SYNTHESE 2-Cinq policiers tués à Dallas, le tireur aurait agi seul

le
0
    * Le tireur, un réserviste noir, a été abattu par la police 
    * Du matériel pour fabriquer des bombes, des fusils trouvés 
chez lui 
    * Trois personnes placées en garde à vue 
    * Obama condamne "un acte odieux et abject" contre la police 
 
 (Actualisé avec piste du tireur solitaire, déplacement d'Obama) 
    par Lisa Maria Garza, Marice Richter et Ernest Scheyder 
    DALLAS, Texas, 9 juillet (Reuters) - Le réserviste noir de 
l'armée américaine qui voulait "tuer des Blancs" a apparemment 
agi seul quand il a ouvert le feu jeudi et tué cinq policiers de 
Dallas à la fin d'une manifestation contre les meurtres de Noirs 
par la police, ont annoncé les autorités vendredi. 
    Sept policiers et deux civils ont été blessés. Le suspect a 
quant à lui été tué par un robot télécommandé porteur d'une 
bombe après avoir été encerclé par les forces de l'ordre.  
    Lors des longues négociations qui ont précédé, il a déclaré 
avoir agi seul et ne faire partie d'aucune organisation.  
    Selon l'armée américaine, Micah Xavier Johnson, 25 ans, 
était réserviste et avait servi en Afghanistan de novembre 2013 
à juillet 2014.  
    Du matériel servant à fabriquer des bombes, des gilets 
pare-balles, des fusils, des munitions ainsi qu'un journal 
détaillant ses tactiques de combat ont été retrouvés par la 
police à son domicile de Mesquite, dans la banlieue de Dallas. 
Micah Xavier Johnson n'avait pas d'antécédents judiciaires, a 
précisé la police. 
    Jeudi soir, alors que les manifestants s'apprêtaient à se 
disperser, des coups de feu ont semé la panique dans leurs rangs 
puis dans ceux des forces de l'ordre qui ont cru être les cibles 
de plusieurs tireurs embusqués sur des toits ou au niveau du 
sol. Vendredi après-midi, les enquêteurs concluaient cependant 
que Johnson était l'unique tireur. 
    "Pour le moment, il semble qu'il y ait eu un seul tireur, 
sans liens connus avec une organisation terroriste 
internationale ni inspiré par elle", a déclaré à la presse à New 
York le secrétaire à la Sécurité intérieure Jeh Johnson. 
    Le maire de Dallas, Michael Rawlings a précisé que les coups 
de feu "provenaient d'un bâtiment, à différents niveaux, en 
provenance de ce suspect". 
    Trois autres suspects ont été arrêtés mais ils n'ont pas 
formellement été liés à la fusillade par les autorités. Ces 
dernières ont précisé qu'elles recherchaient d'éventuels 
complices.  
     
    TUER DES BLANCS 
    L'attentat va rendre encore davantage complexe les relations 
entre les minorités ethniques et les forces de l'ordre, 
ponctuées depuis deux ans par les décès réguliers d'hommes noirs 
non armés se retrouvant entre les mains de la police. 
    A Dallas, ville marquée par l'assassinat du président 
américain John Fitzgerald Kennedy en 1963, le défilé pacifique 
pour protester contre la mort de deux Noirs, abattus par des 
policiers blancs à Baton Rouge, en Louisiane, et Falcon Heights, 
dans le Minnesota, était sur le point de s'achever quand les 
tirs ont commencé à retentir, peu avant 21h00 (01h00 GMT). 
    Le chef de la police de Dallas, David Brown a qualifié 
l'attaque de "tragédie diabolique bien planifiée, bien pensée".  
    Lors de longues négociations avec la police, Johnson a dit 
qu'il était en colère après la mort des deux hommes noirs dans 
le Minnesota et en Louisiane. 
    "Nous avons eu un échange de tirs avec le suspect. Nous 
n'avons pas eu d'autre choix que d'utiliser notre robot piégé", 
a dit le chef de la police de Dallas, David Brown, à la presse. 
    "Le suspect a dit qu'il était très affecté par les récentes 
fusillades policières (...) et qu'il en voulait aux Blancs. Il a 
affirmé qu'il voulait tuer des Blancs, en particulier des 
policiers blancs", a ajouté David Brown.  
 
    "BLACK LIVES MATTER" CONDAMNE LA FUSILLADE 
    Il y a deux ans, la mort de Michael Brown, un jeune Noir de 
18 ans, à Ferguson, dans la banlieue de St Louis, avait 
déclenché des émeutes et marqué le début d'un vif débat aux 
Etats-Unis sur les violences policières à l'encontre des 
minorités et, au-delà, relancé la question raciale. 
    D'autres bavures policières, notamment à New York et 
Baltimore, avaient produit les mêmes scènes de colère et de 
protestation, conduit des organisations à dénoncer un "racisme 
institutionnalisé", et donné naissance à un nouveau mouvement de 
défense des droits civiques baptisé "Black Lives Matter" (La vie 
des Noirs compte).     
    Selon la police, le tireur présumé de Dallas était 
"bouleversé par Black Lives Matter". Sur son compte Twitter, le 
mouvement a condamné la fusillade, déclarant "défendre la 
dignité, la justice et la liberté. Pas le meurtre". 
    Johnson, qui habitait Mesquite, dans la banlieue de Dallas, 
a laissé un message samedi sur la page Facebook d'une 
organisation communautaire baptisée Black Panther Party 
Mississippi. "Pourquoi tant de Blancs (pas tous) prennent du 
plaisir à tuer des êtres innocents", a-t-il écrit. Sur sa propre 
page Facebook, on peut le voir le poing levé à la manière des 
Black Panthers.  
         
    TRUMP ET CLINTON ANNULENT LEURS MEETINGS 
    Barack Obama, en visite à Varsovie pour le sommet annuel de 
l'Otan, a condamné "un acte odieux, calculé et abject contre les 
forces de l'ordre." Le président américain a fait savoir qu'il 
écourtait son séjour en Europe pour pouvoir se rendre à Dallas 
en début de semaine prochaine. 
    Donald Trump et Hillary Clinton, candidats à l'élection 
présidentielle du 8 novembre, ont annulé des meetings de 
campagne.  
    "Notre pays est devenu trop divisé. Trop d'Américains ont le 
sentiment d'avoir perdu espoir", a déclaré Donald Trump, qui 
briguera la présidence au nom du Parti républicain, dans un 
tweet, plaidant pour "un leadership fort, pour l'amour et la 
compassion." 
    Hillary Clinton a dit "porter le deuil des policiers abattus 
alors qu'ils effectuaient leur devoir". "Nous devons faire plus 
face aux préjugés et pour respecter et protéger notre police", a 
ajouté la démocrate dans un entretien accordé à CNN.  
    La police de Cleveland a pris des mesures de sécurité 
supplémentaires pour la convention républicaine qui aura lieu du 
18 au 21 juillet.  
    La fusillade de jeudi, dont le bilan est sans précédent pour 
les forces de l'ordre depuis les attentats du 11 septembre 2001, 
porte à 26 le nombre de policiers tués aux Etats-Unis depuis le 
début de l'année, soit une hausse de 44% par rapport aux 18 
policiers tués pendant la même période en 2015, selon le 
National Law Enforcement Officers Memorial Fund.  
    D'après un décompte du Washington Post, Philando Castile, 
mortellement blessé de quatre balles lors d'un banal contrôle 
routier mercredi soir dans le Minnesota, est le 123e Noir 
américain abattu par la police en 2016. 
 
 (Jean-Stéphane Brosse, Jean-Philippe Lefief et Julie Cariat 
pour le service français, édité par Danielle Rouquié) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant