SYNTHESE-Accord USA/Russie à Genève, les combats se poursuivent en Syrie

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    * L'accord prévoit un cessez-le-feu entrant en vigueur lundi 
soir 
    * L'opposition dubitative 
    * L'armée poursuit ses opérations à Alep 
 
    par Suleiman Al-Khalidi et David Brunnstrom 
    AMMAN/GENEVE, 10 septembre (Reuters) - Les Etats-Unis et la 
Russie ont conclu samedi un accord destiné à raviver les 
négociations de paix en Syrie sans parvenir toutefois à 
convaincre l'opposition qui doute que le texte permette de 
mettre fin aux combats, alors que les affrontements 
s'intensifient à Alep, dans le nord du pays. 
    L'accord conclu sous l'égide de Moscou et Washington prévoit 
l'instauration d'une trêve dans tout le pays, lundi au coucher 
du soleil, une amélioration des conditions de travail des 
organisations humanitaires et l'élaboration d'un plan ciblant 
les groupes islamistes.   
    Quelque heures à peine après l'annonce de la conclusion de 
l'accord, l'armée syrienne attaquait les positions tenues par 
les rebelles à Alep, les forces gouvernementales s'efforçant de 
gagner le maximum de terrain possible avant l'entrée en vigueur 
du cessez-le-feu. 
    Cette opération de l'armée se heurte toutefois à la 
résistance des rebelles qui ont annoncé prévoir une 
contre-offensive. 
    "Il y a des combats sur tous les fronts du sud d'Alep, mais 
les affrontements les plus violents se produisent à Amiryah", a 
déclaré à Reuters le capitaine Abdoul Salam Abdoul Razak, 
porte-parole des Brigades Nour al Dine al Zinki. 
    Les combats ont fait des dizaines de milliers de morts 
depuis cinq ans à Alep, ancien poumon économique de la Syrie et 
cible tant des insurgés, dont certains sont soutenus par les 
Occidentaux, que des forces gouvernementales, appuyées par la 
Russie et l'Iran. 
    Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a demandé à 
toutes les parties de respecter l'accord conclu à Genève après 
de longues négociations. 
     
    CINQ DOCUMENTS 
    Le plan "nécessite de cesser toutes les attaques, notamment 
les bombardements aériens, et toutes les tentatives de gagner du 
terrain aux dépens d'autres parties de l'accord de cessation. Il 
requiert un accès humanitaire sans obstacle, durable à toutes 
les zones assiégées et difficiles d'accès, dont Alep", a dit 
John Kerry. 
    Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a 
expliqué que, malgré la méfiance des parties, les deux camps 
étaient parvenus à élaborer cinq documents qui permettront de 
coopérer dans la lutte contre le terrorisme et la relance d'un 
climat plus favorable à paix. 
    Les deux parties se sont toutefois accordées pour ne pas 
rendre les documents publics. 
    Les précédentes tentatives d'accords destinés à aboutir à 
une cessation des combats et à faciliter l'acheminement d'aide 
humanitaire aux populations assiégées ont à chaque fois échoué 
en l'espace de quelques semaines. 
    Selon John Kerry, le nouvel accord a davantage de chances de 
succès que les précédents, le gouvernement syrien s'étant engagé 
à ne pas lancer de nouvelle opérations aériennes. 
    L'accord prévoit que les forces gouvernementales soutenues 
par Moscou et les groupes d'opposition soutenus par Washington 
cessent le combat afin de reconstruire un climat de confiance 
entre les parties. 
    Si la trêve tient à partir de lundi, la Russie et les 
Etats-Unis entameront des travaux préparatoires pendant sept 
jours afin de mettre en place un "centre commun d'opérations" 
destiné au partage d'informations pour établir les contours des 
territoires contrôlés par l'opposition et par les djihadistes de 
l'ancien Front al Nosra et ceux de l'Etat islamique. 
    Il est également prévu que l'opposition et les forces 
gouvernementales se retirent de la Route Castello, un axe de 
communication stratégique situé au nord d'Alep. 
     
    L'OPPOSITION DUBITATIVE 
    Le texte a été salué par plusieurs pays, la Turquie et la 
France notamment. Paris juge ainsi que son application est 
cruciale. 
    "Je salue l'accord russo-américain pour une trêve en Syrie", 
a dit le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc 
Ayrault, dans un communiqué. "Il est désormais crucial que cet 
accord soit pleinement mis en œuvre et respecté, en particulier 
par le régime et ses soutiens." 
    L'opposition, de son côté, ne cache pas son scepticisme. 
Elle rappelle que les derniers accords de ce genre n'ont pas été 
respectés, accusant notamment Damas et Moscou d'avoir poursuivi 
les bombardements.   
    Les rebelles modérés de l'Armée syrienne libre (ASL) ont 
ainsi déclaré samedi qu'il y avait peu de chances que le nouvel 
accord de paix USA-Russie ait un véritable impact sur le cours 
du conflit tandis que l'opposition réunie au sein du HCN faisait 
elle aussi part de ses doutes. 
    Fares al Bayouch, qui dirige la Division du Nord de l'ASL, a 
déclaré que la Russie et la Syrie n'avaient pas respecté le 
dernier accord et que les chances de réussite de la nouvelle 
trêve étaient identiques à celles de la précédente. 
    Le porte-parole des Brigades Nour al Dine al Zinki, groupe 
qui fait aussi partie de l'ASL, a de son côté dit redouter que 
l'accord donnerait l'occasion à l'armée syrienne de reprendre 
des forces et d'envoyer à Aelp des milices supplémentaires 
soutenues par l'Iran. 
    Le Haut comité syrien des négociations (HCN), créé fin 2015 
en Arabie saoudite, a expliqué ne pas avoir reçu de copie de 
l'accord et dit qu'il ne réagirait qu'une fois que ses membres 
auront été consultés. 
    En plus des combats à Alep, des bombardements ont été 
signalés à Idlib où des avions présentés comme russes ont visé 
un marché très fréquenté, faisant de nombreuses victimes, a-t-on 
appris auprès d'habitants et de l'Observatoire syrien des droits 
de l'homme. 
 
 (Avec Emmanuel Jarry à Paris, Nicolas Delame et Julie Carriat 
pour le service français) 
 
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