SYNTHESE 3-Athènes accepte le projet d'accord sous condition, Berlin doute

le , mis à jour à 16:05
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* Tsipras accepte l'accord des créanciers avec des modifications * L'Eurogroupe va discuter de la demande de prêt en contrepartie * La BCE se prononcera sur les liquidités d'urgence aux banques * Le "non" l'emporte dans les sondages mais l'écart se réduit * Scepticisme dans la zone euro pour un nouveau prêt à la Grèce par Lefteris Karagiannopoulos et Paul Taylor ATHENES/BRUXELLES, 1er juillet (Reuters) - Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a écrit à ses créanciers pour leur dire que la Grèce était susceptible d'accepter leur projet d'accord publié le dimanche -- sous réserve de quelques modifications -- une initiative que l'Allemagne a accueilli avec scepticisme tout en affirmant rester ouverte à la négociation. En contrepartie, Athènes demande un prêt de 29 milliards d'euros pour couvrir le service de sa dette sur ses échéances des deux prochaines années. L'Eruogrouype Alexis Tsipras est soumis à de fortes pressions politiques dans son pays, où de longues queues se forment devant les distributeurs de banques, face aux premiers signes d'un risque de pénurie de billets de banques, au lendemain du jour où la Grèce est devenue la première économie avancée à faire défaut sur un prêt du Fonds monétaire international (FMI). Les banques grecques sont fermées pour la semaine et le retrait aux distributeurs est limité à 60 euros par jour. Les marchés mondiaux ont réagi avec un extraordinaire sang froid à ce défaut, largement attendu, de la Grèce, ce qui tend à renforcer la position des partenaires les plus durs de la zone euro qui soulignent qu'Athènes ne peut pas utiliser le risque de contagion comme argument pour peser dans les négociations. Dans sa lettre, que Reuters a pu consulter, Alexis Tsipras demande notamment le maintien d'un taux de TVA plus faible pour les îles grecques, l'étalement des réductions des dépenses militaires, ainsi qu'un délai pour la suppression de l'allocation de solidarité aux retraités les plus modestes. "Comme vous le noterez, nos amendements sont concrets et ils respectent totalement la solidité et la crédibilité de l'architecture du programme d'ensemble", écrit le chef du gouvernement de la gauche radicale. Les ministres des Finances de la zone euro doivent discuter de la demande grecque lors d'une téléconférence à 15h30 GMT, mais, selon de premières réactions, la missive vient trop tard et contient des éléments difficiles à accepter pour les membres de l'Eurogroupe. La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré mercredi que la Grèce n'avait pas respecté ses engagements mais que la porte avait toujours été ouverte aux négociations et le restait. ATTENDRE LE RÉFÉRENDUM Elle a toutefois réaffirmé que des négociations n'étaient pas possibles avant le référendum grec de dimanche. "Nous attendons maintenant le référendum. Avant le référendum, aucune discussion supplémentaire sur un programme d'aide ne peut avoir lieu", a dit la chancelière allemande. Plus virulent, son ministre des Finances Wolfgang Schäuble a accusé le gouvernement grec d'avoir constamment renié ses engagements depuis son arrivée au pouvoir, ajoutant que la situation en Grève s'était "gravement détériorée". "Ce gouvernement n'a rien fait depuis qu'il est entré en fonction", a-t-il dit dans un discours au Bundestag. "Il n'a fait que revenir en arrière. Il a renié les engagements qu'il avait accepté auparavant. Il a négocié et négocié. Nous ne savons pas ce si le gouvernement grec va organiser ou non un référendum, s'il est pour ou contre." "Vous ne pouvez pas, en toute honnêteté, vous attendre à ce que nous discutions avec eux dans une situation pareille. Nous devons attendre de voir ce qui se passe en Grèce", a-t-il dit. Le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis aurait déclaré mardi soir à ses homologues lors de la téléconférence de l'Eurogroupe qu'Athènes pourrait changer de position et appeler à voter "oui" au référendum, voire l'annuler, ont indiqué des participants à la réunion de l'Eurogroupe de mardi soir. François Hollande a pris mercredi le contrepied d'Angela Merkel en plaidant pour un accord avec la Grèce avant le référendum, sous peine de plonger la zone euro "dans le vide". "Il faut être clair, l'accord c'est tout de suite, il ne peut pas être différé, ça fait tellement de temps qu'on attend cet accord, il faut qu'il vienne. Ensuite il faudra en tirer les conclusions", a dit le président en marge d'une visite à Lyon. "S'il ne vient pas, il y a toujours un risque." ID:nL8N0ZH3BK Le ministre français des Finances Michel Sapin, principal soutien de la Grèce au sein de la zone euro, a déclaré également sur RTL mercredi que le but de la France était de trouver un accord, avant le référendum de dimanche "si c'est possible", même si l'affaire relève de la gageure. ID:nL8N0ZH0AR "LES PETITS PAYS" LES PLUS DURS Il a par ailleurs souligné que ce n'étaient pas les Allemands qui étaient les plus durs mais les "petits pays" de la zone euro qui "ont fait de gros sacrifices ces dernières années" et qui ne veulent pas accorder une aide supplémentaire, estimant que leur niveau de vie est déjà plus bas que celui des Grecs. Bien que la lettre d'Alexis Tsipras soit datée du 30 juin, elle est arrivée après la fin de la téléconférence des 19 ministres de l'Eurogroupe mardi soir et l'expiration du plan de sauvetage international mardi à minuit, moment également où la Grèce n'a pu rembourser 1,6 milliard d'euros dus au FMI. "La République hellénique est prête à accepter cet (...) accord en fonction des amendements, additions et clarifications suivantes, dans le cadre d'une extension du programme FESF en cours d'expiration et du nouvel accord de prêt MES pour lequel une demande a été présentée ce jour", écrit Tsipras dans sa lettre révélée par le Financial Times. La lette ne contient qu'une seule petite référence à la réforme du marché de l'emploi, qui était l'une des principales exigences des créanciers pour rendre la Grèce plus compétitive. "Le nouveau cadre sera voté à l'automne 2015", dit-elle, sans préciser les mesures prévues. Alexis Tsipras veut restaurer les droits de concertation collective supprimés dans le cadre du dernier plan de sauvetage et refuse une demande visant à rendre les licenciements collectifs plus aisés dans le secteur privé. Alexis Tsipras a tout de même accepté de mettre en place immédiatement une série de mesures recommandées par l'OCDE pour faciliter les affaires et ouvre des marchés à la concurrence. Wolfgang Schäuble s'est empressé de réagir pour dire que la lettre venait trop tard et qu'elle n'avait pas apporté de clarification supplémentaire. Ce n'est pas une base pour des négociations sérieuses pour le moment, a-t-il indiqué. Toute négociation sur un nouveau plan d'aide devraient repartir de zéro, avec des conditions différentes, a-t-il dit à une conférence de presse. Le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis, a aussi jugé que la détérioration des finances rendait la situation beaucoup plus compliquée. La Grèce ne peut plus compter sur les aides liées à son deuxième plan de sauvetage financier, devenu caduc mardi soir et avec lui le déblocage des dernières tranches de financement. De même, avec le défaut de paiement constaté par le FMI peu après minuit (22h00 GMT), Athènes n'aura plus accès à des financements de cet organisme tant qu'elle n'aura pas réglé son arriérée, qui se monte à quelque 1,6 milliard d'euros. Selon un sondage publié mercredi, le "non" l'emporterait dimanche en Grèce au référendum avec 54% des voix contre 33% pour le "oui", ce qui souligne que l'écart s'est réduit depuis que le gouvernement a dû décider de fermer les banques et imposer le contrôle des capitaux. Auparavant 57% des sondés étaient pour le "non". ID:nL8N0ZH06K Mardi soir, plusieurs milliers de Grecs partisans du "oui" se sont rassemblées place Syntagma devant le Parlement pour appeler à voter en ce sens au référendum. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker s'est pour sa part engagé dans un marathon pour tenter de persuader le gouvernement grec d'accepter des réformes pas trop éloignées de celles qu'il a rejetées la semaine dernière. Une réunion de la Banque centrale européenne est par ailleurs prévue à Francfort. Le conseil des gouverneurs décidera s'il faut maintenir, augmenter ou réduire les financements d'urgence accordés par la banque centrale et qui permettent de maintenir les banques grecques à flot malgré une vague de retraits sur les comptes bancaires et le défaut de l'Etat grec. La Bundesbank allemande est en tête des "durs" qui soutiennent que la BCE ne peut continuer à fournir des fonds via la banque centrale grecque à des établissements financiers qui sont soutenus par un Etat insolvable. Une des possibilités serait d'augmenter la décote ("haircut") passée sur les obligations d'Etat grecques présentées en nantissement de demandes de financement. (avec Noah Barkin à Berlin, Sophie Louet à Paris et Catherine Lagrange à Lyon, Danielle Rouquié et Juliette Rouillon pour le service français, édité par Bertrand Boucey)

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