SYNTHESE 3-L'Etat islamique progresse dans Kobani

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par Daren Butler MURSITPINAR, Turquie, 9 octobre (Reuters) - Les djihadistes de l'Etat islamique (EI) contrôlent désormais plus d'un tiers de Kobani malgré les frappes américaines et la résistance des combattants kurdes, a rapporté jeudi l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Trois semaines après le début de l'offensive contre cette ville du nord de la Syrie adossée à la frontière turque, l'administration américaine a reconnu que le sort de Kobani n'avait pas d'importance stratégique dans le combat engagé contre l'organisation djihadiste qui règne sur des régions entières de Syrie et d'Irak. "Kobani est une tragédie parce que cela montre tout le mal qu'incarne l'EIIL mais elle ne décide ni de la stratégie ni des mesures qui sont prises face à l'EIIL", a déclaré le secrétaire d'Etat américain John Kerry en déplacement jeudi à Boston. "Aussi horrible que ce soit d'observer en temps réel ce qui se passe à Kobani, vous devez prendre du recul et comprendre notre objectif stratégique", avait-il déclaré la veille en soulignant que la coalition visait prioritairement les centres de commandement et de contrôle des djihadistes et les infrastructures sur lesquelles ils appuient leur emprise sur le nord-est de la Syrie et le nord et l'ouest de l'Irak. Le gouvernement turc, qui souligne que le seul recours à la puissance aérienne ne permettra pas d'endiguer la progression de l'Etat islamique, a exclu pour sa part toute intervention terrestre unilatérale. "Il n'est pas réaliste d'attendre de la Turquie qu'elle mène par elle-même une opération terrestre. Nous avons des discussions (...) Une fois qu'il y aura une décision commune, la Turquie ne se privera pas de jouer son rôle", a insisté jeudi Mevlut Cavusoglu, le ministre turc des Affaires étrangères. BOMBARDEMENTS ET BATAILLES DE RUES Les combattants de l'EI, qui sont parvenus lundi à hisser leur drapeau noir à l'extrémité est de Kobani, n'ont pas été stoppés par les raids aériens de la coalition emmenée par les Etats-Unis qui ont pourtant redoublé d'intensité. "L'Etat islamique contrôle plus d'un tiers de Kobani: tous les quartiers est, une petite partie du nord-est et un secteur dans le sud-est", a déclaré jeudi le directeur de l'OSDH, Rami Abdelrahman, qui dispose, depuis la Grande-Bretagne, d'un réseau de sources et d'informateurs sur le terrain. Esmat al Cheikh, chef des forces kurdes à Kobani, a confirmé qu'une large partie de la ville, dans sa partie orientale, était désormais aux mains des djihadistes. "Les affrontements se poursuivent, des batailles de rue", a-t-il dit à Reuters par téléphone. Toute la journée, des explosions ont résonné dans la ville, audibles du côté turc de la frontière d'où l'on voit aussi les panaches de fumée noire qui s'élèvent au-dessus de la ville. L'armée américaine assure que les combattants kurdes des unités de protection du peuple (YPG), qui se plaignent pourtant de manquer d'armes, semblent tenir bon face à l'avancée des djihadistes. Dans un communiqué, le Commandement central des forces américaines, qui couvre notamment le Moyen-Orient, rapporte jeudi que les "indications montrent que cette milice kurde continue de contrôler la majeure partie de la ville et tient face à l'EIIL". COLÈRE DES KURDES DE TURQUIE La prise de Kobani permettrait à l'Etat islamique de renforcer son contrôle sur les territoires du nord de la Syrie frontaliers de la Turquie. Les défenseurs kurdes de la ville lancent des appels à l'aide désespérés en affirmant que la chute de Kobani se terminera par un massacre. Environ 200.000 personnes ont déjà fui vers la Turquie pour échapper aux djihadistes, qui contrôlent de vastes territoires en Syrie et en Irak. D'après l'Onu, il ne reste plus que quelques centaines d'habitants à Kobani. Le Parlement turc a autorisé le 2 octobre une intervention militaire en Syrie et en Irak mais les chars turcs positionnés à la frontière face à Kobani sont jusqu'à présent restés immobiles. La Turquie est engagée dans un processus de paix avec sa propre minorité kurde. Or elle a accueilli avec méfiance la création en 2013 d'une administration autonome par le Parti de l'union démocratique kurde (PUD) dans trois cantons du nord-est de la Syrie abandonnés par le régime de Bachar al Assad. Ankara exige que les Kurdes syriens, qui lui réclament l'ouverture d'un couloir entre Kobani et la Turquie par lequel faire transiter des armes, renoncent à cette autonomie. L'immobilisme des autorités turques face à la situation à Kobani suscite la colère des Kurdes de Turquie, qui ont manifesté par milliers mardi à travers le pays, ce qui s'est soldé par au moins 25 morts dans des affrontements avec les forces de l'ordre. (Avec Oliver Holmes et Tom Perry à Beyrouth, Humeyra Pamuk, Tulay Karadeniz et Jonny Hogg à Istanbul et Scott Malone à Boston; Bertrand Boucey et Henri-Pierre André pour le service français)

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