SYNTHESE 2-Les Turcs abattent un avion russe, Poutine dénonce un "crime"

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    * Ankara affirme que l'équipage du SU-24 a ignoré les 
sommations 
    * Erdogan réaffirme "le droit de la Turquie à défendre ses 
frontières" 
    * Moscou dément que l'avion ait violé l'espace aérien turc 
    * Poutine prévient que l'incident "aura de graves 
conséquences" 
    * A Washington, Obama et Hollande mettent en garde contre 
une escalade 
 
    par Tulay Karadeniz et Maria Kiselyova 
    ANKARA/MOSCOU, 24 novembre (Reuters) - L'armée de l'air 
turque a abattu mardi un chasseur-bombardier russe à proximité 
de la frontière syrienne après lui avoir adressé, affirme 
Ankara, une série d'avertissements pour violation de l'espace 
aérien. Moscou conteste cette version et assure que cet incident 
aura de "graves conséquences".      
    C'est le premier événement de ce type depuis le 30 
septembre, date à laquelle l'aviation russe est intervenue en 
Syrie, où la coalition formée par les Etats-Unis pour combattre 
les dhihadistes de l'Etat islamique opère depuis l'été 2014. 
    Jamais depuis les années 1950 les forces armées d'un pays de 
l'Otan, dont la Turquie occupe le flanc sud-est, n'avaient  
abattu un avion russe ou soviétique. 
    "Nous ne tolérerons jamais des crimes comme celui qui a été 
commis aujourd'hui", a réagi le président russe Vladimir 
Poutine. 
    Son homologue turc Tayyip Recep Erdogan, appuyé par ses 
alliés de l'Otan, a réaffirmé pour sa part "le droit de la 
Turquie à défendre ses frontières". 
    Cet incident devrait peser sur les initiatives en cours pour 
tenter d'édifier un front uni face à la menace posée par l'Etat 
islamique (EI). 
    A Washington, Barack Obama et François Hollande ont mis en 
garde contre un risque de surenchère. "Toute escalade (...) 
serait extrêmement dommageable par rapport à la seule cause qui 
convienne, qui est de lutter contre le terrorisme et contre 
Daech", a dit le président français, qui se rendra jeudi à 
Moscou. 
     
    VERSIONS CONTRADICTOIRES      
    D'après la version d'Ankara, le Soukhoï SU-24 a été détruit 
en vol par deux chasseurs F-16 de l'armée de l'air turque qui 
l'avaient sommé de rebrousser chemin. "Bien qu'il ait été averti 
à dix reprises en cinq minutes parce qu'il se rapprochait de 
notre frontière, il a poursuivi sa violation. L'avion a été 
abattu par une intervention de nos F-16", a dit Erdogan dans un 
discours prononcé à Ankara. (voir  ID:nL8N13J4W5 ) 
    Dans une lettre transmise au Conseil de sécurité des Nations 
unies, les autorités turques précisent que deux avions qui 
s'approchaient de la frontière ont été mis en demeure de faire 
demi-tour mais ont pénétré pendant 17 secondes dans l'espace 
aérien.  
    "Après cette violation, le premier avion a quitté l'espace 
aérien turc, le deuxième avion a été frappé alors qu'il se 
trouvait dans l'espace aérien turc", écrit Halit Cevik, 
ambassadeur de Turquie auprès des Nations unies, dans une lettre 
adressé aux membres du Conseil. 
    La version d'Ankara est appuyée par ses alliés.  
    Ainsi, à Bruxelles, où le Conseil de l'Atlantique Nord s'est 
réuni en urgence, le secrétaire général de l'Otan, Jens 
Stoltenberg, a déclaré que les éléments recueillis attestaient 
que l'avion russe avait bien pénétré dans l'espace aérien turc. 
"Nous exprimons notre solidarité à la Turquie et soutenons 
l'intégrité territoriale de notre allié au sein de l'Otan", 
a-t-il dit. 
    Sur le même mode, Barack Obama a jugé pour sa part que "la 
Turquie, comme tous les pays, a le droit de défendre son 
intégrité territoriale et son espace aérien". 
    Pourtant, selon la version russe, le Soukhoï n'a jamais 
violé l'espace aérien turc. 
    Vladimir Poutine, cité par l'agence de presse RIA, a affirmé 
que l'avion se trouvait au-dessus de la Syrie, à un kilomètre de 
la frontière turque, lorsqu'il a été abattu. Toujours selon le 
président russe, il s'est écrasé à quatre kilomètres à 
l'intérieur du territoire syrien. 
     
    INCERTITUDE SUR LE SORT DES PILOTES 
    Les deux pilotes ont réussi à s'éjecter de leur avion, qui 
volait à 6.000 mètres, selon les premières informations 
communiquées par le ministère russe de la Défense. La plus 
grande incertitude règne sur ce qui leur est ensuite arrivé. 
    La chaîne de télévision turque Haberturk TV a montré le 
Soukhoï en flammes s'écrasant dans une zone boisée du nord-est 
de la Syrie, en dégageant une colonne de fumée. Sur une vidéo de 
l'agence de presse turque Anatolie, on peut voir deux pilotes 
sautant en parachute. 
    L'état-major de l'armée russe a annoncé dans la soirée qu'un 
des pilotes avait été tué par des tirs au sol après la 
destruction de l'avion. Un soldat russe participant à une 
mission de récupération a subi le même sort. 
    Un responsable gouvernemental turc avait pourtant rapporté 
un peu plus tôt que les deux pilotes étaient considérés comme 
étant en vie et aux mains de rebelles syriens. Les autorités 
turques, ajoutait-il, travaillent à leur libération. 
    Mais un autre haut responsable turc a précisé que les 
informations relatives à leur sort étaient fragiles. "Ce n'est 
pas un fait, mais une possibilité", a-t-il dit, ajoutant 
qu'Ankara s'efforçait de "vérifier ces informations et de 
prendre toutes les mesures nécessaires pour faciliter leur 
retour". 
    Une brigade de rebelles turkmènes opérant en Syrie a affirmé 
pour sa part qu'elle les avait tués après qu'ils se soient 
éjectés. "Nos camarades ont ouvert le feu et les ont abattus en 
l'air", a déclaré Alpaslan Celik, commandant en second de cette 
brigade opérant près de la localité frontalière de Yamadi, dans 
le nord-est syrien.  ID:nL8N13J3PU  
     
    QUELLES CONSÉQUENCES ? 
    Ce grave incident intervient alors que les puissances 
impliquées dans la recherche d'une solution politique à la crise 
syrienne s'activent depuis plusieurs semaines, avec la tenue 
notamment fin octobre et il y a dix jours de deux réunions à 
Vienne. 
    Dans l'immédiat, le chef de la diplomatie russe, Sergueï 
Lavrov, qui était attendu ce mercredi en Turquie pour discuter 
précisément du conflit syrien, a décidé d'annuler son 
déplacement. On ignore en revanche si le déplacement du 
président Erdogan, qui doit se rendre fin décembre en Russie 
pour des entretiens avec Vladimir Poutine, sera maintenu. 
    "Nous analyserons naturellement tout ce qui s'est passé et 
les événements tragiques de la journée auront de graves 
conséquences pour les relations russo-turques", a averti le 
président russe, parlant d'un "coup de poignard dans le dos de 
la Russie".   
    Poutine a aussi évoqué au passage l'attitude de la Turquie 
face à l'organisation Etat islamique. "Nous avons établi depuis 
longtemps que d'importantes quantités de pétrole et de produits 
pétroliers en provenance de territoires capturés par l'Etat 
islamique arrivent sur le territoire turc", a-t-il dit au sujet 
d'une des principales sources de financement du "califat" 
proclamé par Abou Bakr al Baghdadi. 
    L'incident turco-syrien survient aussi alors qu'un 
enchaînement d'attentats revendiqués par l'EI, contre un avion 
charter russe le 31 octobre au-dessus du Sinaï puis à Paris et 
Saint-Denis, le 13 novembre, semblait esquisser une évolution 
des positions respectives dans la crise. 
    François Hollande, qui se trouvait mardi à Washington pour 
tenter de mettre sur pied une coalition unique contre l'EI, est 
attendu jeudi à Moscou dans le cadre de cette initiative. (voir 
 ID:nL8N13I1NB )  
    "Tout cela nous montre qu'il y a quand même un problème 
permanent avec les opérations russes dans la mesure où celles-ci 
se produisent près des frontières turques et visent l'opposition 
modérée qui est appuyée par la Turquie et par d'autres pays", a 
souligné le président américain.  ID:nL8N13J4XJ  
 
 (avec Mehmet Emin Caliskan à Yamadi, Syrie, Humeyra Pamuk, 
Daren Butler, Melih Aslan et Asli Kandemir à Istanbul, Orhan 
Coskun à Ankara, Vladimir Soldatkin à Moscow, Tom Perry et 
Sylvia Westall à Beyrouth, John Irish et Phil Stewart à 
Washington, Elizabeth Pineau et Marine Pennetier à Paris, 
Michelle Nichols aux Nations unies et Robin Emmott à Bruxelles; 
Jean-Stéphane Brosse, Eric Faye, Nicolas Delame et Henri-Pierre 
André pour le service français) 
 
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