SYNTHESE ACTUALISEE-Alep toujours pilonnée, la diplomatie dans l'impasse

le
0
    * Les discussions se poursuivent au Conseil de sécurité de 
l'Onu 
    * Une réunion à cinq pays est prévue mercredi à Berlin 
    * John Kerry dit vouloir encore croire à la paix 
    * Les rebelles disent avoir bloqué une offensive au sud 
d'Alep 
 
 (Actualisé avec diplomate européen § 10) 
    par Suleiman Al-Khalidi, Tom Perry et Lisa Barrington 
    AMMAN/BEYROUTH, 4 octobre (Reuters) - Les rebelles syriens 
ont annoncé mardi avoir repoussé une offensive des forces 
gouvernementales au sud d'Alep tandis que les efforts 
diplomatiques se poursuivent pour tenter de faire taire les 
armes sur la grande ville du nord de la Syrie pilonnée en 
continu par les avions de guerre russes et syriens. 
    Les Etats-Unis, l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne 
et l'Italie ont prévu de se réunir mercredi à Berlin pour tenter 
d'avancer sur le dossier syrien, alors que le processus 
diplomatique est à l'arrêt depuis l'échec du énième 
cessez-le-feu, mis en place par Moscou et Washington le 19 
septembre. 
    Accusant Moscou de ne pas se conformer à ses engagements, 
Les Etats-Unis ont annoncé lundi la suspension des discussions 
avec la Russie. Les deux pays avaient conclu dans la nuit du 9 
au 10 septembre dernier un accord visant à relancer le processus 
de paix en Syrie en instaurant une trêve. 
    Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme des Nations unies, 
Zeid Ra'ad al Hussein, a estimé pour sa part que la situation à 
Alep plaidait en faveur de nouvelles initiatives fortes, dont 
une limitation de l'usage du droit de veto par les membres 
permanents du Conseil de sécurité.   
    Depuis le début de la guerre en Syrie en mars 2011, la 
Russie a bloqué plusieurs résolutions concernant la Syrie et 
pourrait à nouveau bloquer celle qui est en cours de discussion 
à l'initiative de la France.  
     
    "LES RUSSES ONT UNE VISION TCHÉTCHÈNE DU CONFLIT" 
    Malgré l'annonce d'une quasi-rupture entre la Maison blanche 
et le Kremlin, John Kerry a réaffirmé qu'il fallait continuer à 
rechercher une solution à la guerre. 
    "Je vais être clair: nous n'abandonnons pas le peuple syrien 
et nous n'abandonnons pas la recherche de la paix", a affirmé le 
chef de la diplomatie américaine qui se trouvait à Bruxelles 
pour une conférence des donateurs consacrée à l'Afghanistan.  
    "Nous continuerons de rechercher une cessation des 
hostilités (...) applicable dans tout le pays et cela inclut de 
clouer au sol les avions de combat syriens et russes dans des 
zones spécifiques", a ajouté le secrétaire d'Etat américain. 
    Pour lui, le comportement de la Russie en Syrie, où elle 
soutient militairement le régime d'Assad depuis la fin septembre 
2015, démontre que Moscou ne cherche pas sérieusement à trouver 
une issue pacifique au conflit. 
    Selon un haut diplomate européen, il est guère probable que 
les Russes changent de stratégie. "Leur objectif est la 
destruction totale de l'opposition, ils ont une vision 
tchétchène du conflit, leur méthode, c'est la soumission par la 
force", a-t-il dit en faisant allusion aux deux guerres de 
Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2000) au cours desquelles la 
capitale, Grozny, fut dévastée. 
    De fait, les avions russes et syriens, appuyés au sol par 
des milices, notamment iraniennes, continuent à pilonner les 
quartiers résidentiels de la partie orientale d'Alep, tenue par 
les rebelles, dans le but de reprendre le contrôle total de la 
ville.  
    Les rebelles ont annoncé avoir repoussé une incursion de 
combattants pro-gouvernementaux après plusieurs heures 
d'affrontements en bordure du quartier de Cheikh Saïd, en 
bordure sud de la partie Est d'Alep. Un combattant du groupe 
Faïlak al Cham a précisé que les forces du régime syrien avaient 
perdu "dix combattants et plusieurs véhicules". 
    Depuis la fin du cessez-le-feu, 293 civils sont morts dans 
la partie Est d'Alep sous les tirs d'obus e les frappes 
aériennes, indique l'Observatoire syrien des droits de l'homme 
(OSDH), une ONG basée à Londres qui diffuse un point quotidien 
sur la guerre en Syrie. 
    Dans la partie ouest d'Alep, les tirs d'artillerie des 
rebelles ont tué 25 personnes, précise l'OSDH. 
    D'après un commandant du groupe rebelle Nour al Dine al 
Zinki, les forces progouvernementales attaquent sur plusieurs 
fronts pour étirer les lignes de défense des insurgés tout en 
larguant des bombes mais aussi des tracts appelant les rebelles 
à se rendre. 
     
    BOMBES INCENDIAIRES 
    Après s'être assurée jeudi dernier du contrôle du camp de 
réfugiés palestiniens de Handarat, en bordure nord d'Alep, 
l'armée syrienne progresse vers le sud. Elle a pris position sur 
les ruines de l'hôpital Kindi, d'où elle peut contrôler le 
rond-point de Djandoul, un carrefour routier stratégique. 
    "Ils ont aplati le terrain (sous les bombes) et nos hommes 
n'ont pas eu d'autre choix que se replier", a dit le commandant 
rebelle du groupe Zinki. 
    Selon lui, les combattants kurdes de la milice YPG qui 
contrôlent le quartier de Cheikh Maksoud, dans le nord d'Alep, 
ont également mis à profit l'offensive gouvernementale pour 
progresser en direction de la zone industrielle voisine de 
Choukif, située entre Handarat et leur enclave. 
    Cela devrait permettre à l'armée et aux milices qui la 
soutiennent de pénétrer plus avant dans les quartiers nord tenus 
par les rebelles qui disent toutefois s'attendre à ce que la 
progression des forces progouvernementales ralentisse dès 
qu'elles atteindront les zones densément construites. 
    "La bataille dans les quartiers urbains va être difficile 
car ces secteurs sont mieux défendus avec de nombreux endroits 
où se cacher", dit le combattant du groupe Faïlak al Cham. 
    Au coeur de la ville, plusieurs quartiers (Boustan al Kasr, 
Hay al Houlouk et Fardous) ont été bombardés mardi par des 
avions volant à haute altitude, ce qui est la caractéristique 
des appareils russes, ont dit d'autres rebelles en évoquant un 
nombre indéterminé de victimes. 
    Selon l'OSDH, le nombre de morts pour la journée de mardi 
dans les quartiers Est se monte à 20. Selon les médias officiels 
syriens, cinq personnes ont été tuées mardi par des tirs de 
mortier visant les quartiers contrôlés par le gouvernement. 
    Dans la campagne autour d'Alep, des bombes incendiaires ont 
par ailleurs été larguées sur Darat Izza et Al Zirba.  
    A Damas, la Russie a fait savoir que son ambassade avait été 
touché par trois obus de mortier lundi sans faire de blessés. 
 
 (avec David Brunnstrom et Robin Emmott à Bruxelles; Tangi 
Salaün, Henri-Pierre André et Danielle Rouquié pour le service 
français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant