Syndicats et patronat jouent les prolongations sur la formation

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NÉGOCIATIONS DE LA DERNIÈRE CHANCE SUR LA FORMATION PROFESSIONNELLE
NÉGOCIATIONS DE LA DERNIÈRE CHANCE SUR LA FORMATION PROFESSIONNELLE

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Patronat et syndicats ont décidé jeudi soir de prolonger vendredi des négociations de la dernière chance sur la formation professionnelle, qui achoppent sur la question du financement, sur laquelle le Medef s'est cependant montré prêt à évoluer.

Le gouvernement veut faire des 32 milliards d'euros consacrés chaque année à la formation professionnelle une arme contre le chômage et demande aux partenaires sociaux de conclure avant fin 2013 un accord qui pourrait être transformé en loi.

La journée de discussion de jeudi, qui devait être la dernière, a été "constructive" et a permis des "avancées", ont reconnu les négociateurs de la CFDT, de Force ouvrière (FO), de la CFTC et de la CGC, la CGT se montrant plus réservée.

Cette session n'a cependant pas permis d'aborder le chapitre le plus délicat, celui du financement, que les partenaires sociaux gèrent aujourd'hui en partie, à hauteur en 2012 de 13,7 milliards collectés auprès des employeurs.

Le projet d'accord du Medef et de l'Union professionnelle de l'artisanat (UPA) prévoit d'abonder en partie les ressources dédiées à la formation par une contribution minimale obligatoire de 0,8% de la masse salariale versée par les entreprises de 10 salariés et plus à des organismes paritaires, les Opca.

Cette enveloppe serait complétée par les contributions volontaires des entreprises ou des contributions conventionnelles mises en place par des accords de branche.

"A 0,8%, on ne signera pas", ont cependant prévenu en coeur les négociateurs de FO et de la CFDT, Stéphane Lardy et Marcel Grignard. "A 0,8%, ce n'est même pas discutable", a renchéri celui de la CFTC, Jean-Pierre Therry, avis partagé par la CGT.

"Demain matin, le sujet de discussion va être le financement", a pour sa part déclaré la négociatrice de la CGC, Dominique Jeuffrault. "Des curseurs vont forcément bouger. Il va falloir que le patronat fasse un pas."

Selon les dirigeants syndicaux, la négociatrice du Medef Florence Poivey a dit "avoir conscience que 0,8%, ça ne suffit pas", ce qu'elle a confirmé devant des journalistes sans vouloir en dire plus sur les intentions de la délégation patronale.

NE PAS TROP "TIRER L'ÉLASTIQUE"

Le Medef et l'UPA devaient mettre à profit la nuit pour mettre au point une nouvelle mouture de leur projet, qui sera soumis aux autres délégations à partir de 9h30 vendredi matin, et pour tenter de réduire leurs divergences avec la troisième organisation patronale, la CGPME.

Celle-ci juge également insuffisantes les propositions patronales en matière de financement.

"La proposition du Medef fait la part belle aux grandes entreprises au détriment des petites", a déclaré le président du syndicat des PME, Jean-François Roubaud, au Parisien.

Il accuse les grandes entreprises de préférer "garder l'argent pour former en interne leurs salariés" alors que les PME ne peuvent compter que sur l'argent collecté par les Opca.

Le négociateur de FO a reconnu qu'il y avait un "trou pour les entreprises de 50 à 300 salariés" dans le dispositif de mutualisation des ressources de la formation professionnelle prévues par le projet du Medef pour les PME.

Selon les négociateurs des autres délégations, celle de la CGPME est cependant restée muette toute la journée.

D'autres questions font encore problème, comme le nombre d'heures portées au CPF : le projet d'accord prévoit 120 heures maximum en cinq ans alors que les syndicats veulent que ce soit au moins 150 ou qu'il soit possible d'abonder ce compte au-delà du seuil de 120 heures en fonction des formations.

"En dessous de 150 heures, il est difficile d'obtenir une qualification", explique Dominique Jeuffrault

Les syndicats veulent aussi un financement dédié du CPF.

"On peut faire un superbe accord mais en même temps on ne peut pas tirer, ni les uns ni les autres, l'élastique de façon trop forte, que ce soit nous ou les organisations syndicales", a pour sa part averti Florence Poivey.

Edité par Gérard Bon

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