SYNTHESE 2-Poursuite de la reprise en main en Turquie

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    * 6.000 personnes arrêtées 
    * Plus de 290 morts 
    * Le commandant d'Incirlik arrêté pour complicité dans le 
putsch 
    * La base, située dans le Sud, rouvre aux vols militaires 
    * Pas de chèque en blanc à Erdogan après le putsch 
avorté-Ayrault 
    * La banque centrale fournira de la liquidité illimitée aux 
banques 
 
 (Avec nouveau bilan, accrochages, Erdogan et Gülen) 
    par Humeyra Pamuk et Nick Tattersall 
    ISTANBUL/ANKARA, 17 juillet (Reuters) - Le pouvoir turc a 
poursuivi dimanche la reprise en main du pays, en particulier de 
l'armée et de la justice, après l'échec du putsch militaire de 
vendredi soir, et envisage désormais de rétablir la peine de 
mort pour les partisans du coup d'Etat. 
    Le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan assure contrôler 
totalement le territoire, même si des accrochages isolés ont 
encore été signalés dimanche, dans le deuxième aéroport 
d'Istanbul mais aussi dans une base aérienne du centre du pays. 
    Au total, plus de 290 personnes ont été tuées, dont une 
centaines de putschistes, et plus de 1.400 autres blessées dans 
les violences déclenchées vendredi soir, selon un nouveau bilan 
communiqué par le ministère turc des Affaires étrangères.  
    De nouvelles arrestations vont par ailleurs avoir lieu dans 
les rangs de l'armée et parmi les juges, en plus des quelque 
6.000 déjà intervenues depuis l'échec du putsch, a dit le 
ministre de la Justice Bekir Bozdag, cité par la chaîne NTV. 
    Ce faisant, les autorités se conforment à la volonté de 
Recep Tayyip Erdogan, lequel a promis dès samedi un "nettoyage" 
de l'armée. 
    Sorti renforcé de cet épisode, le président a estimé 
dimanche que le pays ne pouvait plus différer le rétablissement 
de la peine capitale, abolie en 2004 pour satisfaire aux 
critères requis par l'Union européenne en vue d'une adhésion. 
    S'adressant à la foule de ses partisans qui, devant sa 
résidence d'Istanbul, réclamaient que soient exécutés les 
meneurs du coup d'Etat avorté, Recep Tayyip Erdogan a répondu: 
"Nous ne pouvons pas ignorer cette revendication".         
    Dans la nuit de samedi à dimanche, les partisans du chef de 
l'Etat ont occupé les places publiques, les abords de l'aéroport 
international d'Istanbul et du palais présidentiel pour 
dissuader toute nouvelle tentative de coup de force. 
     
    "PAS UN CHÈQUE EN BLANC" 
    Des responsables politiques européens ont prévenu le 
président Erdogan que l'échec du putsch ne lui donnait pas un 
chèque en blanc pour violer l'Etat de droit, et qu'il risquait 
d'isoler son pays sur la scène internationale en cherchant à 
renforcer son propre pouvoir. 
    "Pour l'avenir (..), nous voulons que l'Etat de droit 
fonctionne pleinement en Turquie, ce n'est pas un chèque en 
blanc à M. Erdogan", a déclaré dimanche Jean-Marc Ayrault, le 
chef de la diplomatie française, sur France 3. 
    Pour le commissaire européen Günther Oettinger, qui est 
politiquement proche de la chancelière Angela Merkel, toute 
répression dans les milieux de l'opposition turque contribuera à 
isoler Ankara sur la scène internationale. 
    "S'il (Erdogan) renforce son pouvoir sur le plan intérieur, 
il s'isolera sur la scène internationale", a-t-il dit dans les 
colonnes du Welt am Sonntag. 
    Recep Tayyip Erdogan a clairement juré dimanche de continuer 
à éliminer de toutes les institutions de l'Etat le "virus" à 
l'origine de la tentative de putsch, allusion à son adversaire 
de longue date, Fethullah Gülen, un prédicateur en exil aux 
Etats-Unis. 
    Cet ancien proche du chef de l'Etat a encore une fois balayé 
dimanche les accusations du pouvoir, qu'il a accusé d'avoir 
lui-même orchestré le coup d'Etat manqué.     
     
    "CONTRÔLE RÉTABLI" 
    Les autorités ont appréhendé près de 3.000 comploteurs dans 
les rangs de l'armée, du simple soldat jusqu'aux généraux, ainsi 
qu'un nombre équivalant parmi les juges et les procureurs.  
    Parmi les personnalités arrêtées figurent Ali Yazici, 
jusque-là principal conseiller militaire de Recep Tayyip 
Erdogan, ainsi que le général Bekir Ercan Van, commandant de la 
base stratégique d'Incirlik, d'où sont lancées une partie des 
frappes aériennes visant le groupe djihadiste Etat islamique 
(EI) en Syrie et en Irak. 
    Le Pentagone a annoncé un peu plus tard, dimanche, que les 
autorités turques avaient rouvert Incirlik aux avions militaires 
et que les opérations américaines avaient repris contre l'EI. 
    "Le contrôle de la Turquie est rétabli et on ne note pas 
d'affrontements en ce moment", a dit un haut responsable turc en 
ajoutant que quelques groupes de comploteurs étaient toujours 
retranchés à Istanbul, sans représenter cependant un danger. 
    Le Premier ministre, Binali Yildirim, a assuré dans une 
allocution télévisée que la vie avait repris un cours normal 
dans le pays. 
    Certains responsables européens s'inquiètent non seulement 
pour l'Etat de droit, mais aussi pour l'avenir de l'accord 
conclu en mars entre l'UE et Ankara, qui a permis de freiner 
drastiquement le nombre de migrants passant de Turquie en Grèce 
à bord d'embarcations. 
    Avant la réouverture des marchés lundi matin, le 
vice-Premier ministre turc Mehmet Simsek s'est employé à assurer 
dimanche que le gouvernement turc avait le total contrôle du 
système économique. 
    La banque centrale de Turquie a annoncé qu'elle fournirait 
de la liquidité illimitée aux banques et qu'elle prendrait toute 
mesure qui s'imposerait pour préserver la stabilité financière 
le cas échéant. La banque centrale pourrait en particulier 
relever le plafond sur les dépôts en devises qui est 
actuellement de 50 milliards de dollars. 
 
 (Eric Faye et Simon Carraud pour le service français) 
 
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