SYNTHESE-Ankara abat un avion russe à la frontière syrienne, Poutine dénonce

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    * Ankara affirme que l'équipage du SU-24 a ignoré les 
sommations 
    * Moscou dément que l'avion ait violé l'espace aérien turc 
    * Poutine prévient que l'incident "aura de graves 
conséquences" 
    * Le chef de la diplomatie russe annule une visite en 
Turquie 
 
    par Tulay Karadeniz et Maria Kiselyova 
    ANKARA/MOSCOU, 24 novembre (Reuters) - L'armée de l'air 
turque a abattu mardi un chasseur-bombardier russe à proximité 
de la frontière syrienne après lui avoir adressé, affirme 
Ankara, une série d'avertissements pour violation de l'espace 
aérien; Moscou conteste cette version et prévient que cet 
incident aura de "graves conséquences".      
    C'est le premier événement de ce type depuis que deux 
coalitions distinctes opèrent dans le ciel syrien: celle mise en 
place à l'été 2014 par les Etats-Unis et celle que la Russie a 
déclenché le 30 septembre dernier en soutien au régime de son 
allié Bachar al Assad. 
    Jamais depuis les années 1950 les forces armées d'un pays de 
l'Otan, dont la Turquie occupe le flanc sud-est, n'avaient  
abattu un avion russe ou soviétique. 
     
    VERSIONS CONTRADICTOIRES      
    D'après la version d'Ankara, le Soukhoï SU-24 a été détruit 
en vol par deux chasseurs F-16 de l'armée de l'air turque après 
dix avertissements lancés en l'espace de cinq minutes pour 
violation de l'espace aérien. "Nos données montrent sans 
ambiguïté que l'espace aérien turc a été violé à de multiples 
reprises. Et ils l'ont violé en connaissance de cause", a dit à 
Reuters un haut responsable turc. 
    La chaîne de télévision turque Haberturk TV a montré le 
Soukhoï en flammes, chutant et s'écrasant dans une zone boisée 
du nord-est de la Syrie, en dégageant une colonne de fumée. Sur 
une vidéo de l'agence de presse turque Anatolie, on peut voir 
deux pilotes sautant en parachute. 
    Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a été informé de 
l'incident par le chef d'état-major de l'armée et le Premier 
ministre, Ahmet Davutoglu, a ordonné des consultations avec 
l'Otan ainsi qu'avec les Nations unies et les pays concernés, 
indiquent leurs services. 
    Selon la version russe, l'avion n'a jamais violé l'espace 
aérien turc. 
    Vladimir Poutine, cité par l'agence de presse RIA, a affirmé 
que le Soukhoï se trouvait au-dessus de la Syrie, à un kilomètre 
de la frontière turque, lorsqu'il a été abattu. Toujours selon 
le président russe, l'avion s'est écrasé à quatre kilomètres à 
l'intérieur du territoire syrien. 
    A Washington, le porte-parole de la coalition américaine, le 
colonel Steve Warren, a indiqué que les Etats-Unis n'avaient pas 
encore de certitudes sur l'ensemble des événements ayant conduit 
à la destruction de l'avion russe, à commencer par la 
localisation exacte de l'appareil au moment du déclenchement du 
tir. Il a dit que les Turcs avaient bien adressé dix 
avertissements aux pilotes russes.  
    Une autre source américaine a indiqué qu'il y avait eu une 
incursion de "quelques secondes" dans l'espace aérien turc. 
     
    INCERTITUDES SUR LE SORT DES PILOTES 
    Les deux pilotes ont réussi à s'éjecter de leur avion mais 
leur sort est incertain.  
    D'après un responsable gouvernemental turc, les deux pilotes 
sont considérés comme étant en vie et aux mains de rebelles de 
l'opposition syrienne. Les autorités travaillent à leur 
libération, ajoute-t-on de même source. 
    Une brigade de rebelles turkmènes opérant en Syrie a 
pourtant affirmé un peu plus tôt qu'elle les avait abattus après 
qu'ils se soient éjectés. "Nos camarades ont ouvert le feu et 
les ont abattus en l'air", a déclaré Alpaslan Celik, commandant 
adjoint de cette brigade opérant près de la localité frontalière 
de Yamadi, dans le nord-est syrien. (voir  ID:nL8N13J3PU ) 
    Plus tôt dans la journée, le porte-parole d'un groupe 
rebelle syrien avait annoncé, vidéo à l'appui, que l'un d'eux 
était mort après le crash. 
    La chaîne CNN Türk, citant des sources locales, a rapporté 
que l'un des pilotes était aux mains de combattants rebelles 
turkmènes du nord de la Syrie.  
    Des hélicoptères de l'armée russe ont décollé pour tenter de 
localiser et récupérer les pilotes, écrit l'agence de presse 
turque Dogan.  
    A Moscou, le ministère russe de la Défense n'a pas fourni 
d'informations définitives sur le sort des deux pilotes. 
"L'avion volait à une altitude de 6.000 mètres. Le sort des 
pilotes n'est pas encore déterminé avec certitude. Selon les 
premières informations, ils ont été en mesure de s'éjecter", a 
dit le ministère 
     
    QUELLES CONSÉQUENCES ? 
    Ce grave incident, quelle qu'en soit la version correcte, 
intervient alors que les puissances impliquées dans la recherche 
d'une solution politique à la crise en Syrie s'activent depuis 
plusieurs semaines, avec la tenue notamment fin octobre et il y 
a dix jours de deux réunions à Vienne. 
    Dans l'immédiat, le chef de la diplomatie russe, Sergueï 
Lavrov, qui était attendu ce mercredi en visite en Turquie pour 
discuter précisément du conflit syrien, a décidé d'annuler son 
déplacement. On ignore en revanche si le déplacement du 
président Erdogan, qui doit se rendre fin décembre en Russie 
pour des entretiens avec Vladimir Poutine, sera maintenu. 
    Le président russe, qui a dénoncé un "coup de poignard dans 
le dos de la Russie", a prévenu: "Nous analyserons naturellement 
tout ce qui s'est passé et les événements tragiques de la 
journée auront de graves conséquences pour les relations 
russo-turques." 
    Poutine a aussi évoqué au passage l'attitude de la Turquie 
face à la menace posée par l'organisation djihadiste Etat 
islamique (EI). "Nous avons établi depuis longtemps que 
d'importantes quantités de pétrole et de produits pétroliers en 
provenance de territoires capturés par l'Etat islamique arrivent 
sur le territoire turc", a-t-il dit au sujet d'une des 
principales sources de financement du "califat" proclamé par 
Abou Bakr al Baghdadi. 
    Les ambassadeurs des deux pays ont chacun été convoqués. 
L'Otan a organisé dans l'urgence une réunion de ses ambassadeurs 
ce mardi après-midi. "L'objectif de la Turquie est d'informer 
les alliés des événements de la matinée", a dit une porte-parole 
de l'Alliance Atlantique. (voir  ID:nL8N13J31T ) 
    L'incident turco-syrien survient aussi alors qu'un 
enchaînement d'attentats revendiqués par l'EI, contre un avion 
charter russe le 31 octobre au-dessus du Sinaï puis à Paris et 
Saint-Denis, le 13 novembre, semblait esquisser une évolution 
des positions respectives dans la crise. 
    François Hollande, qui se trouvait mardi à Washington pour 
évoquer avec Barack Obama pour tenter de mettre sur pied une 
coalition unique contre l'EI, est attendu jeudi à Moscou dans le 
cadre de cette initiative. (voir  ID:nL8N13I1NB ) De source 
diplomatique française, on indique que l'incident russo-turc 
n'aura pas de répercussion sur cet agenda. 
 
 (avec Mehmet Emin Caliskan à Yamadi, Syrie, Humeyra Pamuk, 
Daren Butler, Melih Aslan et Asli Kandemir à Istanbul, Orhan 
Coskun à Ankara, Vladimir Soldatkin à Moscow, Tom Perry et 
Sylvia Westall à Beyrouth et Elizabeth Pineau à Paris; 
Jean-Stéphane Brosse, Eric Faye, Nicolas Delame et Henri-Pierre 
André pour le service français) 
 
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