Sur les trottoirs de Caracas, Ana coupe les cheveux à prix solidaires

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Ana Urdaneta, une coiffeuse de 64 ans, désigne fièrement une affiche du défunt président Hugo Chavez qui orne son "salon de coiffure populaire" aux tarifs "solidaires" improvisé sous des parasols rouges en pleine rue à Caracas.

"Je suis révolutionnaire, mais dans le sens de l'oeuvre du président Chavez, ce qui s'appelle la révolution bolivarienne", explique Ana tout en coupant les cheveux d'un homme d'un certain âge.

Son salon de coiffure-rasage est exclusivement destiné aux personnes du troisième âge, signale une pancarte accrochée au parasol rouge, couleur du "chavisme".

L'unique mobilier est constitué de trois tabourets en plastique, rouge également, posés sur le trottoir contre un mur, et deux parasols. Les instruments de travail: peigne, ciseaux et un antique rasoir à main. Tant bien que mal fixé au mur, un petit miroir.

A proximité du stand, on devine des portraits de Lénine et du Che Guevara, peints sur les murs.

"Matériel manuel"

En 2002, "j'ai eu l'idée de faire quelque chose de social avant tout pour les personnes âgées (...) Les jeunes ne se font pas raser parce qu'ils veulent une machine électrique et ici, je n'utilise que du matériel manuel", ajoute la professionnelle, qui affiche des tarifs "solidaires": 35 bolivares la coupe (cinq dollars au taux officiel, mais à peine un au taux parallèle). La moitié du prix pratiqué dans un salon conventionnel.

Le stand, qui reçoit une dizaine de clients par jour, ouvre de 08H00 à 12H00, car l'après-midi, la sexagénaire étudie à l'université bolivarienne, où elle est sur le point de terminer un cursus d'études juridiques.

"Ca fait presque huit ans que j'étudie", raconte la coiffeuse-étudiante, remerciant Hugo Chavez pour avoir ouvert aux personnes âgées "le bac puis l'université".

Tout en s'occupant de ses clients, Ana Urdaneta leur délivre quelques conseils - "Il faut boire beaucoup pour hydrater la peau des personnes âgées" - ou parle de l'ancien président, toujours au présent bien qu'il soit mort début mars, "parce qu'il ne s'en est pas allé", dit-elle, et qu'elle décrit comme "un homme très lu, très cultivé, un philosophe".

Les passants lui lancent des signes d'encouragement, comme cette femme qui la qualifie de "véritable révolutionnaire" ou ce chauffeur de moto-taxi, dont la radio diffuse à plein volume un air "chaviste" proclamant qu'"il faut continuer de lutter avec la faucille et le marteau".

La majorité des clients sont chavistes, mais Mme Urdaneta reçoit également des opposants. "Je ne suis pas partisane de la violence verbale, et physique encore moins. De même que je fais une coupe à un révolutionnaire, j'en fais une à celui qui ne l'est pas, parce qu'il faut attirer les gens dans cette atmosphère révolutionnaire, pas les fustiger", estime-t-elle.

Juan Mateos, un avocat de 59 ans, vérifie sa coupe et paie, satisfait. "Je viens ici depuis deux ans, surtout parce que c'est une vraie coupe aux ciseaux. Je me sens à l'aise, c'est une femme qui reçoit très bien, dans les autres (salons), ce sont des jeunes et on ne te traite pas bien", commente-t-il.

Sur le nouveau président Nicolas Maduro, héritier politique désigné par Hugo Chavez peu avant sa disparition, Ana n'a pas grand chose à dire.

"Je ne l'ai pas observé, parce que j'admire tellement le président (Chavez) que je n'ai pas pris la peine de l'observer, je commence à peine à le connaître. Il débute, nous verrons ce qu'il propose durant son mandat (...) Mais Chavez, personne ne le remplace, même pas ses propres enfants", affirme-t-elle.

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