SYNTHESE 3-Erdogan reprend la main, les purges commencent

le , mis à jour à 18:49
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    * Plus de 160 morts, autour de 3.000 arrestations 
    * Les putschistes paieront le prix fort, prévient Erdogan 
    * Fethullah Gülen, mis en cause, dément toute responsabilité 
    * Les partisans d'Erdogan dans la rue 
 
 (actualisé avec précisions, déclarations) 
    par Orhan Coskun et Gulsen Solaker 
    ISTANBUL/ANKARA, 16 juillet (Reuters) - Les autorités 
turques s'efforçaient samedi de reprendre le contrôle du pays, 
quelques heures après l'échec du coup d'Etat dans lequel plus de 
160 personnes, dont des dizaines de civils ont perdu la vie. 
    Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a accusé les 
instigateurs du coup de force d'avoir essayé de le tuer et que 
l'armée serait purgée des éléments séditieux. 
    "Ils paieront le prix fort", a promis le chef d'Etat. "Ce 
soulèvement est un don de Dieu parce qu'il nous offre 
l'opportunité de nettoyer l'armée." 
    La justice n'a pas été épargnée puisque plus de 2.700 
magistrats ont été révoqués dès samedi. Cinq d'entre eux 
appartenaient au Conseil supérieur des juges et des procureurs 
(HSYK). 
    La présidence a appelé les Turcs à descendre dans les rues 
samedi soir pour défendre la démocratie. Des abonnés aux 
services turcs de téléphonie ont ainsi reçu un SMS signé "Recep 
Tayyip Erdogan" les invitant à manifester contre les 
putschistes. 
    Selon le gouvernement, qui assure que la situation est 
maîtrisée, près de 3.000 militaires ont été arrêtés, du simple 
soldat à l'officier, notamment ceux qui formaient la "colonne 
vertébrale" du coup d'Etat. Parmi les officiers arrêtés, figure 
le commandant en chef de la deuxième armée turque, Adem Huduti, 
l'un des plus hauts gradés du pays. 
    Certains hauts gradés loyalistes seraient toutefois encore 
retenus en otage par des putschistes, a dit un ministre. 
    Au Parlement, le Premier ministre Binali Yildirim a jugé que 
les putschistes n'étaient "pas des soldats mais des terroristes" 
et a appelé toutes les formations politiques qui n'étaient pas 
impliquées dans le coup de force à la coopérer pour donner le 
coup d'envoi d'un "nouveau départ". 
    Dans un communiqué commun lu au Parlement, les quatre 
principaux partis politiques, dont le HDP pro-kurde, ont 
condamné la tentative de coup d'Etat.  
    Kemal Kilicdaroglu, chef de file du CHP (social-démocrate et 
laïque) a dénoncé au Parlement la tentative de coup d'Etat et 
déclaré que cet événement allait favoriser le rapprochement 
entre les différentes composantes de la vie politique turque et 
l'affermissement de la démocratie. 
     
    VISIOCONFÉRENCE 
    En vacances dans le sud-ouest lorsque le coup d'Etat a été 
déclenché, le président Erdogan s'est envolé samedi matin pour 
Istanbul où son avion s'est posé peu avant l'aube et où il a été 
accueilli par une foule de partisans. 
    S'exprimant devant ces derniers, Recep Tayyip Erdogan a 
assuré que le gouvernement restait aux commandes du pays, même 
si quelques poches de putschistes résistaient encore à Ankara, 
la capitale du pays. 
    Samedi après-midi, la chaîne CNN Türk rapportait que les 
forces de sécurité avaient achevé une opération menée contre les 
putschistes au quartier général de l'état-major de l'armée. Des 
sources sécuritaires ont par ailleurs déclaré qu'une centaine de 
militaires avaient été arrêtés sur une base aérienne du sud-est 
du pays. 
    Les putschistes auraient selon Recep Tayyip Erdogan essayé 
d'attaquer la station balnéaire de Marmaris où il se reposait. 
"Ils ont bombardé des cibles juste après mon départ (...). Sans 
doute, pensaient-ils que nos étions encore là." 
    Le Parti de la justice et du développement (AKP, 
islamo-conservateur) dont Recep Tayyip Erdogan est issu 
entretient des relations compliquées avec l'armée dont un 
certain nombre de cadres défendent une vision laïque de l'Etat 
turc. 
    Si Recep Tayyip Erdogan est adulé par ses partisans, il est 
également honni par de nombreux Turcs qui le taxent 
d'autoritarisme et lui reprochent, entre autres, d'avoir 
brutalement réprimé les manifestations de 2013. 
    Adversaire déclaré des nouvelles technologies et des réseaux 
sociaux dont il tente de limiter l'influence, Recep Tayyip 
Erdogan leur doit peut-être l'échec du coup d'Etat qui le 
visait. Il a ainsi eu recours à une application de 
visioconférence pour s'adresser à la nation et appeler ses 
partisans à descendre dans les rues pour défendre le 
gouvernement. 
    Recep Tayyip Erdogan a mis en cause l'opposant Fethullah 
Gülen, qu'il accuse de longue date de noyauter les instances 
judiciaires et militaires pour le renverser. Le prédicateur 
réfugié aux Etats-Unis a toutefois condamné samedi la tentative 
de coup d'Etat et s'est dit étranger à cette dernière. 
  
    Les condamnations sont également venues de l'étranger où de 
nombreuses chancelleries ont exprimé leur soutien au 
gouvernement turc.   
    Le président américain Barack Obama et le secrétaire d'Etat 
John Kerry ont ainsi considéré "que toutes les parties en 
Turquie doivent soutenir le gouvernement démocratiquement élu, 
faire preuve de retenue, éviter la violence et les effusions de 
sang", a dit la Maison blanche dans un communiqué. 
    Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc 
Ayrault, a également condamné le coup de force en Turquie et 
salué la "grande maturité" et le "courage" de la population 
turque qui s'est engagée "pour le respect de ses institutions". 
     
    COUVRE-FEU ET LOI MARTIALE 
    Vendredi soir, les putschistes semblaient pourtant en 
position de force. Des militaires avaient fait irruption au 
siège de la TRT, la télévision publique, dont un présentateur a 
lu un communiqué accusant le gouvernement de porter atteinte à 
la démocratie et à la laïcité et annonçant l'instauration d'un 
couvre-feu national et de la loi martiale. 
    La TRT a ensuite cessé d'émettre mais les émissions ont 
repris aux premières heures de samedi après ce que le personnel 
a qualifié de prise d'otages. 
    Des avions de combat et des hélicoptères ont survolé Ankara 
tandis que des soldats bloquaient à Istanbul le pont enjambant 
le Bosphore qui sépare les rives asiatiques et européennes. 
    Samedi matin, les députés étaient réfugiés dans le 
Parlement, lui même sous le feu des chars des putschistes. Un 
député de l'opposition a dit à Reuters que le Parlement avait 
été touché à trois reprises et que plusieurs personnes avaient 
été blessées. 
    La dynamique du coup d'Etat s'est cassée dans la nuit 
lorsque des milliers de manifestants sont descendus dans la rue, 
défiant le couvre-feu et se réunissant sur les principales 
places d'Ankara et Istanbul, brandissant des drapeaux turcs et 
scandant des slogans hostiles aux putschistes. 
    "Nous avons un Premier ministre, nous avons un chef, nous 
n'allons pas laisser ce pays s'effondrer", criait un homme près 
de l'aéroport d'Istanbul alors que des partisans du gouvernement 
montaient sur un char. 
 
 (Avec Ayla Jean Yackley, David Dolan, Akin Aytekin et Orhan 
Coskun; Jean-Philippe Lefief, Jean-Stéphane Brosse, Simon 
Carraud et Nicolas Delame pour le service français) 
 
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