublier la virulence, parfois la violence de ses attaques contre 
ses rivaux et convaincre, alors qu'un sondage le donne dix 
points derrière Hillary Clinton, bien partie pour remporter la 
primaire démocrate, qu'il peut l'emporter en novembre. 
    Plusieurs ténors républicains ont annoncé que Trump aurait 
leur soutien puisque la base l'a choisi et parce que, 
disent-ils, il faut faire bloc contre Clinton. Sa victoire de 
facto n'a cependant pas déclenché la vague habituelle de 
ralliements qu'on observe généralement lorsqu'une primaire 
s'achève. 
    Dans son discours annonçant son retrait, Ted Cruz a 
longuement disserté mardi soir sur la primaire républicaine de 
1976, quand Gerald Ford avait été préféré à Ronald Reagan mais 
s'était fait battre par le démocrate Jimmy Carter. Reagan 
l'avait emporté quatre ans plus tard. 
    George W. Bush, dernier président républicain (2001-2009) 
dont le frère Jeb a été submergé par la déferlante Trump, a 
clairement fait savoir qu'il se tiendrait à l'écart. "Le 
président Bush n'envisage pas de s'impliquer ou de commenter la 
campagne présidentielle", a dit son porte-parole, Freddy Ford. 
    John McCain, candidat malheureux des républicains à 
l'élection de 2008, a laissé à sa porte-parole, Lorna Romero, le 
soin d'annoncer qu'il soutiendrait "le candidat nommé par le 
Parti républicain, qui est à présent présumément Donald Trump". 
Sur son compte Twitter, le sénateur de l'Arizona n'a pas eu un 
mot pour lui, félicitant en revanche Cruz et Kasich pour leur 
campagne. L'été dernier, Trump l'avait durement attaqué, lui 
reprochant d'avoir été fait prisonnier durant la Guerre du 
Vietnam -- "Je préfère ceux qui ne se sont pas fait capturer", 
avait-il dit. 
    Nikki Haley, gouverneure républicaine de Caroline du Sud, a 
diffusé un communiqué dans lequel elle annonce qu'elle 
soutiendra le candidat républicain mais précise aussitôt que la 
vice-présidence "ne (l)'intéresse pas". 
     
    ... ALORS QU'IL EST DEVANCÉ DE DIX POINTS DANS LES SONDAGES 
    Dans les rangs républicains, certains restent en effet 
consternés par les déclarations outrancières de Trump sur les 
Mexicains "violeurs" et "trafiquants de drogue", sur les femmes, 
sur les musulmans, sur les sans-papiers et s'inquiètent de leur 
impact sur l'électorat. 
    Le sénateur républicain Ben Sasse, élu du Nebraska, a 
indiqué qu'il n'était pas question pour lui de soutenir Trump. 
Deb Fischer, l'autre sénatrice républicaine du Nebraska, n'a pas 
caché son malaise: "M. Trump va devoir s'employer pour 
rassembler le parti", a-t-elle dit au micro du Nebraska Radio 
Network. 
    "J'ai confiance dans mes capacités à unir en grande partie 
(le Parti républicain)", a déclaré sur NBC le magnat de 
l'immobilier, qui n'a jamais exercé de fonction élective et a 
cultivé son image d'outsider anti-système. "Honnêtement, il y a 
des gens dont je ne veux vraiment pas. Mais les gens vont voter 
pour moi. Ils ne voteront pas pour le parti."  
    Parmi les partisans du Grand Old Party, la cote de Trump 
s'est redressée: selon un sondage Reuters-Ipsos réalisé avant la 
primaire de l'Indiana, 53% des électeurs républicains lui 
étaient acquis, plus du double de Cruz (25%). 
    Mais dans le cadre d'un face-à-face avec Hillary Clinton, il 
est devancé de dix points, une marge qui donnerait à la favorite 
du camp démocrate une confortable majorité parmi les grands 
électeurs qui seront élus Etat par Etat le 8 novembre prochain. 
L'écart est encore plus grand dans le cas, certes guère 
probable, d'un duel face à Bernie Sanders. 
    Donnant un avant-goût des arguments qu'elle pourrait 
déployer si elle sort comme attendu victorieuse de la primaire 
démocrate face au sénateur du Vermont, Clinton a dénoncé 
mercredi le comportement erratique du républicain, un "danger 
public", a-t-elle dit sur CNN. 
    Elle a lui a également reproché de ne rien dire de son 
programme et de ne pas avoir pris position sur d'importants 
sujets comme les armes nucléaires ou l'avortement. "Il fait de 
grandes déclarations et de grandes tirades accusatrices. Mais à 
un certain moment, quand on brigue la présidence, il faut mettre 
un peu de viande autour de l'os. Il faut dire aux gens ce qu'on 
va faire et comment on va le faire." 
     
    VOIR AUSSI 
    LE POINT sur les primaires:  ID:nL8N15G1ZD  
    Le TABLEAU des primaires:  ID:nL8N15O2QW  
 
 (avec Susan Cornwell, Megan Casella, Susan Heavey, Doina Chiacu 
et Emily Stephenson à Washington, Chris Kahn et Amy Tennery à 
New York et Sharon Bernstein à Sacramento; Jean-Philippe Lefief, 
Nicolas Delame, Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour 
le service français) 
 
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