SYNTHESE 2-Alep sous les bombes, les hôpitaux débordés

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 (Actualisé tout du long) 
    par Ellen Francis et Lisa Barrington 
    BEYROUTH, 26 septembre (Reuters) - La pénurie gagnait les 
services de secours lundi dans la partie orientale d'Alep, 
toujours cible d'intenses bombardements, au quatrième jour de 
l'offensive menée par les forces de Damas appuyées par 
l'aviation russe. 
    L'opération qui vise à reprendre l'intégralité de l'ancien 
poumon économique syrien a provoqué des dégâts sans précédent 
depuis le début du conflit et un grand nombre de victimes 
civiles. Elle semble cibler tout particulièrement les 
infrastructures médicales. 
    Les perspectives des quelque 250.000 civils piégés dans la 
partie contrôlée par la rébellion se sont encore assombries avec 
les passes d'armes entre la Russie et les Occidentaux, Moscou 
accusant l'Ouest d'hypothéquer les chances de résoudre un 
conflit entré dans sa sixième année. 
    Une reconquête de la partie orientale d'Alep marquerait un 
tournant dans la guerre syrienne et offrirait à Damas une 
victoire symbolique dans l'un des derniers grands bastions 
urbains de l'insurrection. 
    Soutenues par la puissance de feu aérienne de la Russie et 
par les milices chiites pro-iraniennes, les forces du régime de 
Bachar al Assad ont peu à peu resserré leur emprise sur la ville 
au cours des derniers mois et parachevé leur encerclement au 
cours de l'été. 
    "Les hôpitaux de la ville d'Alep sont débordés (...). On 
commence à manquer de matériel", a déclaré Aref al Aref, qui 
travaille dans une unité de soins intensifs. 
    "Nous sommes incapables d'amener quoi que ce soit, ni 
équipement, ni personnel médical. Certains membres du personnel 
hospitaliers sont dans les zones rurales et ne peuvent pas venir 
en raison du siège", a-t-il dit. 
     
    AUCUN RÉPIT 
    Selon une association de médecins syriens (SAMS), seuls 30 
médecins demeureraient encore dans les quartiers est d'Alep. 
Elle dresse en outre un bilan de 280 morts et 400 blessés au 
cours des trois derniers jours. 
    Signe qu'elle n'a aucune intention d'offrir un quelconque 
répit aux assiégés, l'armée syrienne a une nouvelle fois demandé 
aux civils de se tenir à distance des positions des rebelles 
dans la ville. Si l'armée assure ne viser que les combattants, 
l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) dit que des 
dizaines d'enfants sont morts. 
    "Des patients vont mourir par dizaines s'ils ne sont pas 
évacués", a prévenu Oussama Abo Ezz, chirurgien et coordinateur 
du SAMS à Alep. 
    "Le personnel médical est insuffisant et exténué. Les 
banques du sang sont vides, il n'y a presque plus de médicaments 
essentiels. Les lits des unités de soins intensifs sont 
insuffisants et toujours occupés. Le scanner est hors d'usage", 
a-t-il déploré. 
    L'OSDH dit avoir comptabilisé 237 morts, dont 38 enfants, à 
Alep et dans la campagne environnante depuis lundi dernier, date 
à laquelle la dernière trêve en date a volé en éclats. 
    La défense civile d'Alep dresse un bilan plus lourd, faisant 
état de près de 400 morts à Alep et dans les zones rurales. 
    Les bombardements ont également détruit une station de 
pompage d'eau qui alimentait l'est d'Alep et un porte-parole de 
l'Organisation mondiale de la santé venu inspecter le site a dit 
ne pas être en mesure d'évaluer le temps nécessaire aux 
réparations. 
    Selon les habitants de la ville, les bombardements des trois 
derniers jours sont les plus violents qu'ils aient subis depuis 
le début du soulèvement. 
     
    PAIX "INACCESSIBLE" 
    Bebars Mishal, membre de la défense civil de l'est d'Alep a 
rapporté que les bombardements nocturnes se sont poursuivis 
jusqu'à 6h00 (03h00 GMT) lundi matin. 
    "La situation reste la même. La nuit, les bombardements 
s'intensifient, c'est plus violent, toutes les sortes d'armes 
sont utilisées, qu'il s'agisse des armes au phosphore, du napalm 
ou des bombes à fragmentation", déclaré Bebars Mishal à Reuters. 
    "A présent, il n'y a plus que des hélicoptères et Dieu seul 
sait où ils vont larguer leurs bombes. Dieu seul sait quels sont 
les immeubles qui vont s'effondrer", a-t-il poursuivi. 
    "Tout le monde a peur, personne ne peut sortir. Ils ne 
savent pas quoi faire ni où aller." 
    Depuis le déclenchement de l'insurrection, des centaines de 
milliers de personnes sont mortes en Syrie et 11 millions ont dû 
quitter leur foyer tandis que la diplomatie occidentale étalait 
son impuissance. 
    Les tensions entre les Etats-Unis et la Russie ont une 
nouvelle fois refait surface ce week-end lorsque la 
représentante américaine à l'Onu a accusé Moscou de "barbarie" 
en Syrie tandis que son homologue russe affirmait que la paix 
était dans l'immédiat un objectif quasiment inaccessible. 
    Selon le Kremlin, la rhétorique occidentale est de nature à 
entraver la résolution du conflit syrien et à détériorer les 
relations bilatérales avec Moscou qui dit ne voir "aucune 
perspective" d'organisation d'un sommet sur la Syrie. 
    Lundi, un porte-parole de la chancelière allemande Angela 
Merkel a tenu Moscou responsable de la violence à Alep, assurant 
que le massacre des civils syriens ne serait pas possible sans 
le soutien militaire de la Russie. 
    "La Russie doit immédiatement mettre un terme aux 
bombardements aveugles des zones civiles menés par le 
gouvernement syrien", a déclaré Steffen Seibert. 
    Parallèlement, le gouvernement syrien a intensifié ses 
efforts pour pacifier à sa façon les zones rebelles, scellant 
des accords avec des combattants assiégés. A Homs, un groupe 
rebelle a ainsi commencé à se retirer de ses dernières positions 
dans la ville, a dit l'agence de presse officielle Sana. 
 
 (avec Stéphanie Nebehay à Genève; Nicolas Delame pour le 
service français, édité par Tangi Salaün) 
 
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