SYNTHESE-Accord sur le nucléaire iranien après plus de 10 ans de négociations

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* Embargo sur les importations d'armes maintenu pendant 5 ans * Netanyahu parle d'"erreur historique" * Les républicains vent debout contre l'accord à Washington * François Hollande salue un accord "très important" (actualisé tout du long) par Parisa Hafezi, Louis Charbonneau, John Irish et Arshad Mohammed VIENNE, 14 juillet (Reuters) - L'Iran et les grandes puissances du groupe P5+1 (Etats-Unis, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Russie et Chine) ont conclu mardi matin à Vienne un accord sur le programme nucléaire de Téhéran, couronnement de plus de dix années de négociations pour résoudre une crise qui empoisonnait les relations entre Téhéran et le reste du monde. Barack Obama a salué un pas vers un monde "plus ouvert à l'espoir" et son homologue iranien, Hassan Rohani, a estimé que l'accord prouvait que "l'engagement constructif marche". Mais Israël a promis de tout faire pour que cet accord, qualifié d'"erreur historique" par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ne puisse pas être ratifié. "Cet accord est une occasion d'aller dans une autre direction. Nous devons la saisir", a dit le président américain. Le texte, dont les grandes lignes avaient été fixées dans un premier texte le 2 avril, encadrera le programme nucléaire de Téhéran pendant au moins dix ans en échange de la suspension progressive des sanctions économiques qui pèsent sur l'économie du pays et notamment sur ses exportations pétrolières. Des sources diplomatiques ont précisé que l'accord prévoyait un maintien pendant cinq ans de l'embargo des Nations unies visant les importations d'armes par l'Iran et que celui qui vise les technologies de missiles ne pourrait être levé pendant huit ans. Si l'Iran venait à contrevenir aux termes de l'accord, les sanctions économiques pourraient être remises en place dans un délai de 65 jours. Selon des responsables américains, ce sont plus de 100 milliards de dollars (plus de 90,5 milliards d'euros) d'avoirs iraniens gelés qui vont pouvoir, à terme, être débloqués. L'accord marque un triomphe politique pour Barack Obama, qui de longue date promettait de s'adresser aux ennemis historiques des Etats-Unis, mais aussi pour le pragmatique Hassan Rohani, élu en 2013 sur l'engagement de sortir son pays de son isolement diplomatique et économique. "SOUPIR DE SOULAGEMENT", POUR POUTINE "Aujourd'hui marque la fin des actes de tyrannie contre notre pays et le début de la coopération avec le monde", a dit Hassan Rohani dans une allocution télévisée. "Il s'agit d'un accord réciproque. S'ils le respectent, nous le ferons aussi. La nation iranienne a toujours tenu ses promesses et respecté les traités". A Moscou, le président russe Vladimir Poutine a estimé que "Le monde peut maintenant pousser un soupir de soulagement", après la conclusion de l'accord. En France, le chef de l'Etat François Hollande, qui s'exprimait lors de sa traditionnelle intervention télévisée du 14 juillet, a salué comme "très important" l'accord conclu, en soulignant que la France avait adopté une position "très ferme" tout au long de la négociation. Il a ajouté que l'Iran devait aussi montrer à la communauté internationale qu'il est prêt à aider à une solution au conflit syrien. Pour Laurent Fabius, chef de la diplomatie française, l'accord est "suffisamment robuste" pour plus de dix ans et permet de "limiter de façon précise les capacités d'enrichissement de l'uranium par l'Iran(...)". L'accord conclu entre l'Iran et les grandes puissances est un "moment historique" et un "nouveau chapitre d'espoir" s'ouvre, a déclaré mardi le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, lors d'une conférence de presse à Vienne, où les ministres des Affaires étrangères négociaient depuis deux semaines. A ses côtés, Federica Mogherini, chef de file de la diplomatie européenne, a estimé que l'accord conclu à Vienne ouvrait la voie à une nouvelle ère pour les relations internationales. Pour Barack Obama, la diplomatie avec l'Iran, engagée en secret voici plus de deux ans, est de même nature que la normalisation en cours des relations avec Cuba: il s'agit de se réconcilier avec des ennemis avec lesquels Washington était en froid depuis des décennies. "L'histoire montre que l'Amérique ne doit pas montrer la voie seulement par sa force, mais aussi par ses principes", a dit le président dans une allocution télévisée. "L'annonce faite aujourd'hui ouvre un nouveau chapitre dans notre quête d'un monde plus sûr, plus utile, plus ouvert à l'espoir", a ajouté Obama, lauréat du prix Nobel de la paix 2009. MEFIANCE DES "DURS" EN IRAN Le camp républicain ne l'entend pas de la même oreille. Les dirigeants du Congrès comme les prétendants à l'investiture républicaine pour la prochaine présidentielle ont fait part de leur profond scepticisme voire de leur hostilité à l'accord, auxquels ils comptent mener la vie dure lorsqu'il sera examiné au Congrès. Le président (républicain) de la Chambre des représentants, John Boehner, a critiqué l'accord de Vienne et accusé Barack Obama d'avoir renoncé à ses propres objectifs. "Au lieu de stopper la propagation des armes nucléaires au Moyen-Orient, cet accord risque d'alimenter une course aux armements nucléaires dans le monde entier", a-t-il dit. Avant même les réactions du camp adverse, Barack Obama avait menacé d'opposer son veto à tout texte du Congrès menaçant l'accord. Bob Corker, président, républicain, de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, qui jouera un rôle crucial dans l'attitude du Congrès envers l'accord, a fait part mardi de son "profond scepticisme" face au pacte conclu à Vienne. Ils n'étaient pas les seuls sceptiques à se manifester. Outre Benjamin Netanyahu, qui a assuré que l'Etat d'Israël ne s'estimait pas lié par l'accord de Vienne et qu'il assurerait toujours lui-même sa sécurité, un responsable saoudien, sans dénoncer le pacte, a jugé qu'il risquait de rendre le Moyen-Orient plus dangereux. "Nous avons compris, au fil de 40 années de voisinage avec l'Iran, que la bonne volonté ne se soldait que par des fruits amers", a dit ce responsable à Reuters, sous le sceau de l'anonymat. Les durs du régime iranien ne se sont pas tus eux non plus. "Se réjouir trop tôt reviendrait à adresser un mauvais signal à l'ennemi", a dit le député conservateur Alireza Zakani au parlement, cité par l'agence de presse iranienne Fars. Le Conseil national iranien de sécurité va examiner l'accord, et "et si ses membres pensent qu'il va à l'encontre de nos intérêts nationaux, nous le rejetterons", a-t-il ajouté. * Voir aussi CHRONOLOGIE de la crise du nucléaire iranien ID:nL5N0ZU162 (Nicolas Delame et Eric Faye pour le service français)

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