SYNTHESE-Accord d'étape sur le nucléaire iranien à Lausanne

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* Un compromis conclu après huit jours de négociations marathon * L'accord doit ouvrir la voie à un règlement définitif * Des points délicats restent à régler par Louis Charbonneau et Stephanie Nebehay LAUSANNE, Suisse, 3 avril (Reuters) - Au terme de huit jours de négociations marathon à Lausanne, l'Iran et les grandes puissances ont conclu jeudi un accord d'étape visant à encadrer les activités nucléaires de l'Iran pendant dix ans au moins. Les parties impliquées soulignent le caractère prometteur mais fragile de cet accord politique qui devra désormais être concrétisé par un règlement définitif global sur le programme nucléaire de Téhéran le 30 juin au plus tard. Toutes les sanctions actuelles contre l'Iran restent en place jusqu'à un accord final. Dans la capitale iranienne, des scènes de joie ont salué l'annonce de ce compromis qualifié d'historique par Barack Obama, qui l'a comparé aux accords sur la réduction des arsenaux nucléaires conclus par ses prédécesseurs avec l'Union soviétique et qui ont permis de réduire les tensions pendant la Guerre froide. Le président américain a averti cependant que "le succès n'est pas garanti". De nombreux points doivent en effet être encore précisés et les diplomates n'excluent pas une rupture des pourparlers entre l'accord de Lausanne et la date butoir du 30 juin, estimant qu'il sera beaucoup plus difficile de parvenir à un règlement définitif. En vertu de l'accord-cadre, l'Iran devra se défaire de plus des deux tiers de ses centrifugeuses - lesquelles produisent de l'uranium pouvant servir à une bombe atomique -, démanteler le réacteur d'Arak pouvant produire du plutonium et accepter des vérifications. 6.000 CENTRIFUGEUSES Le compromis passé entre le gouvernement du président Hassan Rohani et les pays du P5+1 (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Grande-Bretagne, Allemagne) prévoit de limiter l'enrichissement de l'uranium par la République islamique pendant dix ans. Selon un document américain, le nombre de centrifugeuses en Iran serait ramené de 19.000 actuellement à 6.104, et seules 5.060 seraient en service pendant cette période. Les activités iraniennes de recherche et développement (R&D), l'un des sujets les plus épineux des discussions, seraient également limitées. "L'Iran a accepté de ne pas conduire de R&D associée à l'enrichissement de l'uranium sur le site de Fordow pendant quinze ans", indique le document américain. L'Iran s'engage aussi à retirer du site de Natanz un millier de centrifugeuses de deuxième génération supplémentaires, qui seront entreposées pendant dix ans sous la surveillance de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Selon ce document, la période de "break-out", le temps nécessaire à l'Iran pour constituer un stock de matière fissile (plutonium ou uranium hautement enrichi) suffisant pour fabriquer une bombe atomique, actuellement évaluée à entre deux et trois mois, grimperait à un an, pendant au moins dix ans. En outre, a précisé Federica Mogherini, la porte-parole de la diplomatie européenne chargée de coordonner les efforts du P5+1, le site souterrain d'enrichissement nucléaire de Fordow sera transformé en centre de physique nucléaire, et aucun matériau fissile ne pourra s'y trouver. Une coentreprise internationale aidera l'Iran à repenser et construire un réacteur à eau lourde, modernisé, sur le site d'Arak, a-t-elle précisé. Les sanctions internationales seront suspendues lorsque l'AIEA aura constaté que l'Iran s'est soumis à toutes ses obligations. Certaines resteront en place, d'autres seront levées progressivement. "Il faudra encore du temps pour parvenir là où nous voulons", a commenté Mohammad Javad Zarif, alors que l'Iran insiste pour obtenir une levée immédiate et simultanée des sanctions. Les sanctions américaines et européennes pourront être rétablies à tout moment si l'Iran ne respecte plus ses engagements, lit-on dans le document américain, qui est moins précis sur les sanctions imposées par l'Onu, l'un des points les plus délicats des pourparlers. La Russie refuserait que ces sanctions soient automatiquement rétablies en cas de non-respect de ses engagements par l'Iran. "BON ACCORD", SELON OBAMA Le président américain, qui a appelé les dirigeants français, allemand et britannique afin de les remercier pour leur coopération, a salué un "bon accord". "Aujourd'hui, nous, les Etats-Unis, de concert avec nos alliés et partenaires, sommes parvenus à un accord historique avec l'Iran qui, s'il est pleinement mis en oeuvre, empêchera ce pays d'obtenir l'arme nucléaire", a dit Obama à la Maison blanche. "Après des mois de diplomatie, nous sommes parvenus au cadre d'un accord avec l'Iran", a dit le président en le qualifiant de "bon". Alors que le gouvernement israélien promet de se battre jusqu'au bout contre un "mauvais accord", Barack Obama a téléphoné à Benjamin Netanyahu en estimant qu'il s'agissait d'un progrès important en vue d'une solution durable. Il a également souligné que cet accord ne levait pas les inquiétudes concernant "le parrainage du terrorisme par l'Iran et ses menaces envers Israël". Benjamin Netanyahu n'a pas réagi dans l'immédiat. Les pays du Golfe sont restés silencieux. Un responsable de la région a déclaré que les pétromonarchies sunnites livreraient une réaction collective au nom du Conseil de coopération du Golfe après examen minutieux du texte. Ailleurs dans le monde, les dirigeants ont dans l'ensemble salué un pas notable vers un règlement définitif de la crise du nucléaire iranien. François Hollande s'est félicité de l'accord tout en soulignant que Paris veillerait à ce que l'accord final soit respecté. Le programme nucléaire iranien empoisonne les relations entre l'Iran et les Occidentaux depuis 2002 et a conduit l'Onu, les Etats-Unis et l'Union européenne à imposer depuis 2006 des sanctions qui étouffent l'économie iranienne. RENVOI Pour retrouver un ENCADRE sur les sanctions en vigueur contre l'Iran, cliquer sur ID:nL6N0WZ2YK Pour un ENCADRE sur les paramètres des négociations: ID:nL6N0WJ43M Pour un RECIT des négociations: ID:nL6N0X0022 (Jean-Stéphane Brosse, Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français)

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