SYNTHESE 2-Le Brexit ébranle l'UE, le Royaume-Uni et les marchés

le , mis à jour à 14:00
0
    * La sortie du Royaume-Uni de l'UE votée à près de 52% des 
voix 
    * Chute sans précédent de la livre, les Bourses plongent 
    * David Cameron démissionnera d'ici octobre 
    * Les dirigeants européens regrettent le choix britannique 
    * Une procédure de divorce longue et délicate va s'ouvrir 
 
    par Guy Faulconbridge et Kate Holton 
    LONDRES, 24 juin (Reuters) - Le choix des électeurs 
britanniques de sortir de l'Union européenne lors du référendum 
de jeudi a déclenché une tempête politique et financière qui 
dépasse largement les frontières de l'UE et ouvre une phase 
d'incertitude sans précédent pour la construction européenne 
comme pour la cohésion du Royaume-Uni. 
    Alors que les sondages et les premiers résultats donnaient 
le "Remain" (maintien) gagnant après la clôture du scrutin, la 
tendance s'est retournée pendant la nuit et la victoire du 
"Leave" a été annoncée officiellement par la commission 
électorale en début de matinée. Près 51,9% des électeurs se sont 
prononcés en faveur de la sortie du pays de l'UE.  
    L'issue du scrutin a déclenché sur les marchés financiers un 
mouvement de panique sans précédent depuis la crise financière 
de 2008. 
    La livre sterling perdait près de 8% face au dollar et de 6% 
face à l'euro vers 11h15 GMT après être tombée à son plus bas 
niveau depuis 1985 contre le billet vert. Au même moment, les 
Bourses européennes étaient en forte baisse: Londres cédait 
4,69%, Paris 8,77% et Francfort 7,36%. Tokyo a clôturé en recul 
de 7,92% et Wall Street était attendue en repli de plus de 3%. 
    Les valeurs bancaires étaient les plus touchées avec une 
chute de plus de 14% pour le secteur et l'euro, lui aussi 
affecté, abandonnait 2,8% face au dollar.  
    L'heure était à la mobilisation dans les grandes banques 
centrales de la planète: la Banque d'Angleterre et la Banque 
centrale européenne (BCE) se sont déclarées prêtes à injecter si 
nécessaire des liquidités sur les marchés. De son côté, la 
Banque nationale suisse (BNS) est intervenue sur le marché des 
changes pour freiner la hausse du franc, dopé par son statut de 
valeur refuge.   
     
    CAMERON VA DÉMISSIONNER, JOHNSON FAVORI POUR LUI SUCCÉDER 
    Le Premier ministre, David Cameron, qui avait promis le 
référendum en 2013 dans l'espoir d'enrayer la montée des 
eurosceptiques au sein du Parti conservateur mais a vu cette 
manoeuvre se retourner contre lui, a annoncé en début de matinée 
qu'il démissionnerait d'ici octobre. 
    "Je ne crois pas qu'il soit opportun que je sois le 
capitaine qui mène notre pays vers sa prochaine destination", 
a-t-il expliqué.   
    L'ex-maire de Londres Boris Johnson, principal animateur de 
la campagne du "Leave", est donné favori pour lui succéder au 
10, Downing Street.  
    Si David Cameron a précisé qu'il laisserait à son successeur 
le soin d'enclencher la procédure de divorce avec les Européens, 
les principaux responsables des institutions européennes ont 
souligné vouloir entamer rapidement les négociations avec 
Londres.   
    Le président français, François Hollande, a quant à lui 
annoncé des initiatives françaises en vue de provoquer un 
"sursaut" européen.  
    "Le vote des Britanniques met gravement l'Europe à 
l'épreuve", a-t-il ajouté, en soulignant une "perte de confiance 
des peuples dans le projet qu'elle porte". 
    "Aujourd'hui, c'est l'histoire qui frappe à notre porte, ce  
qui se joue c'est la dilution de l'Europe", a-t-il dit.  
    Angela Merkel, François Hollande, l'Italien Matteo Renzi et 
Donald Tusk, le président du Conseil européen se retrouveront 
lundi à Berlin, avant le Conseil européen à 28 de mardi et 
mercredi. 
    La Lettonie, qui prendra la présidence tournante de l'UE 
dans quelques jours, a dit vouloir organiser un sommet 
extraordinaire dès le mois prochain.  
    Chez les eurosceptiques, c'est logiquement l'euphorie qui 
est de mise. "L'Union européenne est en train de mourir", s'est 
félicité Nigel Farage, chef de file du parti anti-européen Ukip, 
après avoir dit "oser rêver que l'aube se lève pour un 
Royaume-Uni indépendant". 
    En France, Marine Le Pen, la présidente du Front national, 
parlant sur Twitter de "victoire de la liberté", a demandé 
l'organisation du "même référendum en France et dans les pays de 
l'UE". 
     
    ÉCOSSAIS ET NORD-IRLANDAIS VEULENT RESTER DANS L'UE 
    L'UE sortira donc forcément affaiblie, tant politiquement 
qu'économiquement, d'une procédure de divorce longue et 
difficile qui la privera d'un Etat membre représentant environ 
15% de son poids économique. 
    En quittant l'Union, dont elle est membre depuis 1973, la 
Grande-Bretagne perdra pour sa part l'accès au marché unique 
européen et devra négocier de nouveaux accords commerciaux 
bilatéraux avec ses partenaires dans le monde entier. 
    Sur le plan politique, au-delà du sort de David Cameron, le 
résultat du vote risque de déchirer durablement les Tories. 
    Après quatre mois d'une campagne violente, marquée par de 
fortes divisions, et le meurtre de la députée travailliste et 
pro-européenne Jo Cox, le camp du "Remain" aura été impuissant à 
empêcher la vague anti-système, et les désillusions à l'égard 
d'une Europe jugée distante, bureaucratique et engluée dans des 
crises sans fin. 
    Désormais, comme le montrent les premières réactions, c'est 
la cohésion même du Royaume-Uni qui est en question.  
    En Ecosse, où 62% des électeurs ont voté pour le maintien 
dans l'UE, la Première ministre, Nicola Sturgeon, s'est 
prononcée dès vendredi en faveur de la tenue d'un nouveau 
référendum d'autodétermination, moins de deux ans après l'échec 
de la consultation de septembre 2014.  
    La situation est comparable en Irlande du Nord, où le 
"Remain" a obtenu 56% des suffrages et où le Sinn Féin, 
principal parti nationaliste irlandais, a réclamé un référendum 
sur l'unification de l'Irlande.   
    Le Parti travailliste britannique, majoritairement 
pro-européen, se voit lui aussi divisé par l'issue du 
référendum: deux de ses membres ont déposé vendredi une motion 
de défiance contre leur chef de file, Jeremy Corbyn, en mettant 
en cause sa gestion de la campagne.  
     
    VOIR AUSSI: 
    RÉACTIONS internationales:   
    RÉACTIONS au Royaume-Uni:   
    RÉACTIONS en France:   
    LE POINT sur le référendum:  L8N19G486  
 
 (avec les bureaux de Reuters; Benoît Van Overstraeten, 
Henri-Pierre André Julie Carriat et Marc Angrand pour le service 
français, édité par Nicolas Delame) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant